22 septembre 2026
Président du Jury Jeune du Festival de l’Écrit à l’Écran à Montélimar, Sam Sauvage a découvert le cinéma sous un angle nouveau. Au micro d’Amandine Bacconnier et Patrice Caillet pour La Radio du Cinéma, le musicien revient sur les films qui ont marqué le jury, raconte son rapport très sonore au septième art et évoque une envie : composer, un jour, pour le cinéma.
Sam Sauvage le reconnaît volontiers : avant d’arriver à Montélimar, il ne comptait pas parmi les spectateurs les plus assidus des salles obscures. Il aimait le cinéma, mais le fréquentait finalement assez peu. La proposition de présider le Jury Jeune du Festival de l’Écrit à l’Écran lui a donc offert une occasion idéale de changer ses habitudes.
« Je me suis dit que c’était peut-être la meilleure façon de commencer », raconte-t-il au micro de La Radio du Cinéma.
Quatre films plus tard, l’expérience semble avoir laissé des traces.
Quatre films et une même force émotionnelle
Avec les jeunes jurés, Sam Sauvage doit départager quatre films. Un exercice plus difficile que prévu tant chacun a suscité des réactions.
L’adolescence constitue le fil conducteur de cette sélection. Amour maternel, acceptation de soi et des autres, parcours de vie, conditions sociales : malgré des approches différentes, les films ont provoqué chez les jurés une émotion que Sam Sauvage décrit comme constante.
« À chaque fois, on est ressortis pas indifférents », explique-t-il. Aucun des quatre films ne lui paraît véritablement « en dessous des autres », ce qui complique forcément le choix.
La délibération confirme cette diversité de regards. Les avis s’opposent, les arguments circulent et les discussions deviennent parfois animées. Pour sa première présidence de jury, Sam Sauvage se retrouve à organiser les échanges et, à certains moments, à calmer le jeu.
Il retient surtout l’investissement des lycéens et l’importance qu’ils accordent à leur décision. Après les désaccords et les discussions, deux choix se dégagent avant un vote final.
« On s’est laissé influencer. C’était le but de l’expérience », résume le musicien.
Au cinéma, Sam Sauvage écoute autant qu’il regarde
Face à un film, le musicien ne peut évidemment pas oublier son métier.
Chez Sam Sauvage, la bande originale occupe même une place déterminante dans la perception d’une scène. « Je prends autant de plaisir par l’oreille que par le regard. Mon émotion passe aussi par la musique », explique-t-il.
Lors des projections du festival, cette attention particulière portée au son l’a accompagné tout au long de la sélection. Il cite notamment la musique de Quelques mots d’amour, qui a participé à son entrée dans le film.
Ce dialogue entre son et image existe également dans son propre travail. Lorsqu’il écrit une chanson, les idées visuelles arrivent rapidement.
« Dès que je fais une chanson, j’ai envie de faire un clip », confie-t-il.
Certaines de ses chansons sont construites comme des récits, avec des personnages et des péripéties. D’autres reposent davantage sur une sensation, un constat ou une écriture plus libre. L’image lui permet alors d'imaginer un prolongement du morceau, mais aussi de déplacer son sens.
Un clip peut raconter autre chose que les paroles, suggérer une nouvelle lecture ou faire apparaître un double sens auquel l'auteur n’avait pas nécessairement pensé au moment de l’écriture.
« Je n’ai pas cet œil, j’ai plus l’oreille, ce qui est normal pour un musicien, mais je le développe avec le temps parce que la musique nécessite son image », explique Sam Sauvage.
Avant de livrer une formule qui résume assez bien son rapport au cinéma : « C’est le plus beau concentré des arts. »
Sam Sauvage bientôt compositeur pour le cinéma ?
L’idée n’est pas nouvelle. Sam Sauvage a déjà composé pour des courts métrages qui n’ont finalement jamais été diffusés. Une première expérience datant de ses débuts, lorsqu’il cherchait encore la direction qu’il voulait donner à sa musique.
Aujourd’hui, l’envie est toujours là.
Parmi ses références, il cite Alexandre Desplat et Éric Serra, notamment pour ses bandes originales composées pour les films de Luc Besson. Deux compositeurs qui lui donnent envie d’explorer une écriture très différente de celle de la chanson.
Car composer pour un film impose une autre logique : la musique vient rencontrer des images, un récit, des personnages et un rythme déjà installés.
« Il ne faut pas qu’il y en ait une en dessous de l’autre, une au-dessus de l’autre », explique-t-il à propos de la relation entre musique et cinéma.
Quant au film dont il rêverait de signer la bande originale, Sam Sauvage refuse de choisir.
D’un côté, il imagine volontiers « un film d’auteur très lent, lancinant », où la musique accompagnerait les nuances des émotions. De l’autre, il se verrait tout aussi bien écrire une grande partition orchestrale pour un film de science-fiction.
Violons, orchestration, envolées épiques : le terrain de jeu lui plaît manifestement. Et lorsqu’il évoque la singularité du travail d’Éric Serra sur Subway, une troisième possibilité apparaît encore : celle d’une bande originale qui inventerait son propre langage.
« Lever mes fesses et les mettre dans un fauteuil rouge »
Le Festival de l’Écrit à l’Écran aura aussi produit un effet très concret : redonner à Sam Sauvage l’envie d’aller au cinéma.
Le musicien reconnaît qu’il trouvait facilement une raison pour éviter une séance en solitaire : le manque de temps, la fatigue ou simplement l’absence d’envie.
Montélimar a quelque peu changé la donne.
« La prochaine fois que je suis fatigué, je vais lever mes fesses et les mettre dans un fauteuil rouge », lance-t-il avec humour.
Derrière la formule, il y a surtout une redécouverte : celle de la puissance émotionnelle d’un film vu en salle.
« J’avais oublié à quel point on pouvait avoir des émotions aussi intenses devant des films. Je faisais tellement tout par la musique que je crois que ça va m’ouvrir d’autres portes. »
Quelques mots d’amour, le choix du Jury Jeune
Après des discussions particulièrement serrées, le Jury Jeune présidé par Sam Sauvage a finalement choisi de distinguer Quelques mots d’amour.
Pour expliquer cette décision, le musicien évoque notamment la capacité du film à réunir les jurés autour d’un sujet accessible, tout en faisant cohabiter émotion et humour.
Mais c’est surtout son regard sur l’amour maternel qui semble avoir emporté l’adhésion.
Sam Sauvage parle ainsi d’une « magnifique déclaration d’amour à l’amour maternel » qui a « vraiment, vraiment, vraiment touché » le jury.
Le cinéma jusque sur scène ?
Après Montélimar, Sam Sauvage va retrouver ce qui reste au centre de son activité : la scène.
Le musicien annonce encore une année de tournée et prépare un nouveau spectacle lors d’une résidence prévue en octobre. Pour lui, le concert reste le rendez-vous essentiel, davantage encore que l’exposition médiatique ou les ventes de disques.
« C’est surtout ça le but à la fin, c’est de rencontrer le public », affirme-t-il.
Mais le passage par le Festival de l’Écrit à l’Écran pourrait bien avoir une influence sur la suite. Sam Sauvage réfléchit déjà à une scénographie plus visuelle, avec davantage de travail sur la lumière.
« J’espère que les quatre films m’ont inspiré un peu pour mettre un peu plus de lumière et de scénographie visuelle. »
Une façon, peut-être, de faire dialoguer encore davantage les deux langages qui traversent toute cette rencontre : ce que Sam Sauvage entend et ce que le cinéma lui donne désormais envie de regarder.
Sam Sauvage était au micro d’Amandine Bacconnier et Patrice Caillet pour La Radio du Cinéma, à l’occasion du Festival de l’Écrit à l’Écran à Montélimar. 20.09.2026