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« Le chantier invisible »: Jean-Jacques Annaud révèle sa méthode de tournage

18 mars 2026
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Publié le

À l’occasion du vernissage presse de l’exposition Le chantier invisible (Fondation Jérôme Seydoux-Pathé 73 avenue des Gobelins, Paris 13e) Jean-Jacques Annaud s’est confié au micro David Marmier de la radio du cinéma, Yves Alion, Frédéric Vignale et David Benabou. Une conversation de « faiseur » au sens noble: un cinéaste qui revendique le travail, la préparation, la troupe. « Sans émotion, pas de film », résume Jean-Jacques Annaud, comme une boussole plantée au beau milieu d'un plateau.

On connaît Jean-Jacques Annaud pour ses tournages à grande échelle et sa précision d’horloger. L’exposition Le chantier invisible vient justement mettre des lampes de chantier sur ce que le spectateur ne voit jamais: les archives, les dessins, les plans, les objets, les essais, les chemins de traverse qui mènent à un plan réussi. Elle se tient à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, au 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris.

Quand les archives racontent la fabrique d’un film

Jean-Jacques Annaud le dit avec satisfaction: il a tout gardé. Des boîtes, des dossiers, des traces d’école, puis les storyboards, les repérages, les documents de fabrication. Dans la logique Pathé, cette mémoire n’est pas un grenier poussiéreux: elle devient une matière vivante, offerte au public sous forme d’exposition.

La Fondation annonce un parcours nourri de storyboards, costumes, éléments de décor, maquettes, dessins, photos, scénarios et extraits. Un geste de transmission, au sens concret: on montre le « comment », pas seulement le « résultat ».

Storyboards, maquettes, sécurité: « concevoir le film » avant de le tourner

Dans l’interview, Jean-Jacques Annaud revient sur une pratique souvent mal comprise: le storyboard. Il rappelle qu’il ne s’agit pas de tout figer, surtout quand la scène demande de l’air et de la confiance — il cite lui-même les scènes d’amour, où la mécanique peut vite sonner faux si l’on verrouille trop.

En revanche, dès que l’enjeu devient risqué ou coûteux, la préparation s’impose. Sur Notre-Dame brûle (2022), Jean-Jacques Annaud raconte avoir anticipé l’emplacement des caméras, leur protection, les contraintes de chaleur, les questions d’assurance et de sécurité. L’exposition consacre d’ailleurs une place importante au film, avec des éléments de décor et des maquettes de préparation (dont « le Beffroi en feu », « la forêt », ou la nef avec l’effondrement de l’oculus).

Ce goût du concret, il le revendique sous un mot qui sent la colle, la peinture et les mains noircies: « je suis un bricoleur ». Et il rattache ce réflexe aux origines du cinéma, celles de Georges Méliès, où l’illusion naît d’un atelier.

Dante Ferretti, Federico Fellini: le décor comme récit à part entière

La conversation glisse aussi vers une collaboration marquante: Dante Ferretti, chef décorateur, lié à Le Nom de la rose (1986). Les intervieweurs évoquent un souvenir de cinéma pur: Federico Fellini , et cette idée que le plateau, parfois, devient aussi spectaculaire que ce que l’on cadre.

L'exposition montre une réplique de manuscrit enluminé du XIVe siècle et une maquette de l’abbaye associée au décor conçu par Dante Ferretti pour Le Nom de la rose (1986). Autrement dit: la matière médiévale, la charpente du mystère, mais aussi la preuve physique d’un monde construit.

Pour prolonger la (re)découverte du film: fiche IMDb.

Le plateau, sa maison

Jean-Jacques Annaud parle du plateau comme d’un lieu familier, presque organique. Il décrit l’odeur de peinture, les câbles, l’agitation, l’orchestre en place. Il insiste sur un point: l’équipe. « J’admire mes techniciens », dit-il, et il ajoute qu’il a besoin d’aimer et de respecter ses acteurs pour que le tournage garde sa cohérence.

Dans ce cadre, une scène le préoccupe plus que les autres: la scène d’amour. Il explique pourquoi la première prise compte, pourquoi la pudeur est une ligne de crête, et pourquoi l’intime des acteurs (leurs couples, leur vie) peut être fragilisé si la scène "paraît vraie » pour de mauvaises raisons. Le propos, sans voyeurisme, dit quelque chose d’essentiel: la mise en scène touche à la personne, pas seulement à la technique.

Des animaux aux stars: l’émotion comme règle d’or

La filmographie de Jean-Jacques Annaud implique humains et animaux, débutants et stars, paysages grandioses et studios. Il a tourné dans « plus de 40 pays » et son œuvre réunit acteurs non professionnels, vedettes internationales.. et animaux.

Dans l’interview, Jean-Jacques Annaud raconte un apprentissage par le vivant: comprendre l’instinct, travailler l’identification, chercher le sentiment « mammifère ». Il cite L’Ours (1988) comme une expérience d’identification particulière: si le public peut se reconnaître dans un ourson, alors le cinéma a gagné un territoire inattendu.

Pour prolonger la (re)découverte: fiche SensCritique de L’Ours, fiche SensCritique de Deux Frères, fiche SensCritique de Notre-Dame brûle.

Intelligence artificielle: l’outil, la main, la question de l’émotion

Le mot « intelligence artificielle » arrive dans l’échange sans panique, ni posture. Jean-Jacques Annaud explique qu’il a déjà utilisé, depuis longtemps, des procédés qui relèvent de l’assistance numérique: fond bleu, retouches, ajustements, et même — anecdote savoureuse — un travail de « sound like » pour compléter une postsynchronisation, après avoir samplé la voix de Brad Pitt !

Son inquiétude n’est pas la technologie en soi, mais la responsabilité de l’émotion: si l’outil permet de fabriquer des expressions, qui tient alors le gouvernail du jeu? Il pose l’idée d’un « manipulateur » dont la sensibilité, la culture, la vie, peuvent infléchir la justesse d’une scène — surtout quand il s’agit d’intime, de corps, d’amour. Là encore, il ne condamne pas: il décrit un point d’attention, une zone à surveiller pour que l’outil reste au service du film, pas l’inverse.

Autour de l’exposition: projections, masterclasse et carte blanche

La Fondation annonce plusieurs rendez-vous liés à l’exposition. Dans le cadre de la Cinémathèque Pathé, quatre films réalisés par Jean-Jacques Annaud et produits par Pathé sont projetés à la Fondation: L’Ours, L’Amant, Deux Frères et Notre-Dame brûle.

Un temps fort est annoncé au : Jean-Jacques Annaud donnera une masterclasse, suivie d’un échange avec le public, avant la projection de Deux Frères. Une rencontre est également évoquée avec Jean Rabasse, chef décorateur sur Notre-Dame brûle, accompagné du chef opérateur Jean-Marie Dreujou et de l’assistant réalisateur Mathieu de la Mortière.

Autre proposition: une carte blanche « cinéma muet » du au , avec une sélection citant notamment Sergueï Eisenstein, Vsevolod Poudovkine, Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, Abel Gance, René Clair et F. W. Murnau.

Dates, horaires, tarifs, adresse

Exposition: Le chantier invisible, dans les coulisses des films de Jean-Jacques Annaud, du au , à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Adresse: Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris.

Horaires (Salle Charles Pathé et expositions): mardi 14h–20h30, mercredi 14h–19h, jeudi 14h–19h, vendredi 14h–20h30, samedi 11h30–19h (fermé dimanche et lundi).

Tarifs (exposition): plein tarif : 5 € ; tarif réduit et partenaire : 3 €. Billet couplé (une séance + accès exposition) : plein tarif : 7 € ; tarif réduit : 5,50 € ; moins de 14 ans : 4,50 € ; carte 5 places (valable 3 mois) : 20 €.

Sources