12 mai 2026
C’est l’un des premiers coups de cœur de Pierre Magne dans ces projections organisées en amont du Festival de Cannes par l’AFCAE. Avec Le Corset, le réalisateur Louis Clichy livre un film d’animation à contre-courant, sensible et profondément humain, présenté lors de l’ouverture des Rencontres de l’AFCAE.
Un nom que le grand public ne connaît pas toujours immédiatement, mais auquel il associera pourtant des images familières. « C’est lui qui a réalisé deux longs métrages Astérix pour Alexandre Astier », rappelle Pierre Magne. Après les aventures en 3D des irréductibles Gaulois, Louis Clichy change radicalement de registre.
« Là, il revient à un cinéma traditionnel. C’est un film fait à la main, du véritable dessin animé artisanal », souligne le programmateur du Lux Scène nationale. « Et c’est un véritable petit bijou. »
Le Corset raconte l’histoire de Christophe, un garçon de huit ans qui grandit dans une famille d’agriculteurs du Centre-Val de Loire. Dans cette campagne « très plate, avec quasiment pas de relief », l’enfant découvre peu à peu qu’il souffre d’un problème de colonne vertébrale. Pour l’aider à se tenir droit, on lui impose un corset orthopédique.
« Une espèce d’instrument de torture », décrit Pierre Magne.
Mais derrière cette contrainte physique naît un bouleversement plus intime. Christophe développe une fascination inattendue pour l’orgue d’église. Un refuge sonore et spirituel qui vient éclairer son quotidien difficile.
Sous ses airs de chronique d’enfance, Le Corset raconte aussi en creux la détresse du monde agricole. « Ce que montre le film, c’est la difficulté des familles paysannes aujourd’hui, littéralement saignées par les prix du marché », analyse Pierre Magne. Endettement, pression économique, fragilité sociale : la famille de Christophe lutte pour survivre.
Dans ce récit délicat, la voix d’Alexandre Astier apporte une émotion particulière. Resté proche de Louis Clichy, il est coproducteur du film et prête sa voix au père de Christophe, « un personnage extrêmement émouvant, très humble, agriculteur criblé de dettes ».
Pierre Magne croit d’ailleurs reconnaître dans certains dialogues « la patte d’Alexandre Astier », avec ces répliques ciselées où l’humour discret vient parfois alléger la gravité du récit.
Mais Le Corset surprend surtout par sa maturité. « Cela montre que le cinéma d’animation ne s’adresse pas qu’au jeune public », insiste-t-il. « À mon sens, ce n’est pas un film totalement destiné aux enfants. Au contraire. »
Un film d’art et d’essai animé, profondément français, où la fragilité d’un enfant devient le miroir silencieux d’un monde rural en souffrance.
Le Corset sortira en salles le 14 octobre prochain.
Propos reccueillis par Amandine BACCONNIER - 11 mai 2026