Apolline Elter : quand les lettres de Louise de Vilmorin reprennent vie à Grignan

09 juillet 2026

l y a des rencontres qui semblent naturellement trouver leur place au Festival de la Correspondance de Grignan. Celle avec Apolline Elter en fait incontestablement partie.

Chercheuse passionnée, autrice, conférencière et fidèle du festival depuis près de vingt ans, la Belge est devenue l'une des grandes spécialistes de Louise de Vilmorin, dont elle a adapté la correspondance pour le spectacle Mes lettres sont des fêtes… des fêlures aussi, présenté dans le cadre exceptionnel de la façade du château de Grignan.

Au micro de La Radio du Cinéma, Apolline Elter raconte avec une sincérité communicative la naissance de cette aventure. Tout commence pendant le confinement de 2020. Une exposition consacrée à Louise de Vilmorin, qu'elle ne pourra finalement jamais visiter, devient le point de départ d'une immersion totale dans l'univers de l'écrivaine.

« Louise de Vilmorin a été ma grande amie de confinement », confie-t-elle avec émotion.

Pendant plusieurs mois, elle se plonge dans cette correspondance foisonnante et découvre une personnalité bien plus complexe que l'image mondaine qui lui est souvent associée. Une plume vive, un humour irrésistible, une fantaisie permanente et une liberté de ton qui la fascinent immédiatement.

Adapter sans trahir

Transformer des centaines de lettres en un spectacle vivant est un exercice délicat. Apolline Elter explique avoir cherché un véritable fil conducteur, loin des clichés qui réduisent parfois Louise de Vilmorin à ses célèbres histoires d'amour.

Son choix est celui de la diversité : faire entendre toutes les facettes de cette femme d'esprit. Aux lettres adressées à ses proches viennent ainsi s'ajouter des textes publiés dans la presse, notamment dans Vogue ou Marie Claire, qu'elle considère comme autant de lettres ouvertes à ses lecteurs.

Une manière d'offrir un portrait plus riche, plus libre et plus fidèle de cette immense écrivaine.

Laisser le texte vivre

Une fois l'adaptation terminée, l'autrice accepte de passer le relais.

Avec une jolie formule, elle compare son texte à un enfant que l'on confie à d'autres.

Le metteur en scène et les comédiens deviennent alors les nouveaux passeurs de cette parole, chacun apportant sa propre sensibilité.

Quelques heures avant la représentation, Apolline Elter se dit impatiente, presque comme « une enfant qui attend son cadeau de Noël », heureuse de découvrir le regard porté sur son travail.

Le plaisir de transmettre

Au-delà du spectacle, Apolline Elter anime également, pendant le festival, des ateliers qui affichent complet.

Avec beaucoup d'humour, elle revendique le titre de son rendez-vous : le « Pique-Nique Grand Siècle », jeu de mots assumé qui accompagne un déjeuner dans les jardins du château autour des lettres de Madame de Sévigné.

L'occasion, une nouvelle fois, de replacer les correspondances dans leur contexte historique et de les faire entendre autrement, avec cette volonté constante de rendre les textes vivants et accessibles.

Grignan, un rendez-vous essentiel

Présente au Festival de la Correspondance depuis 2009, Apolline Elter ne cache pas son attachement profond à cette manifestation.

Elle le qualifie tout simplement « d'essentiel ».

Chaque année, elle revient avec le même enthousiasme et contribue même à faire connaître Grignan auprès du public belge, dont elle est l'une des meilleures ambassadrices.

Une fidélité qui témoigne de la place unique qu'occupe ce festival dans le paysage culturel, où les mots quittent les pages pour retrouver leur voix.

Une seule représentation… et toute la magie du spectacle vivant

Au cours de l'entretien, une réflexion revient avec émotion : celle de l'éphémère.

Des mois de travail pour une seule représentation.

Une frustration, certes, mais aussi ce qui fait toute la beauté du spectacle vivant.

Chaque représentation devient un instant unique, partagé entre les artistes et le public, avant de rejoindre le souvenir.

C'est précisément cette émotion que nous vous invitons à retrouver dans cette rencontre avec Apolline Elter.

Écoutez le podcast et découvrez la vidéo de cet entretien réalisé par La Radio du Cinéma, au cœur du Festival de la Correspondance de Grignan.