La chronique de Laura - Champs-Élysées Film Festival - Courts métrages américains

24 juin 2019

La chronique de Laura - Champs-Élysées Film Festival - Courts métrages américains

Que ce soit au Festival du film américain de Deauville ou au Champs-Élysées Film Festival, les compétitions de films américains constituent souvent un portrait du pays et de ses préoccupations actuelles. La compétition des courts métrages de cette huitième édition ne déroge pas à la règle, puisque six des huit films sélectionnés ont pour protagoniste une ou plusieurs femmes et reflètent les défis qui s’imposent à notre génération. Un autre s’intéresse à un jeune homme gay, un autre encore au mal être de la population de tout un village. Il est intéressant de remarquer que la grande majorité de ces films relève du genre de l’horreur. Les américains ont visiblement un message à transmettre, et le Festival des Champs-Élysées leur offre ici une tribune de premier choix.
Amber Sealey ouvre la danse avec How does it start, question que pose la jeune héroïne de 12-13 ans à son journal intime à propos du sexe. Hantée par l’omniprésence de la sexualité chez les adultes qui l’entourent, elle veut absolument connaître l’amour et ses déboires malgré son jeune âge. Un portrait touchant et perturbant de jeune fille d’aujourd’hui, avec ses questionnements et ses hantises. Kenya Gillespie signe un autoportrait avec Jeremiah, de l’aveu même de son réalisateur. Ce jeune homme hanté par le monstre qu’il pense devenir s’il reste seul fait son coming out à un camarade, se sauvant ainsi de la solitude la plus profonde qui soit, celle qui vient avec le silence. Le documentaire 605 Adults 304 Children de Michael Mahaffie montre la communauté de la fausse utopie que vivait la secte de Jonestown en Guyane, menée par leur leader Jim Jones. Le contraste des images et du ton, souligné par la fin glaçante, marque le spectateur. The Boogeywoman, d’Erica Scoggins, révèle la jeune comédienne Amélie Hoeferle qui crève l’écran. Une jeune fille a ses règles pour la première fois et ses amis lui annoncent qu’elle devient la cible de la Boogeywoman qui se nourrit de jeunes filles. L’ambiance à la Stranger Things contribue à la réussite de ce court angoissant. Dans Liberty, Faren Humes dépeint la vie de deux jeunes filles livrées à elles-mêmes dans un quartier défavorisé de Miami. Après la mort de la mère de l’une d’elles, elles restent fortes grâce à la danse et à leur amitié. Une scène de danse donne lieu à de belles images, mais le tout manque de rythme. The Rat de Carlen May-Mann concentre plusieurs sujets actuels sur fond de maison hantée : l’insécurité des femmes en présence des hommes qui se comportent avec légèreté, inconscients de la portée de leurs actes. La maison « hantée » en est le décor idéal et la métaphore parfaite. Le film suivant relève de l’expérimentation pure : Skin of Man de Jimmy Joe Roche a été tourné en 16mm et consciencieusement brulé, rayé et écorché par l’équipe, pour un résultat esthétique saisissant et perturbant. Enfin, Night Swim de Victoria Rivera frappe le plus fort avec cette histoire de trois jeunes filles allant se baigner dans la piscine d’un hôtel avant que des hommes viennent les importuner. Deux d’entre elles abandonnent la dernière à son sort, que l’on devine avec horreur. La réalisatrice vise juste avec peu de mots, nous laissant sortir de la séance la boule au ventre devant l’évidence et l’apparente banalité de ce qu’elle dénonce.

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