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Improvisation, montage “radio” et plans de coupe: la masterclass d’Alexis Lloyd autour de "Group: the Schopenhauer Effect"

26 mars 2026
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Par la radio du cinéma, David Marmier • Publié le

Un salon, des chaises en cercle, des mots qui sortent sans fard. Au micro de La Radio du Cinéma, le réalisateur, scénariste et producteur Alexis Lloyd raconte la fabrication de Group: The Schopenhauer Effect, un huis clos new-yorkais construit sur l’improvisation et mené par un vrai psychanalyste. la règle du jeu des groupes, et la règle du jeu de ce film, c’est que l’on dit les choses qu’on ne dit pas, ni en famille, ni avec ses amis, explique Alexis Lloyd.

Eight New Yorkers. One real psychoanalyst. Zero scripts. (groupthefilm.com). Pour Alexis Lloyd, cette formule n’est pas un slogan creux : c’est une méthode, un cadre, une contrainte qui libère.

Une histoire de filiation, du cinéma à la psychanalyse

Dans l’entretien, Alexis Lloyd revient d’abord sur un mouvement intime : longtemps, il dit avoir évité le sujet de la psychanalyse, pourtant familier, son père ayant exercé comme psychiatre et psychanalyste à Paris. Le déclic, lui, arrive par la littérature : The Schopenhauer Cure de Irvin D. Yalom, roman centré sur un groupe thérapeutique, existe en français sous le titre La méthode Schopenhauer

L’idée initiale vise la série. Mais une difficulté revient comme un leitmotiv : écrire des dialogues qui sonnent juste, avec la vitesse, les silences, les chocs et les retours d’une séance de groupe. D’où une décision qui change tout : faire l’expérience soi-même. Alexis Lloyd raconte avoir rencontré le psychanalyste Elliot Zeisel lors d’une conférence de psychothérapie de groupe à New York, puis avoir intégré un groupe hebdomadaire. Et, très vite, une évidence s’impose : devant la caméra, il ne veut pas d’un acteur qui “joue” l’analyste, il veut Elliot Zeisel lui-même.

Improvisation au cordeau : intentions, timing et prises longues

Le film ne repose pas sur des dialogues écrits à l’avance. Alexis Lloyd décrit une direction d’acteurs bâtie sur des “intentions” et une dramaturgie émotionnelle : chaque personnage doit, à un moment, faire entendre la tendresse, l’agacement, l’hostilité, l’ennui. Les comédiens choisissent leurs mots, mais aussi le moment où ils entrent dans la mêlée.

La contrainte temporelle n’a rien d’un gadget : les sessions sont tournées sur de très longues durées, avec l’ambition de retrouver le souffle du “présent” propre aux groupes thérapeutiques. Sur la fiche du distributeur américain Abramorama, Group: The Schopenhauer Effect dure 119 minutes et sa sortie en salles aux États-Unis est indiquée au dans l'attente d'un distributeur Français. 

Tourner dans un salon, chercher la vérité d’une lumière

Autre choix décisif raconté à l’antenne : tourner “à la maison”. Alexis Lloyd transforme un appartement en décor, et revendique une lumière simple, franche, difficile à contester. Un huis clos, oui, mais pas un bocal aseptisé : un espace habité, traversé par le jour, où la parole s’accroche aux murs comme une réplique qu’on rumine.

Le chef opérateur est Luke Geissbühler dont le nom parle aux cinéphiles du “faux documentaire” Borat (2006). Un clin d’œil cohérent pour un film qui flirte avec le réel sans s’y dissoudre.

Monter “comme de la radio” : d’abord le son, ensuite l’image

La partie la plus inattendue du récit d’atelier arrive au montage. Avec des heures de rush, des caméras parfois “au mauvais endroit”, Alexis Lloyd adopte une solution empruntée au documentaire : construire un premier montage uniquement à l’oreille. Il raconte s’être imposé plusieurs mois sans regarder l’image, pour bâtir une architecture sonore, avant d’aller chercher les visages, les réactions, les respirations qui collent à cette charpente.

Ensuite, place aux “plans de coupe” et à l’art d’écouter. Alexis Lloyd cite Miloš Forman et l’idée que, dans une scène de groupe, la vérité ne se loge pas seulement dans celui qui parle, mais dans ceux qui reçoivent. Il évoque Amadeus (la scène du Requiem) et Vol au-dessus d’un nid de coucou comme des exemples de cinéma où la réaction devient narration. Une manière de rappeler qu’un groupe, à l’écran, ne se résume jamais à un “héros” qui absorbe toute la lumière.

Schopenhauer, solitude, empathie : les clés de lecture revendiquées

Quand David Marmier l’interroge sur ce que le film transmet, Alexis Lloyd insiste sur deux phénomènes contemporains qu’il juge majeurs : la solitude, et la difficulté à maintenir une parole authentique sans basculer dans la violence verbale. Il relie cela à une notion qu’il associe à Arthur Schopenhauer : la compassion, que l’époque nomme plus volontiers l’empathie. Dans son récit, le cadre répétitif du groupe (se retrouver, semaine après semaine) encourage la franchise, tout en imposant une responsabilité collective : dire, oui, mais sans détruire.

Dans un groupe de thérapie à Manhattan, un nouveau venu, Alexis (l'auteur lui même), annonce qu’il veut écrire une série inspirée des séances, et l’équilibre du cercle vacille..

Les références d’Alexis Lloyd : Hitchcock, Cassavetes, Curtiz

La tradition de La Radio du Cinéma se glisse en fin d’entretien : le cinéaste cite deux films qui l’accompagnent. Vertigo, pour son pouvoir hypnotique et son montage, puis Opening Night de John Cassavetes, qu’il associe à une forme de vérité fragile, parfois “inachevée” mais pleinement vivante.

Côté musique, il mentionne Beethoven et Debussy (utilisés avec parcimonie, comme ponctuation), et revient à Amadeus pour la scène finale où la composition devient action. Enfin, pour la réplique, il choisit la dernière phrase de Casablanca : "Louis, I think this is the beginning of a beautiful friendship" un adieu qui ouvre sur “le début d’une grande amitié”. Autant de jalons qui éclairent Group: The Schopenhauer Effect comme un film de parole, de rythme, de regard — et de réconciliation, parfois, avec ce qui nous précède.

Infos pratiques : où voir le film, où suivre le projet

  • Titre : Group: The Schopenhauer Effect
  • Durée : 119 minutes
  • Sortie en salles (États-Unis, limitée) : (Abramorama, Rotten Tomatoes)
  • Projection à New York : programmation et séances au Quad Cinema, avec plusieurs Q&A indiquées fin mars 2026.
  • Site officiel : groupthefilm.com
  • Chaîne YouTube : @GROUP_TheSchopenhauerEffect

Photographie: David Marmier

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