La chronique de Laura #3 - #Deauville2018

09 septembre 2018

Ce samedi est l’avant dernier jour du festival, mais le dernier jour de compétition puisque le palmarès est annoncé lors de la cérémonie du soir au Centre International de Deauville. Ce matin, je choisis la traditionnelle séance de 11h au CID, soit la projection du lauréat du Prix D’Ornano-Valenti qui récompense le meilleur premier film français. Il s’agit cette année du film d’Andréa Bescond et Éric Métayer, Les Chatouilles, adapté de leur pièce éponyme, et interprétée par la même Andréa Bescond, Pierre Deladonchamps, Karin Viard et Clovis Cornillac. Andréa Bescond nous demande avant la projection de ne pas avoir peur de regarder ce film, car si l’on y parle de violences sexuelles sur mineur, c’est avant tout l’histoire de quelqu’un qui s’en sort. Le doute plane sur le caractère autobiographique de cette histoire. Je repense donc à The Tale, traitant du même sujet, et adoptant également une double narration entre passé et présent, mais la comparaison s’arrête là. Alors que la Jenny de The Tale croit être amoureuse et en couple avec un homme de quarante ans, la petite Odette, 10 ans, ne sait simplement pas comment parler à ses parents des actes de leur meilleur ami. C’est une fois adulte qu’elle en parle pour la première fois à sa psy, avec qui elle se rend physiquement dans ses souvenirs d’enfant. Cette mise en scène brillante permet de raconter les faits avec pudeur et d’apporter un peu de légèreté au propos, puisque l’on joue ainsi avec les règles de la narration et du flashback. Les scènes de danse sur fond noir apportent une poésie salvatrice face à l’horreur racontée et ressentie par le personnage. Le générique apparait et la salle entame une très longue standing ovation pour l’équipe du film présente dans la salle, les remerciant ainsi pour ce témoignage poignant, livré avec sincérité.
Les aléas du programme me ramènent ensuite au CID pour Peppermint, de Pierre Morel avec Jennifer Garner, « un film d’action avec du coeur » d’après son réalisateur. La promesse est simple, et tenue. Même si cette femme ayant perdu son mari et sa fille aux mains d’un cartel et se faisant justice toute seule flirte parfois avec la limite de la crédibilité, l’ensemble reste cohérent et on finit par jouer le jeu du réalisateur et à rire de certaines situations, relâchant ainsi la tension des scènes d’action. On en ressort avec un sourire, et c’est bien suffisant.
La suite s’annonce bien moins légère, puisque je file à la conférence de presse du film Opération Finale, en présence de son réalisateur Chris Weitz, des comédiens Sir Ben Kingsley (jouant le rôle d’Adolf Eichmann) et Oscar Isaac (un des agents du Mossad participant à sa capture) ainsi que le producteur Jason Spire. Le live enregistré de cette conférence est lui aussi disponible sur la page Facebook de la Radio. Le film rappelle Argo, de et avec Ben Affleck, pour la tension d’une opération d’exfiltration politique, mais dans un contexte d’après Seconde Guerre Mondiale. On se concentre ici surtout sur la relation entre le « monstre » et son geôlier, et sur l’humanisation d’un tel personnage historique responsable de la solution finale. Le casting est impeccable, y compris notre Mélanie Laurent nationale dont l’accent s’avère tout à fait correct. Un échange de la conférence de presse me revient alors en tête : à un spectateur qui demandait à Ben Kingsley comment il avait travaillé son accent allemand, celui-ci répond qu’il n’a en fait adopté aucun accent, comme convenu avec le réalisateur pour l’ensemble de l’équipe, afin d’éviter de faire basculer le jeu dans le cliché. N’est-il alors pas extraordinaire que ce spectateur ait cru entendre Kingsley parler avec un accent allemand ? On peut justifier cela par l’immense talent du casting, qui convainc si bien que l’on croit entendre Eichmann et les agents du Mossad. Plus qu’un énième film sur cette période bien tristement connue, une réflexion importante sur l’importance de la justice, et de la mémoire.

Le palmarès tombe le soir même, avec un Grand Prix du Jury bien mérité pour mon favori Thunder Road. Le palmarès entier est également sur notre page Facebook, clôturant ainsi une 44ème édition du Festival Américain de Deauville réussie, ayant encore une fois tenu le pari de dépeindre la société américaine d’aujourd’hui en laissant la parole à des réalisateurs audacieux, talentueux, et désireux de faire changer les choses.

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