Laura VANDENHEDE- Cannes 2021

La chronique de Laura - Titane, de Julia Ducournau - Palme d’or #Cannes2021

« Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans. Titane : métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs. »
Derrière ce synopsis volontairement évasif, se tapit un film à la noirceur si épaisse que le spectateur n’en perce jamais vraiment la surface. Le personnage d’Alexia, dès l’enfance, est renfrognée et ténébreuse, apparemment incapable de joie ou de rire. Forcément, à l’âge adulte, ce n’est pas beau à voir. Ajoutez à cela une tendance sexuelle que l’on ne saurait placer sur le spectre connu, et l’on est face à une jeune femme à qui l’on s’identifie difficilement. La performance d’Agathe Rousselle est parfaite dans ce sens, ne laissant apparaître qu’une once d’humanité aussi vite réprimée, comme un défaut à cacher. Entre alors en scène Vincent Lindon sous stéroïdes, dans une composition tout de suite plus touchante d’un homme dans le déni, qui se ment à lui-même ainsi qu’aux autres pour avoir une chance de guérir et de survivre. La rencontre de ces deux solitudes se fait dans la violence, avant de trouver un terrain d’entente fragile.
Les dialogues rares et épurés, ainsi que la lumière tamisée participent à l’étrangeté du film, devant lequel le spectateur, quand il ne vomit pas en pleine projection cannoise, se sent en tout cas mal à l’aise, dérangé. L’ensemble du film échappe à la raison et jusqu’aux lois de la nature. Après Grave, son premier film très réussi sur le cannibalisme, Julia Ducournau pousse tous les curseurs de la violence à fond, ne s’imposant aucune limite. Même pas celle de la compréhension ou de l’empathie du spectateur. On est alors en droit de se demander ce qu’il nous reste, à quelle humanité se raccrocher.

Cette Palme d’or est sans nulle doute celle de l’audace dans le cinéma de genre, et de la créativité sans bornes. Des qualités certes essentielles au cinéma, mais qui ne suffisent pas à faire un chef d’œuvre, et qui, seules, peuvent laisser le public sur le bord de la route.

La Radio du Cinéma
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La chronique de Laura - Bergman Island, de Mia Hansen-Love - Compétition officielle #Cannes2021

Parler de Bergman Island, c’est parler de deux films différents. Qui forment pourtant un tout, s’entrecroisant avec douceur et fluidité pour nous ramener à nos propres interrogations, nos propres rêves.
En retraite sur l’île suédoise où Ingmar Bergman a vécu toute sa vie, un couple d’auteurs écrit chacun de son côté. Interprété par les majestueux Tim Roth et Vicky Krieps, ce couple est une évidence et frôle la perfection, grâce à une communication naturellement ouverte. En parallèle, nous découvrons un film dans le film, avec l’histoire de deux amants qui se retrouvent le temps d’un mariage. La douceur de Mia Wasikowska et Anders Danielsen Lie et la tendresse qu’ils véhiculent participent au confort ressenti devant ce film. Ici, malgré les réelles difficultés traversées par les couples et les individus, la bienveillance est de mise, et met à l’aise. Même lorsque l’on commence à perdre ses repères entre ces narrations croisées, on est sûrs d’être entre de bonnes mains. La fin vient consolider ce sentiment que « tout va bien se passer », tant que l’on saura communiquer, rêver, et travailler dur pour transformer la matière de l’imaginaire en livres, en films, ou en n’importe quoi d’autre. Sans oublier de s’entourer des gens qu’on aime.
La Radio du Cinéma
Bergman Island » : Mia Hansen-Love emmène Tim Roth et Vicky Krieps sur  l'île du maître suédois

La chronique de Laura - Flag Day, de Sean Penn - Compétition officielle #Cannes2021

Sean Penn s’empare de l’histoire vraie du faussaire John Vogel, qu’il interprète aux côtés de ses deux enfants, Dylan Frances Penn et Hopper Jack Penn. Dylan, sa fille, incarne donc la jeune Jennifer, déchirée entre ses deux parents séparés, et entre la fascination exercée par son père magnétique et la douleur de l’abandon. Les activités de l’escroc sont à peine abordées, laissant toute la place à l’exploration des liens familiaux, du passage à l’âge adulte et de l’émancipation. Comment se construire avec des modèles parentaux nocifs, voire criminels ? Devant la caméra de son père, la jeune comédienne brille par son jeu tantôt doux, tantôt sauvage. Sean Penn, de son côté, navigue à la perfection dans le mensonge et l’euphorie de cet homme qui ne sait plus lui-même ce qui est vrai. La Viking Katheryn Winnick complète à merveille ce casting, trouvant sa place avec finesse dans cette famille. Le duo père-fille fonctionne en tout cas avec un naturel évident, pour un résultat typiquement américain. N’y voyez rien de péjoratif de ma part : j’aime par-dessus tout le cinéma américain et sa redoutable efficacité passant par des mécanismes bien huilés. Si le scénario ne surprend donc pas, passant par plusieurs scènes prévisibles, le film tient ses promesses et fait de ce coming of age un beau moment de cinéma. 
La Radio du Cinéma
«Flag Day»: retour convaincant de Sean Penn sur la Croisette - Le Temps

La chronique de Laura - Bac Nord, de Cédric Jimenez - Hors compétition #Cannes2021

Après HHhH en 2017, Cédric Jimenez revient avec un film coup de poing, mettant en scène trois flics de la Bac qui tentent de survivre dans les quartiers Nord de Marseille, de faire leur métier dans les conditions que leur impose leur hiérarchie, tout en restant fidèles à eux-mêmes.
Il s’empare de cette histoire vraie avec fougue, revenant à ses origines marseillaises. Aidé de trois superbes interprètes, il parvient à rendre terriblement attachants ces personnages de brutes épaisses et un peu simples sur les bords. Gilles Lellouche crève l’écran par son jeu physique et puissant, véhiculant toute la passion et le désespoir de cet homme aux 20 ans de métier qui voit son monde s’effondrer. À ses côtés, François Civil dévoile une nouvelle facette de son jeu, plus rugueux que ses rôles de jeune premier qui lui vont si bien. Karim Leklou n’est pas en reste, formant avec Adèle Exarchopoulos un couple simplement évident, en toute honnêteté. 
Le film n’échappe pas à la comparaison avec Les Misérables de Ladj Ly, pour son contexte policier et sa violence frontale, mais crée polémique pour son côté manichéen. Lorsque le scandale éclate, tout a été fait pour que le spectateur n’ait d’autre choix que de s’insurger, se rangeant d’emblée du côté des policiers bafoués. C’est le parti pris du réalisateur, une décision sans doute politiquement incorrecte mais qui, ramenée au cinéma, s’avère judicieuse. La dramaturgie s’en trouve renforcée, portée par une réalisation impeccable en tout instant. Cédric Jimenez sait où il veut nous amener et il n’hésite à aucun instant, proposant au passage un joyau brut d’action, de drame, de rire… bref, de cinéma.
La Radio du Cinéma
FESTIVAL DE CANNES (EN HORS COMPÉTITION): le film marseillais « Bac Nord »  à l'honneur | REPORTERS ALGERIE

La chronique de Laura - Tre Piani, de Nanni Moretti - Compétition officielle #Cannes2021

On retrouve Nanni Moretti à la fiction après Mia Madre en 2015, et tout de suite, son cinéma nous est familier, familial. Autour du réalisateur, également à l’écran, on retrouve sa grande habituée Margherita Buy, ainsi que d’autres noms bien installés du cinéma italien comme Riccardo Scamarcio ou Alba Rohrwacher. Étonnamment, quelque chose ne fonctionne pas dans ce groupe, où chacun tente de livrer une performance émouvante, et où tout finit par tomber à plat. En nous proposant de plonger directement au cœur de l’action et du drame, et nous laissant découvrir les personnages et leurs liens seulement ensuite, le réalisateur entrave l’empathie que le spectateur devrait développer. Les ellipses successives participent également à ce détachement du spectateur : cinq ans plus tard, puis encore cinq ans plus tard, qu’est-il advenu des personnages et de leurs problèmes ? Est-ce qu’on a vraiment envie de le savoir ? 
Les thèmes abordés ont beau être universels et puissants, comme le pardon, le deuil ou la solitude, la multiplication des intrigues finit par diminuer l’impact de chacun, et aussitôt sorti de la salle, on n’y pense déjà plus.
La Radio du Cinéma
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La chronique de Laura - Où est Anne Frank !, de Ari Folman - Compétition officielle #Cannes2021

On trouve chaque année assez peu de films d’animation en compétition à Cannes. C’est donc un véritable gage de qualité pour ceux qui y sont, comme on avait pu le vérifier pour Les Hirondelles de Kaboul en 2019. Cette année, le réalisateur israélien Ari Folman propose avec ce titre interrogatif un questionnement sur le devoir de mémoire, en donnant vie au personnage de Kitty à qui Anne Frank s’adresse dans son fameux journal. La jeune fille se réveille en 2021, dans la maison d’Anne Frank à Amsterdam transformée en musée, et se met à la recherche de la jeune Anne et de sa famille. À travers des flashbacks, le film illustre quelques extraits du texte original, en plaçant Kitty face à Anne, en incarnation poétique de son journal. L’épopée de la jeune fille imaginaire est le prétexte d’un parallèle facile mais efficace entre deux époques et deux communautés, les juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale et les réfugiés de notre époque. L’ensemble ne manque pas d’une certaine poésie, notamment dans la façon visuelle dont Kitty prend vie, tout en arabesques d’encre. Le titre français transforme l’interrogation initiale en exclamation, véhiculant un sentiment d’urgence. Où est en effet Anne Frank dans les mémoires lorsqu’il s’agit d’accueillir des peuples fuyant la guerre ? Le message passe et le film nous enchante au passage : c’est finalement ce que l’on attend du cinéma.
La Radio du Cinéma

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La chronique de Laura - Les Magnétiques, de Vincent Maël Cardona - La Quinzaine des réalisateurs #Cannes2021

Créée après mai 68, la Quinzaine des Réalisateurs propose cette année en sélection un film sur une autre période empreinte de liberté : le début des années 80 et l’éclosion des radios pirates. Pour son premier long métrage, Vincent Maël Cardona s’est entouré d’une équipe de scénaristes talentueux : Rose Philippon, Chloé Larouchi, Mael Le Garrec, Romain Compingt et Catherine Paillé. Cette énergie de groupe leur a permis d’insuffler un élan de vie à l’histoire de ce jeune homme timide, effacé au sein du groupe mené par son grand frère, et amoureux de la copine de ce dernier. Le personnage joué par Timothée Robart, à qui le titre du film va si bien, se retrouve à Berlin pour son service militaire, et y découvre un univers de possibles où il va enfin oser s’exprimer à travers la radio. C’est avec tendresse qu’on le regarde éclore, au son d’une bande originale qui donne envie de prendre sa voiture et de rouler sans destination, jusqu’au bout de la nuit. De vivre sa vie, d’être libre. Le compositeur David Sztanke l’accompagne et la complète avec brio, tissant le fil rouge musical du film. Les Magnétiques brille par son casting, confirmant tout le bien que l’on pensait de Timothée Robart depuis Vif Argent, et offrant un écrin au talent brut de Marie Colomb et du charismatique fils de Kristin Scott Thomas, Joseph Olivennes. 
Après ce premier film très réussi et largement autobiographique, on a hâte de voir ce que nous réserve Vincent Maël Cardona.
La Radio du Cinéma
Les Magnétiques - film 2019 - AlloCiné

La chronique de Laura - Compartiment nº6, de Juho Kuosmanen - Compétition officielle #Cannes2021

Les voyages en train au cinéma ont le don de nous fasciner. Le huis clos forcé, le thème de l’évasion, la promesse de rencontres… Tout est déjà là, prêt à l’exploitation. Mais le réalisateur finlandais ne se contente pas d’enfermer ses 2 protagonistes dans un wagon du Transsibérien pour les regarder s’apprivoiser, il leur offre d’autres cadres, les fait sortir de leur zone de confort, les bouscule pour mieux les faire revenir à ce compartiment qui devient peu à peu leur bulle privée. Il les arrache ensuite à ce cocon pour voir comment ils survivront au monde extérieur et au grand froid du nord de la Finlande.
Il y a quelque chose de si beau dans ce rapprochement de deux âmes pourtant radicalement différentes, qui peut s’effectuer dans le cadre particulier d’un voyage ou d’une expérience intense partagée avec un inconnu. Quand le courant semble ne pas du tout passer de prime abord, c’est alors simplement l’humanité qui permet à un lien de se créer. Qu’elles soient d’amour ou d’amitié, éphémères ou éternelles, ces connexions sont précieuses. Les deux interprètes principaux, Seidi Haarla et Youri Borisov, brillent par leur simplicité, et viennent nous cueillir quand on ne s’y attend pas.
Le film était en tout cas parfaitement à sa place à Cannes grâce à son thème : Voyage Voyage de Desireless, qui donne au public français les clés de la lecture du film. Finalement, avec chaque rencontre, on « voyage voyage, et jamais ne revient » à qui l’on était.
La Radio du Cinéma
Compartiment n° 6 : la critique du film - CinéDweller

La chronique de Laura - Vedette, de Claudine Bories et Patrice Chagnard - #Cannes2021, ACID

L’ACID 2021 propose une compétition de films indépendants audacieux, aux sujets qui sortent des sentiers battus. Quoi de plus audacieux en effet que de réaliser un documentaire sur une vache sur le déclin, ancienne reine des alpages ? Malgré un pitch pour le moins aride, mais non moins intrigant, le couple de réalisateurs parvient à insuffler un savant mélange de dramaturgie et de
tendresse dans leur portrait de l’animal et de ceux qui l’entourent, en étant eux-mêmes directement impliqués dans son parcours. D’abord intimidée et sur la réserve quant à l’affection que peut bien susciter un animal si inexpressif, Claudine finit par se rendre compte que les yeux de Vedette dévoilent en fait un monde intérieur riche, et que le dédain de l’animal pour ses appels et ses caresses n’est que de surface. Si le film pourra en perdre beaucoup en cours de route, n’échappant pas à de certaines longueurs, à votre plus grande surprise, Vedette restera avec vous quelque temps après le générique de fin.
La Radio du Cinéma

La chronique de Laura - Lingui, de Mahamat-Saleh Haroun - Compétition officielle #Cannes2021

La compétition officielle nous emmène au Tchad pour un film aux sujets très durs mais à la réalisation très douce. Amina, fille-mère rejetée par sa communauté, vit seule avec sa fille Maria, qui se retrouve enceinte à 15 ans. Lorsque celle-ci lui parle d’avorter, c’est le déshonneur : la religion l’interdit formellement, la société le condamne, et braver ces interdits représente en plus un danger physique. Mais Maria sait ce qu’elle veut. Le réalisateur aborde ce thème, ainsi que celui de l’excision, avec beaucoup de courage, très frontalement, mais sans volonté se choquer le spectateur. Aucune image ne vient nous heurter, tout est suggéré et délicat, à l’image de la photographie du film, très lumineuse. Le propos reste résolument optimiste, en se concentrant sur les « liens sacrés » (qui donnent son titre au film) entre les femmes qui affrontent ensemble l’oppression patriarcale et religieuse. Les hommes, forcément présents, sont pourtant relayés au second plan, comme une menace qui rôde, pour ne pas éclipser les vraies héroïnes du film et de la société tchadienne, celles qui résistent.
Pour ce geste militant et artistique, le réalisateur a en tout cas bien mérité l’accolade du président du jury Spike Lee à la fin de la projection.
La Radio du Cinéma
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La chronique de Laura - Annette, de Leos Carax - Compétition officielle #Cannes2021

Nous y voilà enfin. Après un an de frustration cannoise et cinématographique, la 74e édition du Festival de Cannes s’ouvre enfin, avec le dernier film de Leos Carax, Annette.
On le savait, et pourtant il nous surprend dès la première scène : Leos Carax joue selon ses propres règles. C’est d’autant plus vrai pour ce drame musical, genre qui permet d’aller toujours plus loin dans le kitsch qui lui plaît tant. Il n’a pas peur d’utiliser des artifices si gros qu’ils en deviennent visibles, arrachant parfois quelques rires nerveux aux plus sceptiques.
Adam Driver et Marion Cotillard l’ont pourtant suivi dans cette folle entreprise, livrant une performance chantée enregistrée à même le plateau et dont ils n’ont pas à rougir. L’américain confirme son immense talent, aidé d’une carrure et d’un charisme naturels, tandis que notre Môme nationale prend sa revanche sur la mort au cinéma et apporte au film une grâce féminine tout en fragilité. Mais c’est l’exceptionnel Simon Helberg qui crée la surprise, en saisissant le spectateur à chacune de ses scènes, révélant une profondeur de jeu que les fans de Big Bang Theory ne soupçonnaient pas.
Derrière tous ses artifices, le chant, les couleurs, la grandiloquence, Leos Carax traite finalement de thèmes simples et universels, dénonçant la violence des hommes au sens large, et prônant l’émancipation des femmes, de toutes les femmes.
C’est bon de retrouver le cinéma, ce cinéma, si foisonnant, complexe, riche, et qui vous fait dire à vos collègues à la sortie de la salle : « prenons 5 minutes avant d’en parler. »
La Radio du Cinéma
ANNETTE Bande Annonce (Cannes 2021) Marion Cotillard, Adam Driver - YouTube

La chronique de Laura - Le Genou d’Ahed, de Nadav Lapid - Compétition officielle #Cannes2021

L’israélien Nadav Lapid n’y va pas par quatre chemins pour transmettre son propos : son personnage est un réalisateur qui vient présenter un de ses films dans un village reculé, et se sent profondément révolté par le formulaire de censure qu’on lui demande de signer. Toute ressemblance serait-elle fortuite ? Le réalisateur oppose à l’étouffement de la liberté d’expression qu’il dénonce une très grande liberté formelle. La caméra virevolte, survole le comédien, se colle à son visage, suit son regard… Les rares instants de douceur entre le personnage du réalisateur et celui de l’employée du ministère de la culture sont vite écrasés par la violence des dialogues. Tout est prévu pour mettre le spectateur mal à l’aise, lui faire violence, le faire suffoquer, à l’image de la violence que le gouvernement exerce envers les artistes qui tentent de s’exprimer.
La détresse du personnage est exacerbée par sa douleur face à la maladie de sa mère, qui n’est cependant que secondaire face à la puissance du thème principal, et peine à trouver sa place.
Le message passe avec force, nous laissant sans souffle à l’arrivée du générique.
La Radio du Cinéma

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La chronique de Laura - Tout s’est bien passé, de François Ozon - Compétition officielle #Cannes2021

En règle générale, le cinéma m’émeut, me révolte, me fait rire, bref… me transporte. Quel que soit le sujet, il est rare que je reste de marbre devant un film. Il est donc étonnant qu’en essayant si fort, François Ozon n’ait rien touché en moi avec ce nouveau film portant sur une fille accompagnant son père dans la mort. Peut-être qu’après déjà tant de films formellement audacieux dans la compétition cannoise, le naturalisme brut du réalisateur français tombe à plat. Son décorticage étape par étape du processus d’accompagnement, via une association suisse, ressemble trop à un exposé juridique, et manque d’âme, malgré la performance tout en finesse de Sophie Marceau. Le maquillage vieillissant d’André Dussollier entrave les émotions qu’il essaye de transmettre, souffrant de la comparaison avec la fragilité d’Anthony Hopkins dans The Father, encore trop récent dans mon esprit.
Tout dépend bien sûr de la sensibilité de chacun et de la projection que chacun fera sur ses propres figures paternelles, mais ce survol froid et académique du sujet ne fonctionne pas. Lorsque la caméra s’attarde sur les visages, on y trouve enfin l’émotion, comme dans son dernier plan très réussi, mais qui ne suffit pas à sauver un film trop plombant.
La Radio du Cinéma
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La chronique de Laura - Ghost Song, de Nicolas Peduzzi - #Cannes2021, ACID

Alors qu’un ouragan approche de Houston, au Texas, trois âmes perdues se débattent pour survivre, surmonter les épreuves et se construire. La rappeuse OMB Bloodbath tente de faire face à la violence des rues de sa ville, qui l’a déjà écorchée et a emporté plusieurs de ses amis, tout en poursuivant son rêve de rap. De son côté, Will tente de rester sobre et de pardonner à sa famille après une vie de rejet, tandis que Nate sombre dans la drogue et la dépression suite à l’avortement de son ex. Ces trois destins, sans forcément se croiser, s’entremêlent et se répondent à la fois dans la détresse et l’espoir. Si l’ensemble manque de structure, les scènes qui se succèdent ne sont pas dénuées d’une certaine poésie, chacune délivrant une nouvelle émotion. L’arrivée de l’ouragan, sublimée par le Dies Irae du Requiem de Verdi, assène un coup puissant qui résonne chez le spectateur, condamnant les trois personnages à un sort que l’on imagine aussi dramatique que ces notes puissantes.
cinemateaser on Twitter: "Avec GHOST SONG présenté à l'ACID, le Français Nicolas  Peduzzi filme Houston alors qu'un ouragan approche… Notre critique :  https://t.co/mlZmfzGVsw #Cannes2021… https://t.co/m4oZ9k4vw2"

La chronique de Laura - Jane par Charlotte, de Charlotte Gainsbourg - Projection spéciale #Cannes2021

Le festival de Cannes nous fait parfois la surprise d’une séance presse en présence de l’équipe du film, comme ce fut le cas pour le premier film de Charlotte Gainsbourg, consacré à sa mère Jane Birkin.
Le voyeurisme que pouvait faire redouter la bande annonce est en fait parfaitement dosé et assumé par la réalisatrice. Elle pose un regard évidemment plein d’amour sur cette femme, artiste et mère, échangeant avec une douceur et une pudeur caractéristiques sur une vie remplie d’amour, de deuil et de succès. L’actrice révèle un vrai talent pour la réalisation, plaçant sa mère dans des cadres simples et familiers ou élégamment composés, et la met également en valeur par le biais d’inserts photographiques. La parole se libère alors facilement entre ces deux femmes, sur des sujets variés comme la féminité, la famille, les terribles deuils qu’elles ont connu. À travers les évocations de Kate Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon et des autres membres de leur famille, la mère et la fille livrent un propos à la fois profondément personnel et universel, où chacun pourra trouver du beau.
La Radio du Cinéma
CANNES 2021 - « Jane par Charlotte » : La vraie Birkin - Maze.fr

La chronique de Laura - Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier - Compétition officielle #Cannes2021

Après le magnifique Thelma en 2017, Joachim Trier livre un nouveau portrait de femme au titre intrigant : traduit en anglais, The Worst Person in the World. Julie est une jeune femme norvégienne de son époque, distraite par les réseaux sociaux, indécise quant à la voie à suivre, et passionnée. Elle tombe amoureuse d’un auteur à succès de 45 ans, et plonge dans une relation malgré les différences d’âge et de projets de vie, puis rencontre un homme de son âge qui la trouble et remet en cause tous ses choix. Le pitch simplifié ne ferait pas déplacer les foules, mais de cette histoire simple, le réalisateur norvégien tire une beauté sans pareille. Il suit ce personnage sur les années formatrices de sa vie, entre sa vingtaine et sa trentaine, ces années où l’on se sent encore jeune mais l’on prend conscience que les années passent vite et qu’il faut prendre de vraies décisions. L’actrice Renate Reinsve, que Joachim Trier retrouve après Oslo, 31 août, livre une performance hypnotique tout en grâce et en subtilité, soutenue par le très touchant Anders Danielsen Lie et Herbert Nordrum, au jeu physique. Leurs corps et leurs visages transmettent les émotions avec une facilité désarmante, et servent des scènes et un scénario parfaitement universels. La musique de la compositrice Ola Fløttum achève de parfaire un film qui n’en finit pas de résonner.
La pire personne au monde serait-elle alors celle qui suit son cœur, fait des erreurs, tombe, se relève et continue d’avancer ?
La Radio du Cinéma
Julie (en 12 chapitres), femme des années 2020