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Carmen Chaplin raconte Chaplin, Spirit of the Tramp : un documentaire sur l’héritage rom de Charlie Chaplin

05 avril 2026
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La rédaction de La Radio du Cinéma • Entretien : David Marmier

Dans un salon du Beau-Rivage Palace, à Lausanne, Carmen Chaplin rembobine une histoire qui évoque son documentaire Chaplin | Spirit of the Tramp et le fil intime qui l’a guidée : Mon père… avait toujours été fasciné par les origines tziganes de son père, confie Carmen Chaplin au micro de La Radio du Cinéma.

Le décor a quelque chose d’un clin d’œil du destin : c’est précisément ici, au bord de l’eau, que Charlie Chaplin et Oona O’Neill passent leur première nuit en Suisse en 1952, avant de chercher un refuge durable sur la Riviera vaudoise. Un rappel assumé par l’hôtel… et repris dans l’écosystème du Rencontres 7e Art Lausanne, qui entretient cette mémoire de cinéma avec une élégance de projecteur bien réglé.

Décembre 1952 : Charlie Chaplin arrive en Suisse, par la porte de Lausanne

En septembre 1952, Charlie Chaplin traverse l’Atlantique pour présenter Limelight (Les Feux de la rampe) à Londres, et les autorités américaines annoncent une procédure conditionnant son éventuel retour  dans un climat de suspicion où la politique, la morale publique et les gros titres font système.

Le 2 décembre 1952, Chaplin arrive à Lausanne avec sa famille et descend au Beau-Rivage. Le photographe vaudois Yves Debraine joue un rôle important dans la mémoire visuelle des années suisses.

Du Beau-Rivage au Manoir de Ban : le refuge vaudois, puis le musée Chaplin’s World

Dans l’entretien, Carmen Chaplin déroule ce passage de relais : après Londres, la famille hésite, pense à l’Angleterre, regarde la France, passe par Paris, puis « atterrit » en Suisse. Ce qui devient une évidence se fixe administrativement à la fin de l’année : Charlie Chaplin achète le Manoir de Ban le 31 décembre 1952, à Corsier-sur-Vevey, au-dessus du lac. La demeure devient le foyer du couple et de leurs huit enfants.

Aujourd’hui, cette maison est au cœur de Chaplin’s World, musée biographique installé à Corsier-sur-Vevey. Le musée ouvre ses portes le 16 avril 2016. Sur place, la visite s’articule autour de trois espacesle Manoir, le Studio et le Parc – avec cette promesse rare : comprendre un artiste par le quotidien, et non par la statue.

Carmen Chaplin le formule sans détour : enfant, elle venait « depuis que je suis bébé » en Suisse. « Pour moi, la Suisse… a toujours un rapport avec mon grand-père Charlie », dit-elle, avec cette précision affective qui vaut boussole. Le musée, ajoute-t-elle, reconstruit aussi des décors de studio et permet de circuler dans l’univers de Chaplin comme on marche sur un souvenir.

Carmen Chaplin : une trajectoire d’actrice, puis le passage à la réalisation

La cinéaste ne se présente jamais comme une gardienne de mausolée. Dans la conversation, elle parle de transmission et de pudeur, et rappelle qu’elle a grandi au contact d’une famille nombreuse et d’un grand-père né « en 1889 ». Son père, Michael Chaplin, apparaît au centre du film et de la discussion : « un enfant de la beat next generation », dit-elle, avec l’idée d’un décalage d’époque qui complique la conversation… sans annuler l’amour.

Carmen Chaplin est actrice, autrice et réalisatrice, née à Londres et élevée en Espagne et en France, après un parcours de courts métrages, Chaplin | Spirit of the Tramp marque ses débuts de réalisatrice sur un long format.

Chaplin | Spirit of the Tramp : l’enquête familiale sur un héritage rom

Le point de départ est limpide : comprendre ce que l’héritage rom a pu déposer dans l’invention de Charlot, et s’appuie sur des entretiens exclusifs et des documents issus des archives Chaplin.

À l’écran, la famille s’avance à visage découvert, Michael J. Chaplin, Geraldine Chaplin, Victoria Chaplin, Jane Chaplin et Christopher Chaplin figurent parmi les personnes interviewées. Des extraits de films sous licence mk2 films permettent de "recueillir la parole des frères et sœurs, « plus personnelle tout en restant… pudique ».

Le film s’inscrit aussi dans une circulation internationale très balisée. Il est présenté en première mondiale le 25 septembre 2024 au Festival de San Sebastián, qui lui attribue l’Irizar Basque Film Award,  : Irizar Basque Film Award – San Sebastián 2024.

Après San Sebastián, la route du documentaire passe aussi par le Colorado : le  Telluride Film Festival liste CHAPLIN: SPIRIT OF THE TRAMP dans son programme 2025. Et le producteur-distributeur Global Constellation mentionne une « TV Premiere » sur Canal+ .

Lausanne 2026 : quand le film revient “à la maison”

Pour Carmen Chaplin, la Suisse n’est pas un décor de carte postale : c’est le lieu où elle a connu ses grands-parents, et où l’histoire familiale a pris corps. La boucle se referme officiellement dans la programmation des Rencontres 7e Art Lausanne 2026, organisées du 5 au 15 mars 2026 (Cinémathèque suisse / Capitole).

Les origines rom de Charlie Chaplin : ce que l’on sait, ce que l’on cherche encore

Le film se présente comme une enquête sur « l’héritage rom », nourrie d’archives et de témoignages.

Une citation attribuée à Chaplin revient souvent : « Grandma was half-Gypsy ». Une piste plus controversée a été popularisée par la presse britannique : une lettre attribuée au réalisateur Jack Hill, retrouvée après la mort d’Oona O’Neill, la quatrième et dernière épouse de  Charlie Chaplin , avançant une naissance « dans une caravane » à Black Patch, près de Smethwick. Michael J. Chaplin a expliqué publiquement pourquoi sa famille prenait cette lettre au sérieux. Le débat reste ouvert, notamment parce que plusieurs sources rappellent que l’acte de naissance de Chaplin n’a jamais été retrouvé.

En parallèle, les repères biographiques de référence demeurent : le site officiel charliechaplin.com situe la naissance de Charles Spencer Chaplin à Londres, le 16 avril 1889, lieu et date communément retenus . Le documentaire se place donc dans une zone où mémoire familiale et preuves fragmentaires cohabitent, sans prétendre effacer toutes les zones grises. Son intérêt, tel que Carmen Chaplin le raconte, est d’éclairer comment cette mémoire romani peut offrir une clé de lecture du Tramp : une dignité en mouvement, confrontée au regard des autres, mais jamais résignée.

Le questionnaire cinéphile : Ève, Les Feux de la rampe, Un roi à New York

Tradition maison : à la fin de l’entretien, David Marmier demande un film préféré, une musique de film, une réplique. Carmen Chaplin répond d’abord Ève (All About Eve) de Joseph L. Mankiewicz, « à cause de Bette Davis » et de dialogues dont elle ne se lasse pas.

Pour la musique, elle cite Les Feux de la rampe (Limelight), composée par Charlie Chaplin. En 1973, Chaplin et ses collaborateurs reçoivent un Oscar tardif pour la musique de Limelight (Limelight Soundtrack – charliechaplin.com). Pour la trace académique, la base des discours de l’Academy consigne la récompense dans la catégorie Music (Original Dramatic Score) : aaspeechesdb.oscars.org.

Enfin, sa recommandation de réplique passe par Un roi à New York (1957), où Charlie Chaplin donne la réplique à Michael Chaplin : casting d’Un roi à New York). Carmen Chaplin le souligne : ces échanges, traversés par des débats politiques, gardent une résonance contemporaine… même si le film date des années 1950.

Infos pratiques : où voir, où marcher, quoi visiter

Carmen Chaplin • Chaplin | Spirit of the Tramp • Charlie Chaplin en Suisse • Beau-Rivage Lausanne • Manoir de Ban • Chaplin’s World • héritage rom • San Sebastián • Rencontres 7e Art Lausanne

Photographie: David Marmier