16 septembre 2026
Du 14 au 18 octobre 2026, le Festival de cinéma de Saint-Paul-Trois-Châteaux revient pour une 39e édition fidèle à son ADN : faire découvrir un cinéma exigeant et accessible, venu du monde entier, avec les droits humains comme fil conducteur. Dans Les Bobines d’Amandine, Alexis Vachon, co-président de l’association, nous ouvre les portes d’un festival où les films comptent autant que les rencontres qu’ils provoquent.
À quelques mois de souffler ses 40 bougies, le Festival de cinéma de Saint-Paul-Trois-Châteaux continue de regarder droit devant lui.
Créé en 1988, le rendez-vous drômois a construit son identité autour de films singuliers venus du monde entier, reliés par une même attention aux droits humains. Pour cette 39e édition, organisée du 14 au 18 octobre 2026, le festival annonce des œuvres venues notamment du Yémen, du Rwanda, de Lettonie, d’Haïti, de Centrafrique ou d’Afghanistan, et des films abordant les conditions de travail, les droits des femmes, le racisme, la dictature, la guerre ou encore l’exil.
Invité des Bobines d’Amandine sur La Radio du Cinéma, Alexis Vachon, co-président de l’association, raconte d’abord une programmation qui se construit bien avant l’automne.
Des centaines de films pour construire une sélection
Pour les longs métrages, le travail commence dès le Festival de Cannes. Quatre personnes participent à la sélection, sous la direction artistique de Marion Pasquier. Pour les courts métrages, ils sont huit et commencent leurs recherches dès le Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, au mois de février. Les distributeurs viennent ensuite alimenter cette recherche en proposant des œuvres susceptibles de correspondre à la ligne du festival.
Et choisir signifie nécessairement renoncer.
Certains films font immédiatement l'unanimité. D'autres provoquent des discussions beaucoup plus animées autour de leur forme, de leur propos et de leur place dans l'ensemble de la programmation.
L'objectif, explique Alexis Vachon, est de composer une sélection ouverte au plus grand nombre tout en donnant, à travers les regards des cinéastes, « un état du monde ». Le cinéma devient alors cette « fenêtre ouverte sur le monde » qui permet de se confronter à d'autres regards, notamment sur la guerre, Gaza, l'Ukraine ou la liberté d'expression dans les dictatures.
Avec une règle : ne pas sacrifier un coup de cœur sous prétexte qu'il serait moins susceptible de remplir une salle.
« Quand on a un film qui nous plaît vraiment, on sait qu'il ne va peut-être pas attirer beaucoup de public, mais s'il nous plaît vraiment, on le programme. »
Quand l'actualité entre dans les salles
La programmation du festival n'est évidemment pas imperméable à ce qui traverse le monde.
Alexis Vachon constate même une évolution très nette des films qui arrivent jusqu'aux programmateurs. Après des années où la question migratoire occupait une place importante, les œuvres reçues aujourd'hui parlent davantage de guerre, de Gaza, de dictatures, mais aussi de l'Afghanistan ou de l'Iran.
Mais pourquoi passer par le cinéma lorsque ces sujets sont déjà quotidiennement abordés par les journaux, les reportages et les débats ?
La réponse d'Alexis Vachon touche au cœur du projet du festival : la forme artistique change notre manière de recevoir le réel.
« Si le film est beau, le fond sera encore beaucoup plus entendu. »
C'est peut-être là que se trouve la singularité de Saint-Paul-Trois-Châteaux : ne jamais dissocier le sujet de cinéma de la manière dont il est raconté.
Un festival où la discussion commence après le générique
À Saint-Paul-Trois-Châteaux, voir un film n'est pourtant qu'une partie de l'expérience.
Débats après les projections, rencontres avec les cinéastes et invités, conversations plus informelles sous le chapiteau installé à proximité du cinéma : Alexis Vachon insiste sur cette dimension collective du festival.
« Le but de tout festival, je pense, c'est quand même les échanges et les débats qu'on peut avoir après le film », confie-t-il.
Et certaines discussions laissent des souvenirs.
Alexis Vachon se remémore notamment une projection autour du cinéma de Robert Guédiguian, en présence du comédien Gérard Meylan. La discussion qui avait suivi, notamment autour des questions syndicales, était devenue particulièrement animée.
En 2026, cet esprit de rencontre sera de nouveau au rendez-vous. Parmi les temps forts annoncés figure notamment la présence d'Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, lors de la séance de Viendra la révolution, mercredi 14 octobre à 21 heures.
Faire sortir le cinéma de la salle
Le festival ne s'arrête pas aux frontières de Saint-Paul-Trois-Châteaux.
Les projections « hors les murs » permettent d'aller vers les habitants des communes voisines, avec neuf communes associées à cette édition. Une démarche qui répond à une conviction très simple, résumée par Alexis Vachon : le cinéma fonctionne aussi lorsqu'on l'apporte directement sur les territoires, auprès de spectateurs qui ne viendraient pas nécessairement jusqu'au festival.
La programmation 2026 commence ainsi à essaimer avant même l'ouverture officielle : Gabin sera projeté à Colonzelle le 26 septembre, la compétition de courts métrages fera étape à Montségur-sur-Lauzon le 2 octobre et à Valaurie le 12 octobre, tandis que Les femmes de la station sera présenté à Saint-Restitut le 10 octobre et Nos âmes libres à Grignan le 11 octobre.
Transmettre le cinéma aux plus jeunes
L'autre enjeu se joue du côté de la transmission.
La compétition de courts métrages consacrée aux droits humains fait intervenir un jury composé d'une dizaine de lycéens de Pierrelatte et de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Cinq films, des discussions, des désaccords parfois, puis un choix collectif : une manière très concrète d'apprendre à regarder, argumenter et défendre un film.
Le festival souligne également l'arrivée de jeunes bénévoles dans son équipe, alors que se profile déjà un anniversaire symbolique.
Car en 2027, Saint-Paul-Trois-Châteaux fêtera la 40e édition de son festival.
Alexis Vachon imagine déjà une édition particulièrement festive, avec notamment l'idée d'une grande table ronde consacrée au cinéma et aux droits humains, réunissant journalistes et personnalités engagées sur ces questions, sans oublier un concert.
Mais avant les 40 ans, il reste une 39e édition à vivre.
Et cinq jours pour vérifier une nouvelle fois qu'un festival de cinéma peut être à la fois une salle obscure, une fenêtre ouverte sur le monde et, surtout, un lieu où l'on continue à parler lorsque les lumières se rallument.
LA PROGRAMMATION — 39e FESTIVAL DE CINÉMA DE SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX
Du mercredi 14 au dimanche 18 octobre 2026
Principalement au cinéma Le 7e Art et à l'Espace de la Gare de Saint-Paul-Trois-Châteaux, avec des séances hors les murs.
Mercredi 14 octobre
14h — Compétition de courts métrages « droits humains » — Cinéma Le 7e Art
15h45 — No Good Men — Cinéma Le 7e Art
17h30 — Gentle Monster — suivi d'un échange avec Arnaud Gallais
21h — Viendra la révolution — suivi d'un échange avec Agnès Callamard
Jeudi 15 octobre
14h — Maria l'indésirable — en présence de Clément Bastie
16h — Le Journal d'une femme de chambre — en compétition
18h — Une vie manifeste — en présence de Jean-Gabriel Périot
21h — L'Arabe — en présence de Malek Bensmaïl
Vendredi 16 octobre
14h — Qui vit encore — séance présentée par Daniel Amoros et Jean-Claude Perron, de l'association ÉRAP
16h — Dégel
18h — Les Survivants du Che — en compétition
20h30 — Mauvaise étoile — en compétition
La soirée du vendredi accueille également la traditionnelle Nuit du court, à partir de 20h30 à la Salle Fontaine – Espace de la Gare : plus de quatre heures de courts métrages, une vingtaine de films de fiction, d'animation et documentaires venus de différents pays, avec entracte dînatoire et vote du public.
Samedi 17 octobre
16h — Ulya — séance présentée par Cathy Géry, directrice des Rencontres des Cinémas d'Europe d'Aubenas
18h — Virages — en compétition, en présence de Céline Carridroit
21h — Marie Madeleine — en compétition, en présence de Gessica Généus
À 15h, la Médiathèque accueille également l'atelier cinéma « L'animation en volume », proposé avec L'Équipée de Valence et ouvert de 6 à 106 ans.
Dimanche 18 octobre
10h30 — Chien bleu et autres belles histoires de l'École des loisirs
14h — Ciné-goûter : Le Corset
16h — Ben’Imana
20h — Congo Boy
La programmation détaillée et ses éventuelles mises à jour sont à retrouver sur le site officiel du Festival de cinéma de Saint-Paul-Trois-Châteaux.
Festival de cinéma de Saint-Paul-Trois-Châteaux — 39e édition
Du 14 au 18 octobre 2026 — Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme)
Alexis Vachon était l'invité d'Amandine dans Les Bobines d'Amandine, sur La Radio du Cinéma.