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Deauville 2026 — « Butterfly Jam », les pères, les fils et le poids de la masculinité

10 septembre 2026
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Depuis le Festival du cinéma américain de Deauville, Laura, chroniqueuse de La Radio du Cinéma, poursuit ses découvertes avec Butterfly Jam, le nouveau film de Kantemir Balagov. Un récit de père et de fils, de fierté et de masculinité, qui commence presque dans l’insouciance avant de basculer vers quelque chose de beaucoup plus sombre.

Un père, un fils et un monde d’hommes

Après Party USA, changement radical d’univers pour Laura avec Butterfly Jam de Kantemir Balagov.

Le cinéaste nous plonge dans une communauté originaire de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase. Au centre du récit, un adolescent de 16 ans, surnommé Pitay, vit avec son père, cuisinier dans un petit restaurant qu’il tient avec sa sœur.

Très vite s’impose un univers profondément masculin.

On parle fort, on plaisante, on se provoque. On aime la lutte et les démonstrations de force. Les hommes semblent parfois être restés de grands garçons, tandis que la tante observe ce petit monde avec un mélange de distance et d’exaspération.

Pitay lui-même pratique la lutte. C’est son père qui l’y a inscrit et l’adolescent semble suffisamment doué pour pouvoir envisager un avenir dans ce sport.

Mais derrière cette relation entre père et fils, quelque chose va progressivement se fissurer.

Quand le père descend de son piédestal

À 16 ans, le regard que l’on porte sur ses parents change.

C’est précisément ce moment fragile que saisit Butterfly Jam. Pitay assiste à une interaction entre son père et un potentiel employeur. Pour la première fois peut-être, il le regarde différemment.

Quelque chose se brise.

Une parole trop directe, un jugement lancé à son père, et la relation entre les deux hommes se dérègle. Ce qui aurait pu n’être qu’une remarque malheureuse va désormais contaminer leurs échanges.

Une petite fissure devient le premier rouage d’une mécanique beaucoup plus grande.

Et le film change alors de nature.

De l’insouciance à l’implacable

Pendant sa première partie, Butterfly Jam peut presque désorienter.

Les garçons traînent ensemble, plaisantent, se chamaillent. Leurs gestes et leurs paroles semblent encore appartenir au domaine du jeu, comme si rien ne pouvait véritablement avoir de conséquences.

Puis tout devient sérieux.

La légèreté disparaît progressivement et laisse place à une tension beaucoup plus lourde. Les personnages se retrouvent pris dans une succession d’événements dont ils ne semblent plus capables de s'extraire.

Laura préfère évidemment ne pas révéler ce qui provoque véritablement ce basculement.

Mais une scène en particulier marque une rupture. Une scène dont, une heure seulement après la projection, notre chroniqueuse avoue ne pas être encore tout à fait remise.

C’est aussi cela, Deauville : parler d’un film lorsque son émotion est encore intacte, avant même qu’elle ait eu le temps de se déposer.

Barry Keoghan, une présence animale

Dans le rôle du père, Barry Keoghan impose une nouvelle fois une présence singulière.

L’acteur possède cette capacité rare à rendre un personnage immédiatement physique. Quelque chose d’instinctif, presque animal, traverse son jeu.

Ici, cette présence nourrit parfaitement le personnage : un père encore jeune, pris entre son propre parcours, son fils et une certaine conception de ce qu’un homme doit être.

Face à lui, l’adolescent commence justement à questionner ce modèle.

Et derrière leur histoire intime apparaît alors le véritable sujet du film : qu’est-ce qu’un père transmet à son fils, volontairement ou non ?

Peut-on échapper à ce dont on hérite ?

C’est probablement la question qui reste après la projection.

Butterfly Jam parle de masculinité, mais surtout de sa transmission. De génération en génération circulent les mêmes codes : la fierté, la force, le rapport au corps, le silence, l’honneur, la difficulté à montrer ses failles.

Balagov ne semble pourtant pas seulement demander comment ces modèles se reproduisent.

Il pose une question plus vertigineuse : peut-on décider de ne pas les reproduire ?

Que fait-on du passé dont on hérite ? À quel moment choisit-on sa propre trajectoire ? Et sommes-nous réellement libres de devenir différents de ceux qui nous ont précédés ?

Le regard de La Radio du Cinéma

Avec Butterfly Jam, Kantemir Balagov part d’une relation intime entre un adolescent et son père pour construire progressivement un récit beaucoup plus ample sur la filiation, la fierté et le poids des modèles masculins.

Le film prend son temps avant de dévoiler sa véritable direction. Mais lorsqu’il bascule, quelque chose devient presque inexorable.

Une expérience de cinéma dont Laura ressort encore profondément marquée, avec cette sensation d’avoir assisté à des trajectoires qui se referment progressivement sur leurs personnages.

Après Party USA, c’est donc une deuxième proposition très différente pour cette première journée à Deauville — et une nouvelle preuve de ce que le festival permet de chercher chaque année : de nouveaux horizons, de nouveaux regards et de nouvelles voix de cinéma.

????️ Laura, pour La Radio du Cinéma, depuis le Festival du cinéma américain de Deauville. - 10/09/2026

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