24 septembre 2026
Au Festival De l’écrit à l’écran de Montélimar, Marilou Aussilloux reçoit le Prix Jeunes Talents. À l’affiche d’Une femme aujourd’hui, le nouveau film de Robert Guédiguian, la comédienne raconte pour Les Bobines d’Amandine son entrée dans la famille du cinéaste, un personnage qui fait écho à son propre parcours et son attachement aux textes.
Dix ans de métier et toujours « jeune actrice ». Le qualificatif ne dérange pas Marilou Aussilloux. Il la fait même sourire. Au Festival De l’écrit à l’écran, où lui est remis le Prix Jeunes Talents, elle mesure le chemin parcouru sans donner l’impression de vouloir le transformer en bilan.
Il faut dire que la suite est déjà là.
Après La Pie voleuse, elle retrouve Robert Guédiguian dans Une femme aujourd’hui, attendu en salles le 21 octobre 2026. Cette fois, elle occupe une place centrale. Celle de Juliette, personnage dont elle n’avait pourtant pas connaissance lorsque le réalisateur lui a envoyé le scénario.
Elle le lit jusqu’à la dernière page avant de demander à Guédiguian quel rôle il lui destine. Réponse : Juliette.
« J’ai été très émue. J’étais assez reconnaissante du cadeau de Robert. »
Il lui faudra une deuxième lecture pour mesurer ce qui vient de lui être confié : un rôle « très dense », dit-elle, et la responsabilité qui l’accompagne.
Entrer dans la famille Guédiguian
Tourner avec Robert Guédiguian, c’est rejoindre une histoire de cinéma commencée bien avant soi. Autour du cinéaste, les mêmes visages reviennent de film en film : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan… Une troupe au sens presque théâtral du terme.
Marilou Aussilloux l’avait rejointe avec La Pie voleuse. Elle raconte aujourd’hui avoir très vite éprouvé un sentiment d’appartenance.
« Ils nous accueillent avec bienveillance et avec beaucoup de tendresse. »
Elle retrouve chez celles et ceux qui entourent Guédiguian quelque chose de son cinéma : des êtres qu’elle décrit comme « très tendres », « très humains ». La frontière entre la troupe et les personnages semble alors se réduire.
Cette manière de travailler suppose aussi une disponibilité particulière devant la caméra. Chez Guédiguian, peu de prises. Une, deux, parfois trois. Pas davantage.
Pour une actrice passée par le Conservatoire, l’expérience ne consiste pourtant pas à oublier la technique acquise. Aussilloux parle plutôt d’abandon : entrer dans la méthode d’un réalisateur, accepter ses règles et chercher ailleurs que dans la démonstration.
« Moi, j’aime bien jouer avec la nature et la spontanéité, l’instinct. »
Chez Guédiguian, cette recherche trouve un terrain particulièrement propice. Il faut arriver prêt, puis accepter ce qui survient.
Juliette et la question de la liberté
Dans Une femme aujourd’hui, Juliette semble avoir conquis son indépendance. Elle a changé de milieu, construit sa vie, choisi ses relations. Jusqu’au moment où ce qu’elle pensait acquis se fissure.
Pour Marilou Aussilloux, la question de la liberté traverse directement son personnage.
« On a fait énormément de progrès dans notre société, notamment par rapport à la place de la femme, et pourtant, il y a encore des choses à changer. »
Lorsque Juliette révèle ce qu’elle a vécu, elle n’est ni entendue ni crue. L’actrice parle d’une « double peine ». La liberté apparente du personnage se retourne contre elle avant qu’une autre voie ne se dessine, liée au secret familial mais aussi aux autres.
À l’entraide.
Au collectif.
Des motifs qui inscrivent pleinement Juliette dans le cinéma de Guédiguian.
« Il a fallu que je perde mon accent du Sud »
Mais un autre aspect du personnage rapproche plus intimement encore Marilou Aussilloux de Juliette : la question du milieu dont on vient et de celui que l’on rejoint.
Juliette s’est éloignée de son univers d’origine. Marilou Aussilloux a, elle, quitté Narbonne pour Paris et le Conservatoire. En lisant le scénario, elle reconnaît immédiatement quelque chose.
« Je me suis sentie assez proche d’elle quand elle dit qu’elle ne trouve pas sa place. Moi, j’ai mis du temps à la trouver aussi. »
Puis vient cette phrase, qui raconte à elle seule une partie du déplacement :
« Il a fallu que je perde mon accent du Sud. »
Faire ce métier lui a demandé d’adopter d’autres codes. Elle ne gomme pas ce que ce changement a pu avoir de douloureux. Et c’est aussi là qu’elle situe son attachement au cinéma de Guédiguian : dans sa capacité à filmer des territoires, des milieux et des gens qu’elle reconnaît.
« Il représente aussi l’endroit d’où je viens et les gens de ma famille, et puis les gens avec lesquels j’ai grandi. »
Derrière le parcours d’une comédienne apparaît ainsi une question qui dépasse le cinéma : que conserve-t-on du lieu d’où l’on vient lorsqu’on apprend à vivre ailleurs ?
Du texte à l’écran
La présence de Marilou Aussilloux à De l’écrit à l’écran n’a rien d’anodin. Avant le Conservatoire et les plateaux, il y eut une prépa littéraire et l’idée, un temps, de devenir professeure de français.
Les textes l’ont conduite vers le théâtre. Au cinéma, son rapport à l’écrit se déplace.
La langue peut compter, évidemment, mais elle dit être d’abord saisie par l’histoire. Devant une caméra, elle cherche une parole plus proche du personnage et d’elle-même, quelque chose de plus intime, de moins immédiatement porté par le texte.
Ce qui ne diminue en rien l’importance du scénario.
« Je continue à penser qu’un grand cinéaste, une grande cinéaste, c’est aussi quelqu’un qui a un scénario surpuissant. »
Une déclaration qui prend un relief particulier dans un festival précisément consacré au trajet entre les mots et les images.
Et Marilou Aussilloux continuera bientôt à circuler entre les deux. Elle doit rejoindre le tournage du premier long métrage de Tiphaine Raffier, un film de genre situé dans une ferme, aux côtés de Julien de Saint-Jean. Puis elle retrouvera la scène en janvier au Théâtre des Bouffes du Nord dans Nous, le Red Star, mis en scène par Théo Askolovitch.
Cinéma, théâtre, écriture : plutôt qu’une frontière entre les disciplines, son parcours dessine des passages.
Comme si, au fond, la question posée par Juliette dans Une femme aujourd’hui accompagnait aussi l’actrice : non pas seulement savoir d’où l’on vient ou jusqu’où l’on est arrivé, mais parvenir à trouver l’endroit où l’on peut enfin être soi.
Marilou Aussilloux était au micro d’Amandine pour La Radio du Cinéma, à l’occasion du Festival De l’écrit à l’écran de Montélimar. Une femme aujourd’hui de Robert Guédiguian sortira en salles le 21 octobre 2026.