La Femme de Tchaïkovski, de Kirill Serebrennikov - Compétition officielle Festival de Cannes 2022

La chronique de Laura - La Femme de Tchaïkovski, de Kirill Serebrennikov - Compétition officielle Festival de Cannes 2022

Après avoir été partagés entre admiration et perplexité devant La Fièvre de Petrov en 2021, mon collègue et moi-même étions curieux de découvrir ce que Kirill Serebrennikov nous réservait cette année. Avec La Femme de Tchaïkovski, le réalisateur russe confirme sa maîtrise technique de la réalisation, faisant du plan séquence une fin en soi autant qu'un moyen de saisir au mieux les performances de ses deux immenses acteurs principaux. Chaque plan est d'une beauté formelle saisissante, faisant honneur aux visages, aux décors et aux costumes. La Russie du XIXe siècle n'en est pas pour autant sublimée, mais montrée sans fard, entre splendeur des grandes réceptions et austérité du quotidien.
Antonina Milioukova, jeune femme aisée et brillante, tombe éperdument amoureuse du fameux compositeur Pyotr Illitch Tchaïkovski, et lui fait une cour virulente et maladroite. Dire que celui-ci n'y est que très peu réceptif serait un bel euphémisme. Pour des raisons qui lui appartiennent, toutes mauvaises, il accepte cependant de l'épouser, avant de l'abandonner brusquement et entièrement. Mais un amour comme celui-là est incompatible avec la raison, et la femme de Tchaïkovski entend bien le rester, jusqu'au bout et quoi qu'il en coûte. Au prix de sa dignité, son amour propre et sa place dans la société, elle fait son choix et reste fidèle à son premier sentiment. En mettant un homme sur un piédestal dont il n'a jamais voulu, ignorant tous les avertissements, elle se fait consumer par un amour absolu et non réciproque.
Kirill Serebrennikov capture avec subtilité la cruauté de cette vie consacrée à un mirage, mettant son talent pur et sa poésie déroutante au service d'un scénario plus linéaire mais non moins puissant que celui de son précédent film.
L'hommage d'un grand artiste à la groupie d'un immense pianiste, qui l'a effectivement suivi jusqu'en enfer.