Élodie Frégé à Grignan : Madame de Pompadour, la musique des mots et un rêve de cinéma en costume

11 juillet 2026
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Au lendemain de sa lecture-spectacle consacrée à Madame de Pompadour, présentée le 10 juillet 2026 dans la cour du château de Grignan, Élodie Frégé a confié à La Radio du Cinéma son trac, son goût des personnages historiques et son amour de la langue française. « Il y a la musique des mots », résume la chanteuse et comédienne, encore habitée par cette femme du XVIIIe siècle dont elle souhaitait restituer la culture, la volonté et les fragilités.

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Dans les ruelles claires de Grignan, la rencontre commence comme une scène saisie au vol. Élodie Frégé s’arrête, regarde les façades, le château et les passages du village, puis laisse parler son enthousiasme : « J’adore Grignan. C’est féerique. » La veille, elle se tenait sur la scène du château pour Lettres d’une femme puissante, Madame de Pompadour, une lecture adaptée par Cécile Berly et mise en scène par Frédérique Lazarini.

Cette soirée inscrite au programme du 30e Festival de la Correspondance lui permettait de retrouver un exercice déjà abordé à Grignan en 2024 avec les écrits de Marilyn Monroe. Deux figures éloignées par les siècles, mais réunies dans le regard d’Élodie Frégé par une même aspiration à être reconnues comme des femmes capables d’agir, d’apprendre et d’entreprendre.

Madame de Pompadour au-delà du portrait officiel

Jeanne-Antoinette Poisson, devenue marquise de Pompadour, demeure souvent réduite à son statut de favorite de Louis XV. La correspondance choisie pour le spectacle révèle une présence plus complexe : une femme instruite, attentive aux arts, engagée dans les affaires de la cour et soumise à une santé qui se dégrade.

« C’est une femme qui est fascinante, qui m’a beaucoup inspirée et qui m’a paru très moderne », explique Élodie Frégé. La comédienne voulait rendre sensibles les mouvements intérieurs du personnage, ses inquiétudes et son endurance. Madame de Pompadour ne devait donc pas apparaître comme une silhouette figée dans un tableau de François Boucher, mais comme une femme consciente de la précarité de sa position et du temps qui lui était compté.

Élodie Frégé rappelle que Madame de Pompadour meurt à 42 ans. Ce détail biographique a rapproché l’interprète de son personnage : « C’est plus jeune que moi », observe-t-elle. La remarque donne soudain une mesure humaine à la chronologie. Derrière les appartements de Versailles, les décisions et les fastes subsiste un corps fatigué, confronté à la maladie et à l’exigence de tenir.

La préparation très resserrée de cette représentation unique a nourri le trac d’Élodie Frégé. Malgré un travail précis avec Frédérique Lazarini, l’artiste aurait volontiers prolongé les répétitions : « J’aurais aimé avoir une semaine tranquille pour pouvoir encore mieux l’incarner. » Au lendemain de la lecture, elle confiait même son désir de remonter immédiatement sur scène afin de donner davantage de densité à certains passages.

De Marilyn Monroe à Madame de Pompadour, deux femmes qui ont voulu agir

Élodie Frégé établit volontiers un rapprochement avec Marilyn Monroe, dont elle connaît depuis longtemps les lettres et le parcours. Toutes deux ont dû composer avec une image publique envahissante, susceptible d’éclipser leur travail et leur curiosité intellectuelle.

La chanteuse rappelle notamment que Marilyn Monroe avait créé sa propre société de production, Marilyn Monroe Productions, en 1955. Elle lisait, travaillait sa technique et s’intéressait à la littérature, aux arts ainsi qu’aux idées de son temps. Madame de Pompadour, de son côté, soutint des artistes, encouragea la manufacture de Sèvres et accompagna plusieurs grands projets architecturaux et culturels du règne de Louis XV.

Élodie Frégé voit ainsi deux femmes traversées par des besoins comparables : être considérées pour leur intelligence, défendre leur capacité d’initiative et infléchir le cours des choses. « On la disait avide de pouvoir, mais je pense qu’elle avait surtout envie que les choses se passent, avancent et évoluent », avance Élodie Frégé au sujet de Madame de Pompadour.

Ce rapprochement n’efface ni les époques ni les contextes. Il propose une clé de lecture : observer la façon dont une femme célèbre peut être enfermée dans sa légende, alors que ses lettres racontent un être plus mobile, plus contradictoire et plus actif.

Un costume composé dans les placards d’Élodie Frégé

Pour cette représentation, aucune lourde garde-robe historique n’attendait Élodie Frégé dans les coulisses. La chanteuse a elle-même composé sa tenue. Elle a retrouvé un bustier vert confectionné autrefois sur mesure pour un court métrage, ajouté des jupons, choisi des chaussures dénichées dans une friperie et relevé ses cheveux en un chignon orné de perles.

Cette fabrication artisanale avait quelque chose d’un jeu de cinéma à petite échelle : chercher une ligne, ajuster une silhouette, laisser un accessoire suggérer une époque sans prétendre à la reconstitution muséale. La couleur verte n’appartenait pas spécialement à la palette associée à Madame de Pompadour, reconnaît Élodie Frégé, mais l’ensemble lui offrait une posture et un imaginaire.

L’expérience a surtout ravivé un souhait ancien. Élodie Frégé aimerait tourner dans un film en costume et interpréter un personnage doté d’une forte présence dramatique. « Je travaillerai dur », promet-elle à l’adresse des cinéastes qui pourraient l’imaginer dans un récit historique. La noblesse qui l’intéresse ne tient pas au titre, précise-t-elle, mais à la tenue d’un personnage, à sa langue et à sa manière d’affronter le monde.

« Il y a la musique des mots »

Lorsqu’on lui demande comment la comédienne dialogue avec la chanteuse, Élodie Frégé refuse de dresser une frontière. Le texte possède son tempo, ses reprises, ses appuis et ses silences. « C’est une autre forme de chant. Il y a la musique des mots », affirme-t-elle.

La langue de Madame de Pompadour impose une scansion particulière. Les négations ne se placent plus toujours là où l’oreille contemporaine les attend. Certains verbes et certaines tournures ont quitté l’usage courant. Cette distance réclame du temps, car il ne suffit pas de comprendre les phrases : il faut trouver le souffle qui leur redonne une nécessité sur scène.

Élodie Frégé parle d’une « autre partition ». Elle repère des mouvements, un ton, des changements de couleur et une forme de chant intérieur. Frédérique Lazarini lui avait d’ailleurs laissé la possibilité de chanter au cours de la représentation. Ce choix permettait de ne pas séparer artificiellement les disciplines et de faire entendre la personnalité de Madame de Pompadour par plusieurs voies.

Le spectacle s’est achevé sur les mots de Non, je ne regrette rien, chanson écrite par Michel Vaucaire et Charles Dumont, rendue célèbre par Édith Piaf. L’idée est née dans les loges, quelques minutes avant l’entrée en scène. Élodie Frégé y a vu une conclusion accordée à une femme qui avait aimé, conseillé, protégé et laissé une trace malgré les attaques.

« C’est une femme qui a fait et qui s’est défaite en faisant », résume Élodie Frégé. La formule dit le prix de l’action : se construire par ses décisions, mais aussi s’user à force de demeurer présente, vigilante et indispensable.

Ce que les personnages transmettent à Élodie Frégé

Chaque incarnation laisse un dépôt. Marilyn Monroe accompagne Élodie Frégé depuis de nombreuses années. Madame de Pompadour lui rappelle désormais la valeur de la ténacité. Dans les dernières pages de la lecture, une phrase retient particulièrement son attention : « J’ai tenu. »

« Il faut tenir », reprend Élodie Frégé, sans transformer cette résolution en devise martiale. Tenir signifie persévérer, écouter son intuition et ne pas abandonner ce qui cherche une forme. La correspondance lui rappelle également l’importance de l’écriture, activité qu’elle dit avoir délaissée quelque temps en dehors de ses chansons.

Écrire peut ordonner une inquiétude, déplacer une douleur ou empêcher qu’une pensée tourne en circuit fermé. « Tenir, suivre son instinct, son intuition, faire confiance à ce qui nous habite », énumère Élodie Frégé. Le conseil vaut pour la scène, le cinéma et la vie créative.

Un concert à Montélimar, Michel Berger et un projet de film

Après Grignan, Élodie Frégé retrouvera la Drôme pour un concert gratuit à Montélimar. Elle annonce un programme de chansons d’amour en français et en anglais, avec la possibilité d’y glisser quelques titres italiens. Le spectacle sera élaboré avec son pianiste dans un esprit proche des concerts qu’elle a donnés avec André Manoukian, où le jazz, le swing et la chanson se répondent librement.

Élodie Frégé poursuit également la tournée de Berger Story, spectacle choral créé et dirigé par Vincent Fuchs autour des chansons de Michel Berger. Plusieurs centaines de choristes et des musiciens accompagnent la chanteuse sur des titres tels que La Groupie du pianiste, Quelques mots d’amour ou Diego.

La comédienne annonce aussi un rôle « un peu vénéneux » dans le premier long métrage du mentaliste et réalisateur Viktor Vincent. Élodie Frégé évoque un tournage en février. 

Enfin, de nouvelles chansons sont en cours d’écriture. Élodie Frégé sait qu’il lui faudra bientôt rejoindre un studio pour leur donner une existence sonore : « J’écris mes chansons. Il va falloir, à un moment, que je m’enferme dans un studio pour pouvoir les dévoiler. »

Informations pratiques

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Festival de la Correspondance de Grignan : la 30e édition se déroule du 6 au 11 juillet 2026, sous la direction d’Éric-Emmanuel Schmitt. La lecture Lettres d’une femme puissante, Madame de Pompadour, avec Élodie Frégé, a été présentée le vendredi 10 juillet à 19h15 au château de Grignan.

Concert à Montélimar : Élodie Frégé se produit le jeudi 30 juillet 2026 dans le cadre de Music’O’Village. Accueil à partir de 19 heures et concert à 20h30, place Émile-Loubet, devant la mairie. L’entrée est gratuite. Informations auprès de Montélimar Tourisme Agglomération.

Berger Story à Avignon : deux représentations sont annoncées les mardi 3 et mercredi 4 novembre 2026 à 20 heures à l’Opéra Grand Avignon. Programme et réservations sur le site de l’Opéra Grand Avignon.

Interview : rencontre enregistrée par La Radio du Cinéma à Grignan, au lendemain de la représentation du 10 juillet 2026.

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Biographie de Madame de Pompadour

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, naît à Paris en 1721. Elle épouse Charles-Guillaume Le Normant d’Étiolles en 1741, puis rencontre Louis XV en 1745. Devenue marquise de Pompadour et favorite officielle, elle s’installe à Versailles la même année. Après la fin de leur relation amoureuse au début des années 1750, elle demeure la confidente et la conseillère du souverain jusqu’à sa mort.

Femme cultivée, musicienne, dessinatrice et graveuse, Madame de Pompadour protège des artistes, soutient les Encyclopédistes et encourage plusieurs réalisations majeures. Elle contribue au développement de la manufacture de porcelaine de Sèvres, favorise l’aménagement de la place Louis-XV, aujourd’hui place de la Concorde, et accompagne le projet du Petit Trianon. Elle meurt à Versailles en 1764, à l’âge de 42 ans.

Biographie d’Élodie Frégé

Élodie Wanda Frégé naît le 15 février 1982 à Cosne-sur-Loire, dans la Nièvre. Formée à la danse et à la guitare classique, elle remporte la troisième édition de Star Academy le 20 décembre 2003. Son premier album, Élodie Frégé, paraît en 2004.

En 2006, Le Jeu des sept erreurs, élaboré avec Benjamin Biolay, affirme son écriture et son univers musical. Suivent La Fille de l’après-midi en 2010 et Amuse Bouches en 2013, conçu avec Marc Collin. Élodie Frégé développe parallèlement un parcours de comédienne. Elle joue notamment Suzanne Pujol jeune dans Potiche de François Ozon en 2010, puis apparaît dans L’Art de la fugue de Brice Cauvin et dans la série L’Homme de nos vies. Sa filmographie est répertoriée par Unifrance.

Sur scène, Élodie Frégé développe des concerts nourris par la chanson française, le jazz et le répertoire international. En 2024, elle lit les lettres de Marilyn Monroe au Festival de la Correspondance de Grignan. Elle y revient en 2026 pour incarner Madame de Pompadour, tout en poursuivant la tournée de Berger Story, l’écriture de nouvelles chansons et ses projets de cinéma.