Agustín Galiana au Festival de Grignan : du théâtre espagnol aux lettres de « El Libertador »

09 juillet 2026
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Au Festival de la correspondance de Grignan, Agustín Galiana a prêté sa voix aux lettres de Simón Bolívar dans une lecture-spectacle partagée avec Claude Aufaure. Le comédien espagnol raconte à Patrice Caillet pourquoi ces pages révèlent, selon lui, un homme « d’une honnêteté et d’une loyauté incroyables », et pourquoi cette première lecture en français constitue aussi un défi très personnel.

Sous la chaleur provençale, la conversation commence avec le sourire. Agustín Galiana retrouve presque le climat de sa province d’Alicante, et son décors : les pierres claires de Grignan, les ruelles du village et la silhouette du château composent la scène de cette nouvelle rencontre avec le public français.

Le public connaît surtout Agustín Galiana grâce à la télévision. Une apparition dans la série espagnole Un, dos, tres en 2004 a précédé son installation en France et sa notoriété dans Clem, où il a incarné Adrián Muñoz. Pourtant, son métier s’est d’abord construit sur les planches. Formé notamment à la Fondation Shakespeare d’Espagne, il a joué sur les scènes madrilènes avant de travailler pour le cinéma et la télévision.

Ce qu’il faut retenir de la rencontre

  • Agustín Galiana participe pour la première fois au Festival de la correspondance de Grignan.
  • Il lit les lettres de Simón Bolívar avec Claude Aufaure, sous la direction de Didier Brice.
  • Cette lecture-spectacle marque sa première expérience de lecture publique en français.
  • Le comédien annonce travailler sur un retour à la fiction et au théâtre prévu pour 2027.

Les lettres pour rencontrer Simón Bolívar autrement

La proposition du festival a d’abord éveillé sa curiosité par son caractère inattendu. Agustín Galiana connaissait la figure historique de Simón Bolívar, mais il n’avait jamais abordé son parcours par sa correspondance.

« Découvrir un personnage historique célèbre à travers ses lettres, je trouve que cela donne un autre axe, une autre manière de l’approcher, de le rencontrer, de faire connaissance. »

Agustín Galiana, au micro de La Radio du Cinéma

Né à Caracas en 1783 et mort en 1830, Simón Bolívar demeure l’une des grandes figures des indépendances sud-américaines. Son action militaire et politique lui valut le surnom d’« El Libertador ». Ses écrits offrent cependant un autre portrait : celui d’un homme qui confie ses convictions, ses fatigues, ses attachements et ses désillusions.

Cette matière épistolaire possède une valeur historique exceptionnelle. Selon l’UNESCO, Simón Bolívar avait commencé dès 1813 à copier, classer et conserver sa correspondance. Ses archives voyageaient avec lui. Elles réunissent des lettres personnelles, des textes politiques, des documents militaires, des proclamations et des pièces familiales. Cet ensemble documentaire a été inscrit au registre international Mémoire du monde en 1997.

Agustín Galiana dit avoir découvert un homme moins assuré que ne le laisse supposer l’icône du libérateur. À la lecture des lettres, il perçoit une personnalité fidèle à ses idéaux, poussée vers une responsabilité qu’elle ne désirait pas nécessairement exercer.

« On est devant un personnage très honnête, qui a envie de faire une révolution en prenant une place qu’il ne voudrait pas prendre. Je trouve cela très touchant. »

Agustín Galiana

Choisir sa route, quitter son pays

La trajectoire de Simón Bolívar conduit bientôt Agustín Galiana à parler de ses propres choix. Le comédien reconnaît dans ces lettres une question universelle : peut-on décider de sa vie lorsque les circonstances imposent leur mouvement ?

Sa réponse ne se dérobe pas. Il croit à la faculté de choisir, tout en rappelant ce que certaines décisions exigent. Lui-même a quitté l’Espagne, sa famille, ses proches et la ville où il pensait vivre durablement afin de poursuivre sa carrière en France.

« Je pense qu’on est maître de son destin. Il faut avoir le courage de choisir et de décider. Ce n’est pas toujours simple de prendre des décisions difficiles, comme quitter son pays, sa famille et son entourage. »

Agustín Galiana

Cette confidence éclaire sa manière d’aborder Bolívar. Le personnage historique ne devient pas un monument immobile. Il retrouve des hésitations, une volonté, des renoncements et cette part d’inconnu qui accompagne toute décision irréversible.

Claude Aufaure, un partenaire et un coup de cœur

Sur la scène du Château de Grignan, Agustín Galiana partage les lettres avec Claude Aufaure

« On est une équipe et nous avons travaillé tous les trois. Le centre le plus important du spectacle, ce sont les lettres. »

Agustín Galiana

Le troisième artisan évoqué est Didier Brice, chargé de la mise en scène. L’adaptation des lettres est signée Virginie Berling. Le spectacle ne se contente donc pas d’une succession de pages lues au pupitre : il cherche une forme théâtrale capable de restituer le mouvement d’une vie, la relation aux proches et la tension politique contenue dans la correspondance.

La rencontre avec Claude Aufaure a rapidement dépassé le cadre professionnel. Agustín Galiana parle d’un « coup de cœur » et salue autant l’acteur que l’homme.

« Claude Aufaure est un comédien formidable et, comme être humain, c’est encore mieux. Il me taquine, il me donne des conseils que j’accueille avec énormément de plaisir. Je les garde dans ma tête et dans mon cœur. »

Agustín Galiana

Claude Aufaure connaît déjà le rendez-vous de Grignan. Son expérience de la scène et du festival offre à Agustín Galiana un appui précieux pour apprivoiser un exercice nouveau.

Une première lecture publique en français

Lire plusieurs dizaines de pages devant un public constitue une épreuve particulière. Le texte ne peut pas être repris comme une scène tournée pour la télévision. Chaque respiration, chaque silence et chaque hésitation appartiennent immédiatement à la représentation.

Pour Agustín Galiana, la difficulté se double d’un enjeu linguistique. Cette lecture est la première qu’il donne en français dans un tel format.

« Pour ma tête d’Espagnol, pour ma tête d’étranger, c’est toujours un peu compliqué. Si je me trompe, j’espère que le public sera clément et qu’il accueillera mes erreurs avec bonne humeur. »

Agustín Galiana

L’aveu ne relève pas d’une inquiétude feinte. Il révèle le plaisir que le comédien trouve dans les projets capables de déplacer ses habitudes. Après la télévision, la chanson, le cinéma et le théâtre, la lecture épistolaire lui demande une précision différente : donner du relief à une phrase sans la recouvrir d’effets.

Le Château de Grignan comme décor de cinéma

Avant les répétitions, Agustín Galiana a parcouru le village et rejoint le château à pied. Il raconte avoir été saisi par cette architecture qui évoque aussi une fortification. Le lieu semble prolonger naturellement les lettres d’un général et homme d’État confronté aux guerres d’indépendance.

La vue du château a même réveillé une envie de film historique. Le comédien s’est amusé à créer, grâce à un outil d’intelligence artificielle, une image le représentant dans une tenue inspirée de Simón Bolívar. Il a partagé ce montage sur son compte Instagram, où il publie également ses projets de comédien et de chanteur.

La fiction et le théâtre annoncés pour 2027

Interrogé sur la suite, Agustín Galiana décrit une période de préparation. Le comédien annonce travailler sur deux projets de fiction et sur un retour au théâtre espéré en 2027. Un nouvel album figure aussi parmi ses projets, avec un calendrier plus lointain.

« Je suis en cuisine, en train de mélanger tous les ingrédients dans la casserole pour que tout soit prêt à la fin de 2026. En 2027, on démarre avec, je l’espère, deux projets de fiction et le théâtre. »

Agustín Galiana

Informations pratiques

La lecture-spectacle « Simón Bolívar, El Libertador » le jeudi 9 juillet 2026 à 19h15, dans la cour du Château de Grignan.

Les lettres de Simón Bolívar sont interprétées par Agustín Galiana et Claude Aufaure. La mise en scène est assurée par Didier Brice, sur une adaptation de Virginie Berling

La 30e édition du Festival de la correspondance de Grignan se déroule du 6 au 11 juillet 2026. Elle célèbre le 400e anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné avec le thème « La Correspondance, portrait d’une époque ».

Le programme officiel du festival et les modalités de réservation sont accessibles sur le site de l’événement. Les rencontres réalisées à Grignan sont à retrouver dans la rubrique Podcasts de La Radio du Cinéma.