Au Festival international du film d'animation d'Annecy, Le Mifa, véritable laboratoire de la création animée, met aussi en lumière celles et ceux qui façonnent les univers visuels des films. Parmi eux, les concept artists, ces artistes de l'ombre qui imaginent les décors, les ambiances et les mondes avant même que l'animation ne commence.
C'est dans le cadre des conférences Talent Mifa qu'Eden Vaisse, pour La Radio du Cinéma, a assisté à la rencontre avec Angela Sung, concept artist ayant collaboré avec Sony Pictures Animation et LAIKA. Une conférence placée sous le signe du partage, de la créativité et de la transmission.
Organisée en partenariat avec Procreate, l'application de dessin sur iPad devenue incontournable chez de nombreux artistes, cette masterclass n'était pas un simple tutoriel technique. Angela Sung a surtout rappelé qu'un décor n'est jamais une accumulation de détails graphiques : il est avant tout un outil narratif.
Selon elle, trois étapes sont essentielles.
La première consiste à comprendre l'histoire. Avant le moindre croquis, l'artiste doit saisir les enjeux du récit, les émotions recherchées et ce que la scène doit raconter.
Vient ensuite l'intention. Pourquoi ce décor existe-t-il ? Quel rôle joue-t-il dans le film ? Quelle émotion doit-il provoquer chez le spectateur ?
Ce n'est qu'après ces deux étapes que débute la recherche visuelle. L'artiste peut alors puiser dans le réel pour construire un univers crédible, en mêlant observations, références architecturales, paysages ou objets du quotidien.
Pour illustrer son propos, Angela Sung s'est amusée à prendre Annecy comme terrain de jeu.
Face au public, elle a demandé ce que la ville évoquait spontanément. Les réponses ont fusé : le lac, les montagnes, l'architecture médiévale... mais aussi le fromage.
Pour la concept artist, ces idées ne sont pas des limites, mais des points de départ. Pourquoi ne pas imaginer une ville construite entièrement en fromage ? Ou un immense lac de raclette fondue ? Derrière cette démonstration volontairement décalée se cache une leçon essentielle : la création naît souvent de l'association d'idées qui, au premier abord, semblent incompatibles.
Le concept art consiste précisément à transformer ces intuitions en images capables de raconter une histoire.
Au-delà de l'inspiration, Angela Sung a partagé sa méthode de travail.
Deux approches coexistent dans son processus créatif. La première est la plus classique : commencer par les grandes masses, installer les volumes, définir les perspectives, avant d'aller progressivement vers les détails.
La seconde est beaucoup plus intuitive. Lorsqu'un élément l'inspire particulièrement — un pont, une arche, une construction originale — elle commence par le dessiner avec un niveau de détail très poussé. Ce n'est qu'ensuite qu'elle imagine le décor qui viendra l'entourer.
Elle a également insisté sur l'importance de l'équilibre entre les formes pleines et les espaces vides, des lignes de perspective et de la gestion de la couleur, autant d'éléments qui donnent vie à une image et guident naturellement le regard du spectateur.
Si Procreate occupe aujourd'hui une place importante dans son quotidien, Angela Sung utilise également Photoshop. Pour elle, le logiciel reste un outil. Ce qui compte avant tout, c'est la réflexion artistique qui précède le dessin.
Son enthousiasme communicatif a marqué l'ensemble de la salle. Souriante, généreuse et passionnée, elle n'a cessé d'encourager les étudiants et jeunes artistes présents à expérimenter, à observer le monde qui les entoure et à cultiver leur curiosité.
Cette conférence illustre parfaitement l'esprit du Mifa. Au-delà du marché international et des grands studios, Annecy est aussi un immense lieu d'apprentissage où les professionnels transmettent leur savoir-faire à la nouvelle génération.
Dans la salle, Eden Vaisse a d'ailleurs remarqué une majorité d'étudiants venus de France, d'Allemagne, du Royaume-Uni et d'autres pays européens, venus écouter les conseils d'une artiste dont le métier reste souvent méconnu du grand public.
À travers cette rencontre, Angela Sung rappelle une évidence que l'on oublie parfois : derrière chaque film d'animation se cachent des dizaines d'artistes qui inventent des mondes avant même qu'ils n'existent. Et c'est précisément cette richesse humaine que le Festival d'Annecy continue, année après année, de mettre en lumière.