Sommet Lumière 2026 à Saint-Paul-de-Vence : l’IA, le droit d’auteur et un milliard d’euros d’investissements

Le Sommet Lumière 2026, réuni le 7 septembre à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence, s’est achevé avec une Déclaration Lumière en 15 principes, cinq déclarations thématiques et plusieurs initiatives internationales. Plus de 120 signataires ont entériné le texte général. La France et la Corée du Sud ont aussi annoncé un Partenariat Lumière d’un milliard d’euros sur cinq ans.

Premier sommet international consacré à l’avenir du cinéma et de l’image animée, le rendez-vous a réuni plus de 200 responsables publics, créateurs, dirigeants d’entreprises et représentants d’institutions. L’Élysée fait état de participants venus de plus de 65 pays des cinq continents.

Au terme de la journée, l’intelligence artificielle, le droit d’auteur, la circulation des œuvres, la place des salles, le piratage, l’éducation aux images, l’égalité femmes-hommes et l’impact environnemental disposent désormais de textes de référence communs. Leur portée doit toutefois être précisée : ces déclarations fixent des principes et des engagements, mais n’instaurent pas à elles seules de nouvelles obligations juridiques contraignantes.

Une Déclaration Lumière en 15 principes

Le texte général adopté à Saint-Paul-de-Vence rassemble 15 principes. Il place l’œuvre de création au centre du secteur, défend la diversité culturelle, la rémunération de la création et la propriété intellectuelle, et réaffirme la place de l’exploitation en salle dans la circulation du cinéma.

La découvrabilité figure également parmi les sujets retenus. Le texte évoque explicitement le rôle croissant que pourraient jouer les intelligences artificielles dites agentiques dans l’accès aux œuvres et leur recommandation. L’enjeu formulé est que des œuvres différentes puissent rester visibles et accessibles lorsque leur découverte passe de plus en plus par des systèmes automatisés.

La Déclaration prévoit aussi une coopération accrue contre le piratage, le soutien à la liberté de création, l’égalité entre les femmes et les hommes, des pratiques de production plus durables et le développement de l’éducation aux images.

Cinq déclarations thématiques, dont une consacrée à l’intelligence artificielle

En complément de la Déclaration Lumière, cinq textes thématiques ont été adoptés. Ils concernent l’intelligence artificielle, la lutte contre le piratage, l’éducation aux images, l’égalité femmes-hommes et la sécurité sur les tournages, ainsi que la transition environnementale des industries de l’écran. Ces textes restent ouverts à de nouvelles signatures.

La déclaration consacrée à l’IA comporte six principes. Elle inscrit notamment les systèmes d’intelligence artificielle produisant, transformant ou utilisant des œuvres culturelles dans le champ des principes de la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la diversité des expressions culturelles.

Elle affirme également que les œuvres créées par des êtres humains constituent le socle sur lequel reposent les systèmes d’IA générative et que l’utilisation d’œuvres protégées pour leur entraînement doit respecter la propriété intellectuelle et donner lieu à une rémunération équitable des titulaires de droits.

Le texte traite aussi de la préservation des emplois créatifs, de la transparence des données d’entraînement, de l’identification des contenus générés ou modifiés par l’IA et des moyens permettant aux ayants droit de repérer l’utilisation de leurs œuvres.

Ces questions étaient déjà présentes dans les débats du secteur au printemps. À Cannes, Diane Kruger, Iris Knobloch et plusieurs professionnels avaient abordé les conséquences de l’intelligence artificielle sur la création cinématographique.

Ce que la SACD retient de la déclaration sur l’IA

Dans une réaction publiée le 8 septembre, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques met en avant quatre éléments de la déclaration relative à l’intelligence artificielle.

  • Création humaine et rémunération : reconnaissance du rôle des œuvres humaines dans l’entraînement des systèmes génératifs et principe d’une rémunération équitable des titulaires de droits concernés.
  • Transparence et traçabilité : mise en place de mécanismes permettant d’identifier les œuvres utilisées pour l’entraînement ainsi que les contenus générés ou assistés par intelligence artificielle.
  • Emploi et talents artistiques : prise en compte de la préservation des emplois créatifs et de la diversité des talents dans les politiques publiques liées au développement de l’IA.
  • Diversité culturelle : rattachement de ces enjeux aux principes de la Convention de l’UNESCO de 2005 et reconnaissance de la capacité des États à conduire leurs politiques culturelles face aux évolutions technologiques.

La SACD demande désormais que ces principes soient repris dans les travaux de l’UNESCO et dans la future stratégie européenne sur l’intelligence artificielle. Il s’agit d’une demande formulée par l’organisation d’auteurs, et non d’une mesure adoptée par l’Union européenne lors du Sommet.

La proposition de loi Darcos reste en discussion à l’Assemblée nationale

Sur le terrain français, la SACD appelle également à l’adoption de la proposition de loi portée notamment par la sénatrice Laure Darcos sur l’utilisation de contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle.

Le texte a été adopté par le Sénat le 8 avril 2026 et transmis à l’Assemblée nationale le 9 avril. La commission des affaires culturelles de l’Assemblée l’a examinée et a déposé son texte le 2 juin. Au 8 septembre, le dossier législatif officiel ne fait pas apparaître d’adoption du texte en séance publique par l’Assemblée nationale.

La SACD demande par ailleurs que les aides à la production du CNC puissent être conditionnées ou modulées selon le recours à l’emploi créatif humain. Cette proposition appartient aux demandes de la société d’auteurs : elle ne figure pas parmi les décisions actées publiquement par le Sommet Lumière.

Un milliard d’euros pour le Partenariat Lumière France-Corée

L’annonce financière la plus importante de la journée concerne le Partenariat Lumière. La France et la Corée du Sud prévoient de mobiliser ensemble un milliard d’euros sur cinq ans pour accompagner les industries du cinéma, de l’audiovisuel et de l’image animée.

La France doit mobiliser 500 millions d’euros par l’intermédiaire de Bpifrance de 2027 à 2031. La Corée du Sud a annoncé un engagement d’un montant équivalent. Le dispositif est présenté comme ouvert à la participation d’autres États.

Les principes associés au partenariat reprennent trois axes affichés lors du Sommet : primauté de la création humaine, respect du droit d’auteur et diversité culturelle. Les modalités détaillées d’attribution et de déploiement devront désormais être précisées au fur et à mesure de sa mise en œuvre.

IRIS doit fédérer les salles indépendantes

Le Sommet a également acté la création d’IRIS, pour International Resilience Initiative for Independent Screens. Cette initiative doit soutenir les salles indépendantes, les distributeurs et les réseaux qui permettent aux films de circuler auprès des publics.

Le Maroc, la Corée du Sud, le Portugal et la Grèce figurent parmi les premiers partenaires cités. Un conseil international rassemble plus de 40 cinéastes et artistes, dont Martin Scorsese, Juliette Binoche, Jane Campion, Sofia Coppola, Costa-Gavras, Isabelle Huppert, Hirokazu Kore-eda, Jafar Panahi, Tilda Swinton, Denis Villeneuve et Wim Wenders.

La question de la circulation du patrimoine et des œuvres indépendantes était déjà suivie par La Radio du Cinéma avec le rapprochement de SOONER et de l’Institut Lumière autour de la diffusion du patrimoine cinématographique.

Une Alliance Lumière de 54 agences publiques

Autre structure née du rendez-vous : l’Alliance Lumière, présentée comme un réseau mondial d’institutions publiques chargées du cinéma et de l’audiovisuel. Au 7 septembre, 54 agences avaient rejoint le dispositif.

Les membres doivent se retrouver chaque année à Cannes, ainsi que lors d’un congrès organisé par l’un des États participants. L’objectif annoncé est de permettre des échanges d’expertise et la préparation d’initiatives communes.

Le programme Audiovisual Next Gen a également été lancé par le CNC avec Netflix, RTL Group et Mediawan. Il doit accompagner pendant 18 mois 20 professionnels de moins de 35 ans. La première promotion, annoncée pour janvier 2027, doit être composée exclusivement de femmes.

Le jeu vidéo reste dans le programme des suites du Sommet

Le jeu vidéo, présent dès la préparation du Sommet Lumière 2026, n’a pas disparu du générique final. Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Festival international du jeu vidéo destiné à réunir création, innovation, joueurs et industrie.

Aucune date, aucun lieu ni format détaillé n’ont encore été publiés pour ce nouveau rendez-vous. Il faut donc, à ce stade, s’en tenir à l’annonce de sa création.

Sur le versant cinéma et création générative, l’AI Film Festival Monaco 2026 témoigne déjà de la place prise par l’intelligence artificielle dans les rendez-vous consacrés aux nouvelles formes de production.

Des principes adoptés, une mise en œuvre encore à suivre

Le Sommet Lumière a donc produit des textes, des dispositifs de coopération et des engagements financiers identifiables. Mais leurs calendriers ne sont pas tous arrêtés et les cinq déclarations thématiques restent ouvertes à de nouveaux signataires.

L’AFP souligne que la Déclaration Lumière n’a pas d’effet contraignant. Plusieurs comptes rendus publiés à l’issue de la journée relèvent également que les modalités concrètes de certaines annonces restent à préciser. Gaëtan Bruel, président du CNC, avait lui-même présenté le rendez-vous comme le point de départ d’un travail destiné à se poursuivre dans les prochains mois.

Pour le cinéma et l’audiovisuel, la suite se jouera donc dans la traduction de ces principes en dispositifs nationaux, européens ou internationaux : règles liées à l’IA, accords sur la rémunération, coopération contre le piratage, soutien aux salles, financement et éducation aux images.

Infos pratiques

  • Événement : Sommet Lumière 2026
  • Date : lundi 7 septembre 2026
  • Lieu : Fondation Maeght, 623 chemin des Gardettes, 06570 Saint-Paul-de-Vence
  • Horaires : accueil à 8h30, ouverture à 10h15, première plénière à 11h15, clôture de 17h30 à 18h30
  • Durée : une journée
  • Accès : rendez-vous professionnel et institutionnel réservé aux participants invités ; événement terminé
  • En ligne : le discours d’ouverture et la Déclaration Lumière sont publiés par l’Élysée ; le site officiel du Sommet dispose d’un espace « Photos & Vidéos »

  • Sommet Lumière
  • Saint-Paul-de-Vence
  • Intelligence artificielle
  • Droit d’auteur

Sources

  • Présidence de la République — « Sommet Lumière à Saint-Paul-de-Vence », 7 septembre 2026
  • Présidence de la République — « Déclaration Lumière sur l’avenir du cinéma et de l’image animée », 7 septembre 2026
  • Présidence de la République — bilan du Sommet Lumière et présentation du Partenariat Lumière, d’IRIS, d’Audiovisual Next Gen et de l’Alliance Lumière, 7 septembre 2026
  • Sommet Lumière / CNC — programme officiel 2026
  • SACD — « Sommet Lumière : des déclarations encourageantes pour le cinéma et l’audiovisuel », 8 septembre 2026
  • AFP — compte rendu du Sommet Lumière, 7 septembre 2026
  • Le Monde — compte rendu depuis Saint-Paul-de-Vence, 7 septembre 2026, mis à jour le 8 septembre
  • Variety — compte rendu des cinq déclarations thématiques, 7 septembre 2026
  • Screen Daily — compte rendu du lancement d’IRIS et du partenariat France-Corée, 7 septembre 2026
  • Assemblée nationale — dossier législatif de la proposition de loi relative à l’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle, état consulté le 8 septembre 2026