13 mai 2026
À Cannes, Guillermo Del Toro " Laisse entrer l’amour. "
Dans la salle Debussy comble, l’émotion avait quelque chose de palpable. Vingt ans après la présentation triomphale du Labyrinthe de Pan, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro retrouvait le Festival de Cannes pour une projection anniversaire de son chef-d’œuvre restauré en 4K. Et derrière l’hommage au film, c’est un véritable manifeste pour le cinéma et l’art qu’il est venu livrer à un public debout.
La séance s’ouvre sous le signe de la mémoire. Les organisateurs de Cannes Classics rendent hommage au critique italien Aldo Tassone, grand spécialiste de Fellini, ainsi qu’au légendaire chef décorateur Dean Tavoularis, collaborateur historique de Francis Ford Coppola. Deux figures du cinéma applaudies longuement par le public.
Puis vint l’entrée de Monsieur Guillermo Del Toro. Accueilli avec ferveur, le cinéaste est revenu sur la genèse chaotique du Labyrinthe de Pan, film désormais consacré comme l’un des grands contes modernes du cinéma fantastique.
" Faire ce film a été incroyablement difficile ", confie-t-il d’emblée. " Personne ne voulait le financer. Tout ce qui pouvait mal tourner tournait mal. "
À ses côtés, l’actrice Ivana Baquero, révélation du film en 2006, rappelait le temps écoulé. Guillermo, lui, plaisante sur les années passées — "je faisais cinquante kilos de moins " — mais son discours prend rapidement une tonalité plus grave.
Le réalisateur évoque alors le souvenir de la projection cannoise de 2006 et cette ovation de vingt-trois minutes devenue légendaire. Une expérience presque déstabilisante pour cet artiste qui avoue avoir toujours eu du mal avec "adoration ". Ce soir-là, raconte-t-il, son ami Alfonso Cuarón lui aurait soufflé une phrase restée gravée : " Laisse entrer l’amour. "
Vingt ans plus tard, le cinéaste estime que Le Labyrinthe de Pan résonne plus fortement encore avec notre époque.
"On nous dit aujourd’hui que résister est inutile. Que l’art peut être fabriqué par une application. Que tout est perdu face à des forces immenses. Mais je crois exactement le contraire. "
Dans un silence absolu, il compare alors l’époque actuelle au combat de son héroïne Ofélia : une enfant qui refuse de céder face à la brutalité du monde adulte.
"Nous pouvons laisser une trace. Opposer notre destin au leur. Notre force à leur force. Il reste de l’espoir."
Puis, dans une phrase qui déclenche immédiatement les applaudissements, il lance :
"La dernière chose que nous devons faire, c’est céder à la peur. Ne jamais, jamais, jamais céder à la peur. "
Le cinéaste explique aussi pourquoi il tenait tant à cette restauration 4K du film, qui sortira à nouveau en salles à l’automne. Au-delà de l’anniversaire, il dit vouloir continuer à dialoguer avec les jeunes générations.
"Les gens qui aimaient Hellboy ont maintenant quarante ans. Mais ceux qui découvrent Le Labyrinthe de Pan ont toujours vingt ans. Le film parle de ce moment où le monde vous dit que vous avez tort, alors qu’au fond de vous, vous savez que vous avez raison. "
À Cannes, ce soir, Guillermo del Toro n’est pas seulement venu présenter une copie restaurée. Il est venu rappeler que le cinéma demeure un acte de foi. Un refuge contre le cynisme. Et parfois même, une forme de résistance.