Bunker de Florian Zeller : le choc de Deauville 2026

12 septembre 2026
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« C’est un film qui change une vie. Je pèse mes mots. » À peine sortie de la projection de Bunker au 52e Festival du cinéma américain de Deauville, Laura Vandenhende cherche encore ses mots. Le troisième long métrage de Florian Zeller, porté par Penélope Cruz et Javier Bardem, l’a laissée bouleversée. Un film sur le couple, les choix que l’on fait d’une vie et la responsabilité morale face à un monde qui vacille.

Il y a des films que l’on analyse après quelques heures, lorsque l’émotion a eu le temps de se déposer. Et puis il y a ceux dont on éprouve immédiatement le besoin de parler, précisément parce que le trouble est encore là.

À Deauville, Laura Vandenhende vient de voir Bunker et ne cherche pas à dissimuler ce qui vient de lui arriver.

« Je peux affirmer que c’est un film qui change une vie. Je pèse mes mots. Florian Zeller est un prodige du cinéma. »

Ce sont les mots d’une spectatrice encore saisie par la projection, et non une prétention à transformer une émotion personnelle en vérité universelle. Mais cette réaction dit quelque chose de la puissance avec laquelle Bunker l’a atteinte.

De The Father à Bunker, Florian Zeller et les émotions à vif

Le cinéma de Florian Zeller accompagne déjà Laura Vandenhende depuis plusieurs années.

En 2020, The Father, adapté de sa propre pièce et porté par Anthony Hopkins et Olivia Colman, avait constitué un premier choc. Deux ans plus tard venait The Son, avec Hugh Jackman, Laura Dern, Vanessa Kirby et Zen McGrath.

Avec Bunker, Florian Zeller signe son troisième long métrage.

« The Father m’a fait finir en larmes et je ne m’en suis toujours pas relevée aujourd’hui. »

Cette fois encore, ce sont les mécanismes intimes de l’être humain qui intéressent le cinéaste. Mais Bunker inscrit cette exploration dans une inquiétude très contemporaine : que reste-t-il de nos principes lorsqu’une occasion exceptionnelle nous oblige à choisir ce que nous voulons réellement faire de notre vie ?

Un architecte, un milliardaire et une proposition impossible à ignorer

Javier Bardem incarne Miguel, un architecte espagnol installé à Londres dont la carrière commence à prendre une ampleur considérable.

Un milliardaire issu de l’univers de la technologie, interprété par Paul Dano, lui propose alors une mission aussi prestigieuse que dérangeante : concevoir pour lui un bunker destiné à le protéger d’une catastrophe majeure.

Le milliardaire n’est pas présenté comme le portrait explicite d’une personnalité réelle. Peu importe, finalement, de savoir quel patron de la Silicon Valley chacun pourrait reconnaître derrière lui. Pour Laura Vandenhende, l’essentiel se trouve ailleurs : dans la question morale que cette commande pose immédiatement à Miguel.

Sa femme, Sofia, incarnée par Penélope Cruz, la formule sans détour : maintenant que son talent lui donne la possibilité de choisir ses projets, que veut-il faire de cette reconnaissance ? Construire quelque chose qui puisse avoir un sens collectif, ou permettre à un homme immensément riche de se mettre à l’abri d'un monde dont les puissants ont eux-mêmes contribué à façonner les dérèglements ?

« Qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ? »

La question traverse tout le film.

Le bunker est aussi celui que l’on construit à l’intérieur du couple

Bunker pourrait être un film sur les milliardaires, la peur de l’effondrement ou les obsessions survivalistes de certains entrepreneurs de la tech. Il est aussi, et peut-être surtout, un film sur un couple.

Miguel et Sofia ont quitté l’Espagne pour Londres. Lui a poursuivi son ascension professionnelle. Elle travaille dans l’édition et commence à regarder autrement les décisions qui ont organisé leur existence commune.

Qui a renoncé à quoi ? Pourquoi une carrière a-t-elle pris le pas sur une autre ? Quels compromis accepte-t-on par amour avant de comprendre qu’ils ont peut-être produit un déséquilibre ? À quel moment les choix d’un couple cessent-ils d’être réellement partagés ?

Ce sont ces déplacements presque imperceptibles que Laura Vandenhende retient avec force.

« Il y a toutes ces questions : quel choix on fait dans un couple ? Pourquoi on privilégie l’un plutôt que l’autre ? Comment on trouve un équilibre ? »

Javier Bardem dans la retenue plutôt que dans la démonstration

Une scène de dispute entre Miguel et Sofia frappe particulièrement Laura.

Javier Bardem possède une présence physique qui pourrait facilement donner au conflit une autre direction. Florian Zeller choisit précisément de ne pas exploiter cette évidence. L’acteur contient sa puissance, retient son corps et évite de faire de Miguel une figure masculine caricaturalement dominante.

La violence de la scène ne vient donc pas d’une démonstration physique. Elle naît des mots, des frustrations accumulées, des déplacements infimes du rapport entre les personnages.

« Il sait retenir cette force, son charisme, cette présence physique qu’il a. Il sait s’en servir, l’adoucir, ne pas être dans une caricature d’homme macho. »

Pour Laura Vandenhende, cette retenue caractérise plus largement la direction d’acteurs de Florian Zeller.

Penélope Cruz et Javier Bardem : oublier le couple pour retrouver les personnages

Réunir Penélope Cruz et Javier Bardem dans les rôles d’un couple comporte un risque évident : leur histoire réelle pourrait prendre le dessus sur la fiction.

Ils partagent leur vie depuis de nombreuses années. Leur présence commune à l’écran apporte donc inévitablement une autre strate au film.

Mais Laura explique avoir rapidement oublié cette dimension.

« On apprécie que le réel vienne nourrir la fiction parce que c’est fait avec une élégance et un minimalisme surtout. Il y a un minimalisme du jeu qui est fabuleux. »

Le réel n’est pas utilisé comme argument promotionnel à l’intérieur du récit. Il devient une matière supplémentaire, presque souterraine, qui nourrit les regards, la familiarité et la mémoire commune que l’on imagine derrière Sofia et Miguel.

Florian Zeller avait imaginé le film pour Penélope Cruz et Javier Bardem

Cette réunion n’est d’ailleurs pas le résultat d’un casting effectué une fois le scénario achevé. Florian Zeller a pensé Bunker avec Penélope Cruz et Javier Bardem en tête.

Penélope Cruz aurait été la première à lire le scénario. Elle aurait alors posé au réalisateur une question révélatrice : pourrait-elle malgré tout interpréter Sofia si Javier Bardem refusait le projet ?

L’anecdote dit quelque chose de leur manière de travailler. Leur vie commune n’implique pas qu’ils envisagent nécessairement leurs choix artistiques comme ceux d’un duo.

Dans le film, la langue participe également à cette intimité. Miguel et Sofia vivent à Londres et évoluent dans un environnement anglophone, mais l’espagnol redevient la langue du couple, comme un territoire privé auquel les autres personnages n’ont pas entièrement accès.

Une maison ouverte qui se referme progressivement

L’une des idées de mise en scène les plus fortes de Bunker concerne la maison du couple.

Le décor a été construit en studio à Madrid. Au commencement du film, cette architecture apparaît moderne, ouverte, lumineuse, faite de grandes surfaces et de transparence.

Puis sa perception change.

À mesure que les tensions apparaissent, ce même espace produit une sensation d’enfermement. La maison semble se contracter autour des personnages. Sans devenir littéralement le bunker du titre, elle en acquiert progressivement certaines propriétés psychologiques.

Le travail en studio a également contribué à l’atmosphère du tournage. Une partie de l’équipe a passé plusieurs semaines dans cet environnement sans lumière naturelle, une contrainte qui a nourri la sensation de claustrophobie recherchée par Florian Zeller.

Le tournage de Bunker s’est déroulé entre Madrid et Londres pendant l’hiver 2025-2026.

À l’origine de Bunker, les refuges privés des milliardaires

Florian Zeller a expliqué que l’une des premières idées du film lui était venue en lisant un article consacré à un milliardaire de la technologie faisant construire un bunker à Hawaï.

Le paradoxe l’intéresse immédiatement : certaines des personnalités ayant bâti leur fortune sur la promesse d’un monde toujours plus connecté consacrent désormais des sommes considérables à préparer leur propre isolement.

À partir de cette contradiction, Bunker questionne notre rapport à la peur, à l’argent et à la responsabilité.

Si une catastrophe semble possible, que faisons-nous ? Essayons-nous d'éviter qu'elle advienne ou cherchons-nous uniquement le moyen d’y survivre individuellement ?

Et lorsqu’un architecte accepte de bâtir ce refuge, participe-t-il seulement à un projet architectural ou prend-il position sur le monde qu’il souhaite contribuer à construire ?

Paul Dano, quelques minutes pour faire exister un milliardaire

Laura Vandenhende tient également à souligner la prestation de Paul Dano.

Son apparition est brève. Le personnage du milliardaire échange à distance avec Miguel. Quelques minutes suffisent pourtant à imposer une personnalité et une manière de regarder le monde.

« Il livre une performance un peu doucereuse qui tranche avec le cynisme complet du personnage. »

C’est précisément ce décalage qui fascine Laura : le personnage ne se présente pas comme un prédateur brutal. Il séduit. Il parle calmement. Il sait donner à sa proposition l’apparence du raisonnable.

Paul Dano installe ainsi, en un temps très court, un mélange de douceur et de cynisme qui rend le personnage plus inquiétant qu’une représentation ouvertement monstrueuse.

« En deux, trois minutes, avec un jeu maîtrisé à la perfection, il nous bluffe complètement. »

Stephen Graham et Patrick Schwarzenegger complètent la distribution

Autour de Penélope Cruz, Javier Bardem et Paul Dano, Florian Zeller réunit également Stephen Graham et Patrick Schwarzenegger.

Laura insiste cependant sur un aspect plus large : chez Zeller, la notion de « petit rôle » semble perdre une partie de son sens.

Les personnages secondaires, jusque dans la famille de Miguel et Sofia, possèdent chacun une fonction précise. Une scène brève, une remarque, une réaction peuvent trouver leur écho beaucoup plus tard.

« Chaque acteur dans ce film est fabuleux. [...] Même le moindre petit personnage secondaire a une importance. »

Un récit de 2h06 où chaque détail finit par compter

Bunker dure 126 minutes, soit 2h06.

Une durée que Laura Vandenhende ne ressent jamais comme excessive. Elle est au contraire frappée par la façon dont le scénario réutilise les éléments qu’il a semés.

« Il n’y a pas un seul détail d’une conversation ou un seul personnage ou une seule scène qui ne va pas trouver son écho plus tard dans le film. »

Cette précision donne au récit une impression d’architecture particulièrement cohérente : les dialogues, les personnages et les situations ne semblent jamais être présents uniquement pour occuper le temps.

Dans un film dont le héros est architecte, cette construction n’a évidemment rien d’anodin.

De l’élégance plutôt que du luxe

Un mot revient plusieurs fois dans la réaction de Laura : l’élégance.

Ce terme trouve directement un écho dans le film. Au cours d’une interview de Miguel, une distinction est faite entre le luxe et l’élégance.

La nuance paraît essentielle à Laura.

Le luxe est visible. Il s’exhibe. L’élégance suppose au contraire de savoir retenir, choisir, supprimer ce qui serait de trop.

C’est précisément ainsi qu’elle perçoit la mise en scène de Florian Zeller : une œuvre qui parle d'argent, de réussite sociale et de milliardaires sans céder à la fascination superficielle pour leur richesse.

« Un maestro des émotions humaines »

Mais derrière la construction dramatique, les questions sociales et la précision du jeu, ce que Laura Vandenhende retient avant tout est la capacité de Florian Zeller à regarder ses personnages sans les enfermer.

« C’est un maestro des émotions humaines. Il sait les explorer, les faire remonter à la surface, les mettre en lumière. »

Miguel peut prendre une décision contestable sans être réduit à cette décision. Sofia peut questionner leur couple sans devenir uniquement la voix morale du film. Même le milliardaire possède une capacité de séduction qui interdit au spectateur de le ranger immédiatement dans une catégorie confortable.

Florian Zeller semble surtout chercher ce qui subsiste d’humain lorsque les certitudes commencent à se fissurer.

« Il sait nous surprendre aussi, aller chercher quelque chose dans ces personnages qu’on n’aurait pas attendu, mais qui fait jaillir la lumière en chacun d’eux. »

Après Venise, Bunker provoque le choc à Deauville

Bunker a été présenté en compétition à la 83e Mostra de Venise, le 8 septembre 2026.

La projection officielle s’est conclue par une très longue ovation, la presse internationale rapportant notamment l’émotion de Penélope Cruz et Javier Bardem.

Trois jours plus tard, le film arrivait au Festival du cinéma américain de Deauville, où il figurait dans la section Premières.

C’est là que Laura Vandenhende le découvre.

« On a vu les larmes de Penélope Cruz, l’émotion de Javier Bardem, et j’ai enfin compris pourquoi. »

Quelques minutes après la projection, elle ne cherche toujours pas à prendre de distance.

« L’émotion est encore en train d’infuser en moi et j’avais envie de vous la transmettre pendant qu’elle était encore vive. »

Bunker, un film qui continue après la projection

Il faudra sans doute revoir Bunker, laisser le film déployer ses ramifications et observer ce qui demeure lorsque la première émotion se sera éloignée.

Mais pour Laura Vandenhende, au soir de sa découverte à Deauville, le constat est déjà là.

« Je sors du film et je voulais vous transmettre à quel point c’est une merveille. »

Elle adresse finalement quelques mots directement au cinéaste :

« Merci Florian Zeller d’exister et de faire des films qui capturent notre nature humaine de manière aussi élégante. »

La sortie française de Bunker n’est pas encore datée. Pour patienter, il reste The Father et The Son, les deux premiers films de Florian Zeller.

Et cette certitude, au moins pour Laura Vandenhende : lorsqu’elle est sortie de la salle de Deauville, Bunker n’était déjà plus seulement un film qu’elle venait de voir. C’était un film qui continuait à travailler en elle.

Voir les premières images de Bunker

En attendant une bande-annonce française et l’annonce de la date de sortie en salles, une première séquence officielle de Bunker a été dévoilée à l’occasion de sa présentation à Venise.

Voir la première séquence officielle de Bunker

Bunker : fiche technique

  • Titre : Bunker
  • Réalisation : Florian Zeller
  • Scénario : Florian Zeller
  • Avec : Penélope Cruz, Javier Bardem, Stephen Graham, Paul Dano, Patrick Schwarzenegger
  • Photographie : Ben Smithard
  • Montage : Yorgos Lamprinos
  • Décors : Alain Bainée
  • Costumes : Sonia Grande
  • Musique : Volker Bertelmann
  • Son : Jorge Adrados et Raphaël Sohier
  • Effets visuels : Arnaud Fouquet
  • Production : Federica Sainte-Rose, Florian Zeller, Fernando Bovaira, Simon de Santiago et Alice Dawson
  • Sociétés de production : Blue Morning Pictures, Mod Producciones et Pathé Films, avec Mediawan, Entourage Pictures et France 2 Cinéma parmi les coproducteurs
  • Pays de production : France, Espagne
  • Langues : anglais, espagnol
  • Genre : drame, thriller psychologique
  • Durée : 126 minutes – 2h06
  • Première internationale : 8 septembre 2026, Mostra de Venise
  • Présentation à Deauville : 11 septembre 2026, 52e Festival du cinéma américain
  • Distribution France : Pathé Films
  • Sortie française : prochainement – date non annoncée au 12 septembre 2026

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