Jérôme Hilal : dans les coulisses de Zinc, là où commence aussi la vie d’un film

24 septembre 2026
Télécharger le podcast

Que fait exactement un distributeur de cinéma ? Au Festival De l’écrit à l’écran de Montélimar, Jérôme Hilal, cofondateur de Zinc, lève le voile sur un métier souvent méconnu. De la lecture des scénarios à l’accompagnement des cinéastes, il raconte une profession où les films commencent parfois bien avant leur arrivée dans les salles. Et dévoile au passage deux des prochains projets de Zinc Productions.

Même sa mère n’aurait pas totalement compris ce qu’il fait dans la vie. Jérôme Hilal le raconte avec humour, mais l’anecdote dit quelque chose d’un métier aussi déterminant que peu visible : celui de distributeur. Car entre le producteur qui fait naître le film et la salle qui l’accueille existe un maillon dont le public connaît rarement précisément le rôle. La distribution. À Montélimar, dans le cadre du Festival De l’écrit à l’écran, le cofondateur de Zinc est justement venu raconter ce qui se passe de ce côté-là du cinéma. Et remettre quelques définitions à leur place.

Le distributeur, cet inconnu du générique

Dans l’imaginaire du public, distribuer un film pourrait simplement signifier le faire parvenir jusqu’aux salles. La réalité commence beaucoup plus tôt. « On oublie un peu la distribution, qui est un endroit central, et surtout que les gens ne connaissent pas. » Jérôme Hilal situe le distributeur entre le producteur et l’exploitant, c’est-à-dire la salle de cinéma. Une position intermédiaire qui ne signifie pas pour autant qu’il intervient une fois le film terminé.

Bien au contraire. Dans la plupart des cas, le distributeur entre dans l’histoire alors que le film n’existe encore que sur le papier. Le scénario est écrit, le casting se précise, un budget existe et la production commence à chercher les financements nécessaires pour transformer le projet en film. C’est alors que le distributeur entre en scène.

« On est le premier guichet. »

L’expression résume l’importance de ce moment. Selon Jérôme Hilal, la présence d’un distributeur permet ensuite au producteur de solliciter d’autres partenaires financiers, notamment les chaînes de télévision. Avant d’imaginer l’affiche, la bande-annonce ou le nombre de salles, il faut donc commencer par croire à une histoire qui n’a pas encore été tournée. Distribuer, c’est aussi parier sur une promesse.

Des scénarios et des relations humaines

Le cinéma reste une industrie de prototypes : chaque film est différent du précédent et personne ne sait exactement ce qu’il deviendra une fois tourné puis monté. Dans cette incertitude, les relations humaines prennent une place particulière. Jérôme Hilal l’a notamment expérimenté aux côtés d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Il les connaissait avant de devenir directeur de la distribution chez Gaumont, où les deux cinéastes avaient déjà réalisé Intouchables et Samba. À son arrivée, il fallait néanmoins construire une nouvelle relation.

Pas question, raconte-t-il, de miser simplement sur la sympathie. « On a tout de suite été dans le travail. » Avec le temps, la confiance s’installe. Une relation qui dépasse parfois le cadre strictement professionnel.

Avec Daniel Auteuil, une histoire devenue « familiale »

Cette dimension humaine, Jérôme Hilal la retrouve également lorsqu’il évoque Daniel Auteuil. Chaque film crée sa propre histoire et chaque cinéaste sa manière de travailler avec ceux qui l’accompagnent. Avec Auteuil, quelque chose s’est noué très rapidement. « C’est devenu très familial, très vite. »

Jérôme Hilal raconte même avec amusement que le réalisateur a d’abord dû se demander à qui il avait affaire face aux méthodes de Zinc et à ses deux associés. « Il nous a pris un peu pour des hurluberlus. » La surprise passée, la rencontre fonctionne. Il parle aujourd’hui avec une affection évidente de cette collaboration et d’un réalisateur qu’il décrit comme « phénoménal ». Une proximité qui permet aussi de comprendre ce que peut devenir la relation entre un distributeur et un cinéaste : pas simplement une entreprise chargée de commercialiser un film terminé, mais un partenaire qui accompagne une œuvre et ceux qui la portent.

Après Les Petites Victoires, Zinc retrouve Mélanie Auffret

Et l’histoire de Zinc continue de s’écrire avec des cinéastes déjà accompagnés. Parmi les prochains projets de la société figure ainsi un nouveau film de Mélanie Auffret. La réalisatrice occupe une place particulière dans l'aventure de Zinc puisque Les Petites Victoires avait été le premier film distribué par la société. Cette fois, le projet change d’échelle et Zinc s’associe à Pathé.

« C’était un film qui nécessitait plus de moyens et on avait besoin d’un soutien. »

Pathé, raconte Jérôme Hilal, a aimé le scénario. Les deux sociétés accompagneront donc ensemble le film. Sur son contenu, le distributeur n’en dira pas davantage lors de cette rencontre. Mais ce retour vers une cinéaste présente dès les débuts de Zinc illustre une nouvelle fois cette logique de fidélité qui traverse son discours.

Feignasse, avec Vincent Moscato

Autre projet évoqué à Montélimar : Feignasse. Le film a déjà été tourné et se trouve désormais au montage. Vincent Moscato figure au casting. Jérôme Hilal préfère d’ailleurs immédiatement corriger une possible confusion : au moment de l’entretien, ce n’est pas encore le film achevé qu’il juge, mais bien son scénario.

« Le scénario est hyper tendre. »

Feignasse racontera la rencontre entre un grand-père et sa petite-fille qu’il ne connaît pas encore. Deux personnages qui vont progressivement apprendre à se découvrir. Une histoire que le distributeur qualifie de « très jolie », tout en conservant cette prudence propre à son métier : entre le scénario lu, le tournage et le montage final, un film continue de se transformer.

Croire au film avant le film

C’est peut-être finalement ce que raconte le mieux cette rencontre avec Jérôme Hilal. Le métier de distributeur est généralement visible lorsque tout semble déjà accompli : une affiche apparaît dans les rues, une bande-annonce circule, une date de sortie est annoncée et le film arrive dans les salles. Mais son travail a commencé bien avant. Quelque part entre un scénario, un casting et un budget. À un moment où il faut lire, imaginer et décider d’accompagner quelque chose qui n’existe pas encore tout à fait. Avant le public, avant les salles et parfois avant une grande partie du financement, quelqu’un doit donc être parmi les premiers à dire : ce film mérite d’exister.

Et derrière cette décision économique se cachent aussi, à écouter Jérôme Hilal, des histoires de confiance, de fidélité et de rencontres.

Propos reccueillis dans le cadre du Festival de l'Ecrit à l'Ecran par Patrice CAILLET et Amandine BACCONNIER pour la RADIO DU CINEMA - 23.09.2026