Diane Kruger et Iris Knobloch alertent sur les dérives de l’IA dans le cinéma


13 mai 2026

Cannes 2026 : à la plage BMW, le cinéma face au défi de l’intelligence artificielle

Sur la Plage des Palmes, en marge du Festival de Cannes, BMW Group réunissait ce mercredi plusieurs grandes voix du cinéma autour d’un thème devenu incontournable : The Human Lens – Le cinéma à l’ère de la révolution technologique.

Pendant près de deux heures, la présidente du Festival Iris Knobloch, l’actrice Diane Kruger, la réalisatrice Mehret Mandefro et Thomas Girst, directeur mondial de la culture chez BMW Group, ont débattu de la place grandissante de l’intelligence artificielle dans la création cinématographique.

Entre fascination technologique et inquiétudes très concrètes, un constat s’est imposé : l’IA transforme déjà profondément le cinéma, mais personne ne veut voir disparaître l’humain derrière les machines.

« Sans émotion humaine, l’IA ne peut pas produire la même chose »

Diane Kruger a livré l’une des interventions les plus marquantes de cette conférence. L’actrice a raconté avoir récemment découvert le travail d’un jeune réalisateur utilisant l’intelligence artificielle pour tester rapidement des décors, des ambiances ou des émotions visuelles.

Mais selon elle, ce qui avait réellement touché le public présent ce jour-là n’était pas la technologie elle-même :

« Sans émotion humaine, sans expérience humaine, je ne pense pas que l’IA puisse produire le même résultat. »

Pour la comédienne, l’IA représente avant tout un formidable outil démocratique capable d’ouvrir des portes à de jeunes cinéastes ou à des pays disposant de moins de moyens financiers.

Un enthousiasme partagé par Mehret Mandefro, qui travaille régulièrement avec de jeunes créateurs sur le continent africain :

« L’IA peut aider les artistes à explorer leur propre voix. Les histoires vivent dans nos émotions, dans nos souvenirs, dans nos expériences. »

Selon elle, la technologie ne doit pas remplacer l’instinct humain mais au contraire aider les auteurs à mieux accéder à leur propre imaginaire.

Le grand sujet : protéger les artistes

Très vite pourtant, la discussion a glissé vers les zones d’ombre de cette révolution technologique.

Clonage numérique, reproduction de voix, deepfakes, acteurs scannés puis réutilisés sans rémunération… les intervenants ont multiplié les exemples de dérives possibles.

Diane Kruger s’est montrée particulièrement directe :

« Les studios possèdent déjà des millions de scans de figurants qu’ils peuvent réutiliser gratuitement. Tout cela doit être réglementé. »

L’actrice a également évoqué les inquiétudes liées aux nouvelles générations confrontées à un flux constant d’images générées artificiellement :

« Ma fille devra savoir distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. »

Même tonalité du côté d’Iris Knobloch, qui a insisté sur l’urgence d’encadrer l’usage de l’IA :

« Nous devons trouver une IA responsable. »

La présidente du Festival de Cannes a plaidé pour une obligation claire d’identifier les contenus générés par intelligence artificielle sur internet :

« Le public doit savoir ce qu’il regarde : est-ce réel ? Est-ce généré par IA ? »

Une technologie qui divise mais intrigue

Tous les participants s’accordent sur un point : l’IA est déjà là, impossible de revenir en arrière.

Mais la conférence a montré à quel point le sujet reste complexe pour le monde du cinéma. Si certains usages techniques séduisent — rajeunissement numérique, effets spéciaux plus accessibles, outils d’écriture ou de prévisualisation — la peur d’une standardisation ou d’une dépossession artistique demeure omniprésente.

Diane Kruger a résumé ce paradoxe  :

« C’est à la fois une promesse et une menace. »

Cannes veut rester le sanctuaire de la création humaine

Face à ces mutations, Iris Knobloch a rappelé la mission que le Festival entend préserver :

« Le seul principe qui guide notre sélection est l’excellence artistique. »

Avec près de 2900 films soumis cette année provenant de 54 pays, la présidente voit dans Cannes la preuve que la créativité humaine reste infinie.

Une idée qui a traversé toute cette rencontre : plus la technologie progresse, plus le besoin d’émotions authentiques semble devenir essentiel.

Et finalement, derrière les débats sur l’IA, une conviction commune est apparue sur cette plage cannoise : le cinéma reste avant tout une affaire de regard humain.

Propos reccueillis par Amandine BACCONNIER et Patrice CAILLET pour la RADIO DU CINEMA - 13.05.2026