Tangles de Leah Nelson : mémoire, famille et dessin face à Alzheimer

Présenté en Séance Spéciale au Festival de Cannes 2026, Tangles adapte le roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt en un long métrage d’animation où le trait noir et blanc devient un outil de mémoire. Le film suit Sarah, artiste activiste dans le San Francisco des années 90, rappelée auprès de sa famille lorsque la maladie d’Alzheimer commence à transformer sa mère.

Infos essentielles

  • Titre original : Tangles
  • Titre français : Tangles
  • Réalisation : Leah Nelson
  • Scénario : Leah Nelson, Sarah Leavitt, Trev Renney
  • D’après : Tangles: A Story About Alzheimer’s, My Mother and Me, roman graphique de Sarah Leavitt
  • Casting vocal : Julia Louis-Dreyfus, Abbi Jacobson, Bryan Cranston, Beanie Feldstein, Seth Rogen, Samira Wiley, Pamela Adlon, Sarah Silverman, Bowen Yang, Wanda Sykes
  • Personnages principaux : Midge, Sarah, Rob, Hannah, Zach, Donimo
  • Musique : Dan Romer
  • Pays : Canada, États-Unis
  • Durée : 102 minutes
  • Festival : Séance Spéciale, Festival de Cannes 2026
  • Ventes internationales : Charades

1. Un film sous quel projecteur ?

Tangles avance avec une matière rare : la maladie, oui, mais surtout tout ce qu’elle dérange autour d’elle. La trajectoire de Sarah n’est pas seulement celle d’une fille qui revient au chevet de sa mère ; c’est celle d’une jeune femme qui tente de faire tenir ensemble son art, son désir, sa famille, sa colère et sa peur.

Leah Nelson travaille un noir et blanc proche du dessin originel de Sarah Leavitt, avec des surgissements de couleur réservés à des moments émotionnels précis. Dans ce type de récit, la ligne tremble plus juste qu’un long discours médical : elle cerne un visage, puis le laisse déjà un peu filer.

2. Ce que le film raconte, sans vendre la mèche

Sarah croit d’abord pouvoir organiser la situation, comme on range une table, un planning, une pile de dessins. Très vite, le film déplace le problème : il ne s’agit pas de “gérer” Alzheimer, mais d’apprendre à vivre dans son désordre.

La maladie redistribue les rôles familiaux, met le père Rob face à l’épuisement, oblige la sœur Hannah à trouver sa propre place, et coupe Sarah entre deux vies : celle qu’elle construit loin de chez elle et celle qui l’appelle au retour.

3. Personnages et casting

Sarah, portée vocalement par Abbi Jacobson, est le nerf vif du film : artiste, lesbienne, militante, drôle, brusque parfois, avec cette manière de transformer l’angoisse en action. Sa fonction dramatique tient dans ce frottement : elle veut aider, mais son besoin de contrôle devient lui-même un nœud.

Midge, interprétée par Julia Louis-Dreyfus, est le centre affectif du récit. Le film ne la réduit pas à son diagnostic : il la présente d’abord comme une femme d’esprit, de langage, de tendresse et de répartie, puis observe comment la maladie modifie la circulation de ces qualités sans les effacer d’un seul coup.

Rob, confié à Bryan Cranston, incarne une autre manière d’aimer : tenir, minimiser, bricoler, faire comme si la maison pouvait encore absorber la catastrophe. Hannah, jouée par Beanie Feldstein, apporte une ligne de tension fraternelle précieuse. Donimo, interprétée par Samira Wiley, ouvre le film vers une histoire d’amour racontée comme une part ordinaire, vive et nécessaire de la vie de Sarah.

4. Dialogues

Les dialogues de Tangles ont quelque chose de très domestique : ça parle vite, ça plaisante pour ne pas craquer, ça coupe la parole, ça contourne les mots dangereux. L’humour n’annule pas la douleur ; il lui sert parfois de béquille comme ces annonces d’avion qui deviennent des commentaires intérieurs.

5. Sons et musiques

La musique est signée Dan Romer. Dans un film animé, le son joue ici un rôle essentiel : plus le dessin simplifie les visages, plus les voix, les bruits domestiques, les messages téléphoniques et les respirations rendent le monde concret.

6. Mise en scène

Le choix le plus fort consiste à rester dans le regard de Sarah plutôt que d’entrer dans l’esprit de Midge. Ce refus du “point de vue malade” évite l’effet de démonstration. Le film observe plutôt les effets d’Alzheimer sur un écosystème : la chambre, la cuisine, les trajets, le couple parental, la sœur, la relation amoureuse, le travail artistique.

L’animation en noir et blanc garde le lien avec le roman graphique. Les touches de couleur, lorsqu’elles apparaissent, deviennent des débordements : non pas de jolis ornements, mais des signaux émotionnels. Dessiner, ici, revient à retenir ce qui s’en va.

7. Une réplique à retenir

“Parfois, il faut faire preuve de courage pour les autres.”

Cette phrase résume sans appuyer l’un des fils du film : le courage n’est pas toujours spectaculaire. Parfois, il consiste simplement à rester dans la pièce.

8. Pour quel public ?

Tangles peut parler aux spectateurs qui cherchent un cinéma d’animation adulte, intime, plus proche du carnet de bord que de la fable spectaculaire. Le film s’adresse particulièrement à celles et ceux qui connaissent le soin familial, les maladies neurodégénératives, les retours forcés dans la maison d’origine, ou cette sensation très précise d’avoir une vie à soi au moment exact où la famille vous rappelle.

Il peut aussi toucher un public sensible aux récits queer où l’identité n’est pas traitée comme un problème à résoudre, mais comme une manière d’habiter le monde. Ici, l’amour, le dessin, la colère et le deuil se croisent sans demander la permission.

10. Sources