Pour le cinéma, elle restera notamment Doralee Rhodes dans 9 to 5, Truvy dans Steel Magnolias, mais aussi la partenaire de Burt Reynolds puis de Sylvester Stallone. Une filmographie relativement courte, mais suffisamment forte pour inscrire sa silhouette et son humour dans plusieurs chapitres du cinéma populaire américain.
9 to 5 : le premier film et un personnage qui lui ressemblait
En 1980, Dolly Parton n’a encore jamais tenu un grand rôle au cinéma lorsque Jane Fonda l’invite à rejoindre Lily Tomlin dans 9 to 5, réalisé par Colin Higgins.
La comédie raconte la revanche de trois employées confrontées à un patron sexiste joué par Dabney Coleman. TCM rappelle que Jane Fonda avait développé le projet après s’être intéressée aux conditions de travail des employées de bureau américaines. Le film devait initialement adopter un ton plus dramatique avant de devenir une comédie.
Pour son premier rôle, Dolly Parton incarne Doralee Rhodes, secrétaire dont le patron entretient volontairement une rumeur de liaison. Le choix est malin : Doralee est jugée sur son apparence avant même qu’on lui accorde le droit de parler.
Parton connaissait parfaitement ce mécanisme. Chevelure platine, talons, tenues scintillantes et poitrine généreuse faisaient partie d’une image qu’elle avait elle-même construite et dont elle se servait avec beaucoup d’autodérision. Au cinéma comme dans ses interviews, elle savait que l’on pouvait la regarder avant de l’écouter. Et elle avait souvent déjà gagné la partie quand ses interlocuteurs s’en apercevaient.
9 to 5 transforme précisément ce décalage en ressort comique. Doralee est tout sauf la caricature que son environnement professionnel imagine.
Des ongles en acrylique devenus instrument de musique
L’une des plus jolies histoires de la carrière de Dolly Parton naît directement sur le tournage. Pendant les périodes d’attente, elle commence à faire claquer ses longs ongles en acrylique. Le son lui rappelle les machines à écrire du bureau où se déroule le film.
Elle utilise ce rythme pour composer « 9 to 5 », la chanson qui ouvrira le film.
La chanson devient indissociable du film et vaut à Parton une nomination à l’Oscar de la meilleure chanson originale. Elle obtient également des nominations aux Golden Globes pour son travail d’actrice.
Le succès du film installe définitivement Dolly Parton dans la culture populaire au-delà de la country. TCM considère encore 9 to 5 comme une œuvre marquante de la comédie américaine consacrée au monde du travail.
The Best Little Whorehouse in Texas : Dolly face à Burt Reynolds
Deux ans plus tard, elle retrouve Colin Higgins pour The Best Little Whorehouse in Texas, adaptation de la comédie musicale de Broadway.
Face à Burt Reynolds, elle joue Mona Stangley, patronne d’une maison close texane menacée par une campagne médiatique. Le rôle lui permet une nouvelle fois d’incarner une femme qui connaît parfaitement les règles du monde dans lequel elle évolue et ne demande à personne la permission d’occuper l’écran.
Le film possède aussi une place particulière dans son histoire musicale puisqu’elle y interprète une nouvelle version de « I Will Always Love You ». Cette chanson connaîtra une autre vie dix ans plus tard grâce à Whitney Houston dans The Bodyguard.
Rhinestone : Dolly Parton et Sylvester Stallone, le tandem improbable
En 1984, Rhinestone réunit Dolly Parton et Sylvester Stallone.
Le principe a quelque chose d’un pari de producteur : une chanteuse country tente de transformer un chauffeur de taxi new-yorkais en vedette de la musique country. Dolly Parton est alors au sommet de sa maîtrise musicale ; Stallone arrive avec l’image de Rocky et Rambo.
Le film ne rencontre pas le succès espéré. Mais Dolly parvient encore à faire survivre la musique au film : « Tennessee Homesick Blues », issue de la bande originale, devient numéro un du classement country américain.
Avec Dolly Parton, même les accidents de parcours semblaient pouvoir produire une chanson.
Steel Magnolias : Truvy, le rôle qui semblait fait pour elle
En 1989, elle rejoint Steel Magnolias de Herbert Ross. Le casting réunit Sally Field, Shirley MacLaine, Olympia Dukakis, Daryl Hannah et une jeune Julia Roberts.
Dolly Parton joue Truvy Jones, propriétaire d’un salon de coiffure en Louisiane. C’est dans ce lieu que les personnages parlent, plaisantent, se disputent et affrontent les moments les plus difficiles de leur existence.
Le rôle était presque écrit pour elle. Dolly Parton expliquait que, si elle n’avait pas réussi dans le spectacle, elle aurait volontiers travaillé comme coiffeuse. Elle avait d’ailleurs l’habitude de coiffer sa mère.
Pour préparer Truvy, elle s’entraîne avec de véritables coiffeuses de Natchitoches, en Louisiane, où le film est tourné. Des habitantes de la ville acceptèrent même de lui confier leurs cheveux.
Autre anecdote restée célèbre : Herbert Ross se montre particulièrement exigeant avec elle. Parton racontera dans son autobiographie que le réalisateur lui avait annoncé qu’elle ne savait pas jouer. Sa réponse est parfaitement conforme à son humour : elle se considérait d’abord comme Dolly Parton, une personnalité engagée pour le film, et rappelait au réalisateur que son travail consistait précisément à obtenir quelque chose d’elle. Leurs rapports se sont apaisés avant la fin du tournage.
Le résultat donne à Parton l’un de ses personnages les plus attachants. Elle ne cherche pas à dominer Steel Magnolias. Truvy accueille les autres, écoute leurs histoires et entretient le mouvement du groupe. Sa chaleur devient une fonction dramatique.
Straight Talk et Joyful Noise : la personnalité avant la transformation
Dolly Parton poursuit sa carrière avec Straight Talk en 1992. Elle y incarne une femme qui devient presque accidentellement conseillère sentimentale à la radio.
Là encore, le cinéma ne lui demande pas de disparaître derrière un personnage méconnaissable. Sa voix, son rythme, son humour et sa faculté à donner l’impression de parler directement à chacun constituent l’essentiel du rôle.
Elle retrouvera plus tard le grand écran dans Joyful Noise, sorti en 2012, avec Queen Latifah. Le film utilise naturellement son goût pour la musique et le gospel.
Une productrice présente dans l’ombre de plusieurs succès
La relation de Dolly Parton avec Hollywood ne s’arrête pas à ses apparitions devant la caméra. Variety rappelle qu’elle a développé avec son ancien manager Sandy Gallin une activité de production associée à plusieurs projets importants.
Cette aventure a notamment touché l’univers de Buffy the Vampire Slayer et les films Father of the Bride avec Steve Martin et Diane Keaton.
C’est un aspect moins visible de son parcours : sous les perruques, les paillettes se trouvait aussi une femme d’affaires attentive à la propriété de ses œuvres et à la manière dont sa carrière était construite.
Dolly Parton avait compris que son image pouvait raconter une histoire
La grande singularité de Dolly Parton au cinéma tient peut-être à ceci : elle n’a jamais essayé de faire oublier qu’elle était Dolly Parton.
Hollywood disposait d’une actrice avec un accent immédiatement identifiable, une masse de cheveux blonds, des couleurs éclatantes et une voix que quelques secondes suffisaient à reconnaître. Elle n’a pas cherché à effacer ces signes. Elle les a transformés en langage.
Dans 9 to 5, son apparence devient la source du préjugé subi par Doralee. Dans Steel Magnolias, son goût de la coiffure et de la conversation nourrit Truvy. Dans Rhinestone, son identité country est le moteur même de l’intrigue.
C’est aussi ce qui rapproche son parcours de celui d’autres artistes qui ont refusé de choisir une seule scène. Sur La Radio du Cinéma, notre portrait de Barbra Streisand à l’occasion du Festival de Cannes 2026 raconte une autre manière de faire dialoguer chanson, jeu, production et cinéma.
Le 25 août 2026 ferme une carrière, mais pas les portes du salon de Truvy ni celles du bureau de Doralee. Pour les spectateurs, Dolly Parton reste aussi une actrice qui avait compris une règle essentielle du cinéma populaire : l’image attire le regard, mais c’est le personnage qui doit rester en mémoire.
Infos pratiques
- Décès : 25 août 2026
- Lieu : Nashville, Tennessee, États-Unis
- Âge : 80 ans
- Films à revoir : 9 to 5 (1980), The Best Little Whorehouse in Texas (1982), Rhinestone (1984), Steel Magnolias (1989), Straight Talk (1992), Joyful Noise (2012)
- Durée de 9 to 5 : 1h52 selon Turner Classic Movies
- Durée de Steel Magnolias : 1h58 selon Turner Classic Movies
- Plateformes : disponibilité variable selon les catalogues et les territoires
- Dolly Parton
- Cinéma américain
- 9 to 5
- Steel Magnolias
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