Tim Curry est mort à 80 ans à son domicile de Los Angeles. L'acteur britannique avait subi en 2012 un important AVC qui avait notamment affecté sa mobilité.
Il restera évidemment le Dr Frank-N-Furter de The Rocky Horror Picture Show, Wadsworth dans Clue, Darkness dans Legend ou le concierge soupçonneux de Maman, j'ai encore raté l'avion !. Pourtant, pour une partie du public, il suffit d'un ballon, d'un égout et d'un large sourire : Tim Curry restera Pennywise (Grippe-Sou), le clown de Ça.
Tim Curry dans Ça : le clown qu'il n'avait aucune envie d'aimer
Il y a quelque chose de délicieux dans le paradoxe. Tim Curry a donné au cinéma et à la télévision l'un de leurs clowns les plus mémorables alors qu'il n'aimait pas les clowns.
Dans ses mémoires Vagabond, publiées en 2025, Curry est revenu sur une vieille histoire souvent amplifiée avec les années : non, il n'était pas incapable de se regarder dans un miroir lorsqu'il portait le maquillage de Pennywise. Mais il confirmait bien son aversion pour les clowns et reconnaissait ne pas avoir pris un plaisir particulier à contempler son reflet.
Ce malaise a même participé à sa décision d'accepter le rôle. Jouer Pennywise le mettait suffisamment mal à l'aise pour constituer un défi. Il a donc dit oui.
Voilà peut-être la première clé du personnage : Tim Curry n'abordait pas Pennywise comme un clown amusant auquel on aurait ajouté de la monstruosité. Il connaît déjà l'inquiétude provoquée par le masque. Sur le tournage de 1990, il donnait une définition extraordinairement simple de son personnage : « Un sourire qui a mal tourné ».
Le clown de Tim Curry devait être beaucoup plus maquillé
Le visage que nous connaissons aurait pourtant pu être très différent. Le responsable des maquillages spéciaux Bart Mixon a raconté que plusieurs dessins et sculptures avaient été préparés avant le tournage. L'une des grandes références visuelles était Le Fantôme de l'Opéra avec Lon Chaney, dans sa version de 1925.
Bart Mixon cherchait une sorte de « dessin animé vivant » : couleurs franches, crâne légèrement déformé et apparence suffisamment familière pour qu'un enfant puisse, au moins quelques secondes, croire à un vrai clown.
Les premiers essais comportaient davantage de prothèses, notamment sur les joues et le menton. Tim Curry n'en voulait pas. Il avait déjà passé suffisamment de temps sous le latex dans d'autres films et tenait à conserver la mobilité de son visage.
Le réalisateur Tommy Lee Wallace lui a donné raison. Le maquillage définitif est donc beaucoup plus simple que les premières propositions, même s'il a conservé le front bombé qui donne à Pennywise ce léger défaut d'humanité. le résultat dit beaucoup du travail de Curry : le visage effrayant n'est pas seulement fabriqué par le maquillage. Il apparaît lorsque l'acteur commence à sourire, regarder ou modifier sa voix.
Trois heures de maquillage… et plusieurs jeux de dents
Simple ne veut pas dire rapide. La transformation en Pennywise demandait environ trois heures de maquillage.
Tim Curry avait néanmoins connu pire : pour devenir Darkness dans Legend de Ridley Scott, l'application de ses impressionnantes prothèses pouvait prendre environ six heures et demie.
Bart Mixon disposait également de trois jeux de dents pour Pennywise. Certaines étaient suffisamment petites pour permettre à Curry de parler ; d'autres, beaucoup plus agressives, étaient réservées aux apparitions très brèves destinées à faire basculer soudainement le clown vers la créature.
Une autre idée n'a jamais dépassé les préparatifs : des yeux bleu très pâle, destinés à renforcer l'aspect artificiel du personnage. Mixon explique que cette piste a notamment été abandonnée pour des raisons budgétaires.
Pourquoi Pennywise devait d'abord avoir l'air sympathique
C'est probablement le détail le plus important dans la fabrication du personnage. Les maquilleurs ne cherchaient pas à créer immédiatement un monstre.
Pennywise doit pouvoir attirer les enfants. Son costume multicolore, son nez rouge, ses cheveux éclatants et son visage blanc composent donc d'abord une silhouette de clown presque ordinaire. La menace vient ensuite.
La scène avec Georgie, son ciré jaune et son bateau en papier en donne la démonstration. Curry commence la séquence avec une voix accueillante et une énergie presque enfantine. Le piège fonctionne précisément parce que le garçon n'est pas accueilli par un démon évident.
Le jeune Tony Dakota, qui jouait Georgie, aurait d'ailleurs fini par interrompre une prise pour dire à Tim Curry qu'il lui faisait réellement peur. Lors d'une convention en 2017, l'acteur racontait lui avoir répondu qu'il était désolé, mais que c'était précisément son travail.
Sur le plateau, le clown fumait cigarette sur cigarette
Les souvenirs des jeunes comédiens donnent au tournage une image beaucoup moins surnaturelle. Emily Perkins, la jeune Beverly, se rappelait notamment un Tim Curry assis dans son fauteuil en maquillage de Pennywise, fumant cigarette sur cigarette en attendant les prises.
Puis le réalisateur annonçait l'action et le changement était immédiat.
Cette distance avec les enfants renforçait forcément l'étrangeté du personnage. Quelques minutes auparavant, ils pouvaient voir un acteur attendre calmement dans son costume ; lorsque la caméra tournait, Pennywise revenait.
Dans la loge de Pennywise, on dansait sur Madonna
Une histoire beaucoup moins inquiétante a survécu grâce à Bart Mixon. En 1990, Vogue de Madonna était partout. La chanson passait aussi dans la caravane de maquillage de Ça.
Mixon se souvenait de Tim Curry et de son assistante JoAnne en train de faire quelques mouvements de danse pendant les préparatifs. L'image est difficile à battre : Pennywise, le front blanc et les cheveux rouges, répétant les gestes rendus célèbres quelques mois plus tôt par Madonna.
Une mini-série regardée par des dizaines de millions d'Américains
Ça, adaptation du roman publié par Stephen King en 1986, est diffusé sur ABC les 18 et 20 novembre 1990. La mini-série de Tommy Lee Wallace compte deux parties et sa version originale dure 192 minutes.
On évoque environ 30 millions de téléspectateurs lors de cette première diffusion. À une époque où une fiction d'horreur pouvait arriver directement dans le salon familial, Pennywise s'est retrouvé devant un public qui n'avait pas nécessairement choisi d'aller voir un film d'épouvante.
Stephen King lui-même a expliqué par la suite que le casting de Curry avait été l'un des éléments qui fonctionnaient le mieux dans cette adaptation. Le scénariste Lawrence D. Cohen soulignait, lui, la capacité de l'acteur à être franchement drôle dans une scène puis menaçant dans la suivante.
C'est peut-être là que se trouve la longévité de ce Pennywise : Curry joue vraiment le clown avant de jouer la peur.
Bill Skarsgård ne voulait surtout pas refaire Tim Curry
Lorsque Pennywise revient au cinéma en 2017 sous les traits de Bill Skarsgård, le poids de la version de 1990 est encore là.
Skarsgård expliquera qu'il n'avait aucun intérêt à imiter Curry et qu'il ne pensait pas pouvoir reproduire ce qu'il avait fait. Sa solution fut donc de construire un autre Pennywise, plus immédiatement étrange, davantage lié à la nature inhumaine de la créature imaginée par Stephen King.
L'interprétations de Tim Curry avait cependant déjà fait le travail le plus difficile : apprendre à plusieurs générations qu'un sourire de clown pouvait annoncer quelque chose de beaucoup moins drôle.
Tim Curry, bien au-delà du nez rouge
Réduire Tim Curry à Pennywise serait évidemment oublier une carrière commencée sur les scènes britanniques à la fin des années 1960. Il crée Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Show à Londres en 1973, avant de reprendre le personnage dans The Rocky Horror Picture Show en 1975.
Suivront notamment Annie, Clue, Legend, Muppet Treasure Island et une quantité impressionnante de rôles vocaux. Il reçoit également trois nominations aux Tony Awards au cours de sa carrière.
Après son AVC de 2012, Tim Curry poursuit plusieurs activités de doublage et continue d'apparaître ponctuellement en public. En 2025, il publie ses mémoires, et participe encore aux célébrations du 50e anniversaire de The Rocky Horror Picture Show.
Tim Curry aura joué des rois, des démons, des pirates, des savants, des majordomes et des monstres. Pourtant, dans un coin de la mémoire populaire, il restera toujours ce visage blanc au fond d'une bouche d'égout.
Le clown est mort. Son sourire, lui, risque de rester longtemps dans le noir.
Infos pratiques
Tim Curry : né le 19 avril 1946 dans le Cheshire, en Angleterre ; mort à 80 ans à son domicile de Los Angeles. Confirmation du décès : 26 août 2026. Cause du décès : non communiquée au moment de la publication.
Ça / Stephen King's It : mini-série réalisée par Tommy Lee Wallace d'après le roman de Stephen King. Première diffusion américaine sur ABC les 18 et 20 novembre 1990. Deux épisodes. Durée originale totale : 192 minutes.
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