"La Rose Blanche", quand des lettres de jeunes résistants allemands résonnent avec notre époque - Festival de la correspondance de Grignan

13 juillet 2026
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 La Rose Blanche : des étudiants en lutte contre le nazisme, adaptation signée Albert Algoud, mise en scène par Charles Templon, portée par Julia Piaton et Benjamin Siksou.

À partir des lettres de Hans et Sophie Scholl, figures emblématiques de la résistance allemande au nazisme, le spectacle fait entendre les voix de deux jeunes gens dont le courage continue, plus de quatre-vingts ans après leur disparition, d'interroger notre présent.

Une résistance née de l'indignation

Si la foi chrétienne a accompagné le parcours des membres de la Rose Blanche, Albert Algoud tient d'emblée à nuancer toute lecture réductrice.

« Ils étaient réunis par la foi, mais surtout par l'indignation et la révolte. Il y avait d'autres croyants qui étaient de l'autre côté. Une partie de l'Église allemande a suivi le nazisme. Leur grand mérite, c'est d'avoir très vite pris leurs distances alors qu'ils avaient, comme la plupart des jeunes Allemands, été embrigadés dans les Jeunesses hitlériennes. »

C'est précisément cette prise de conscience progressive qui constitue le cœur de cette adaptation.

« Ils étaient des jeunes tout simplement. Ils aimaient la musique, la littérature, la nature. Ils étaient pleins d'enthousiasme. Ce ne sont pas des moines soldats. Ils ont simplement eu le courage de réfléchir et de dire non. »

Lire entre les lignes d'une dictature

Charles Templon et Albert Algoud ont choisi de concentrer leur travail sur la correspondance de l'année 1942, avant l'arrestation des membres du réseau.

Une période où les lettres semblent parfois anodines... mais où chaque mot compte.

« Le père de Hans et Sophie avait déjà été arrêté plusieurs fois par la Gestapo. Ils savaient que leurs lettres étaient lues. Ils faisaient donc très attention à ce qu'ils écrivaient et à la manière de l'écrire. »

Pour Benjamin Siksou, cette contrainte donne toute sa richesse dramatique au spectacle.

« Il y a une vraie impertinence dans certaines lettres. Par moments, ils s'adressent presque directement aux censeurs de la Gestapo. Puis, au fil du temps, le ton change, se durcit. C'est passionnant à interpréter. »

En parallèle de ces échanges familiaux apparaissent progressivement les célèbres tracts de la Rose Blanche.

« Au début, ce sont presque des textes littéraires. Puis ils deviennent de véritables appels à refuser le nazisme. Là, ils savent qu'ils risquent leur vie. »

Une lecture qui demande une autre forme d'incarnation

À Grignan, les comédiens ne jouent pas une pièce : ils prêtent leur voix à des lettres qui n'ont jamais été écrites pour être dites devant un public.

Pour Julia Piaton, l'exercice est singulier.

« On travaille avec le metteur en scène, puis il y a tout un travail personnel. Relire les lettres, trouver son rythme, son chemin. Et comme chaque lettre s'adresse tantôt à un frère, tantôt à un ami, tantôt à un amoureux, les intentions changent sans cesse. »

Pour l'actrice, cette première participation au Festival représente également une découverte attendue depuis longtemps.

« J'entendais parler de Grignan depuis des années. Beaucoup d'amis étaient passés ici. Je suis très heureuse de participer enfin à cette aventure. »

Charles Templon connaît désormais les deux côtés de l'expérience : celui du lecteur, puis celui du metteur en scène.

« L'an dernier, j'étais sur scène comme comédien. Cette année, je les accompagne autrement. C'est un exercice particulier, très excitant, mais aussi étrange dans son incarnation. »

Le metteur en scène avoue avoir lui-même découvert tardivement l'histoire de la Rose Blanche.

« Plus je lis leur histoire, plus je suis bouleversé. Je me demande souvent : qu'aurions-nous fait, nous, à 19 ou 21 ans ? Aurions-nous résisté ? Cette question me poursuit tous les jours. »

L'urgence de vivre

Au-delà de la dimension historique, les artistes insistent sur un aspect souvent oublié : Hans et Sophie Scholl étaient avant tout des jeunes gens.

Benjamin Siksou y voit même le cœur de leur correspondance.

« J'ai l'impression que leur premier geste, c'est de dire à leurs proches : "Je suis encore vivant." Ils parlent d'art, de leurs émotions, de ce qui les traverse. Ils veulent simplement dire qu'ils existent encore. »

Albert Algoud rappelle également la force bouleversante des derniers instants de Sophie Scholl.

« Sa dernière phrase, en marchant vers la guillotine, est : "Le soleil brille encore." C'est incroyable. »

Une œuvre qui élève

Pour Julia Piaton, cette lecture dépasse largement le cadre d'un simple spectacle.

« C'est une expérience qui nous tire vers le haut. Découvrir le courage de ces jeunes de vingt ans, leur dignité face à l'épreuve, leur manière d'être profondément vivants malgré tout... c'est extrêmement inspirant aujourd'hui. »

Cette actualité est d'ailleurs au cœur de la réflexion d'Albert Algoud.

Sans détour, il confie combien cette histoire résonne avec son propre parcours personnel.

« Je viens d'un milieu d'extrême droite, antisémite, intégriste. J'ai réussi à m'en détacher. Mais je n'ai jamais eu à affronter ce qu'eux ont affronté. Ce qu'ils ont fait est incomparable. »

Une confession rare qui éclaire aussi son engagement dans cette adaptation.

Quand les lettres dialoguent avec notre présent

À Grignan, la correspondance devient bien plus qu'un patrimoine littéraire.

Elle devient une question adressée au spectateur.

Comment des jeunes de vingt ans ont-ils trouvé le courage de résister là où une immense majorité se taisait ?

Que reste-t-il aujourd'hui de cette capacité à penser contre son époque ?

En donnant voix aux lettres de Hans et Sophie Scholl, Julia Piaton, Benjamin Siksou, Charles Templon et Albert Algoud ne proposent pas seulement une reconstitution historique. Ils rappellent que derrière les grandes pages de l'Histoire se cachent toujours des existences ordinaires, des doutes, des élans, des amitiés, des amours... et cette conviction, écrite entre les lignes de chaque lettre, que la liberté commence toujours par un acte de conscience.

À Grignan, cette parole a trouvé un écrin à sa mesure : celui d'un festival où les correspondances continuent, année après année, à faire dialoguer les époques avec une troublante actualité.

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