La Vénus électrique ouvre le bal à Cannes 

13 mai 2026
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Pour son ouverture hors compétition, le Festival de Cannes a choisi cette année La Vénus électrique, nouvelle réalisation de Pierre Salvadori. Une comédie dramatique teintée de fantastique, portée par un casting prestigieux : Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Vimala Pons ou encore Gustave Kervern. Après la projection inaugurale, les débats étaient déjà animés sur la Croisette — preuve que le film ne laisse pas indifférent.

Une fable entre rire, deuil et illusion

Dans le Paris de la fin des années 1920, La Vénus électrique débute dans l’univers des foires populaires et des attractions foraines. Anaïs Demoustier y incarne une jeune femme débrouillarde qui se produit dans un numéro baptisé “La Vénus Electronicka”, exploitant la fascination naissante pour l’électricité et les curiosités "humaines".

Sa route croise celle d’un peintre en panne d’inspiration, incarné par Pio Marmaï, hanté par la disparition récente de son épouse Irène, jouée par Vimala Pons. À partir de cette rencontre, le film quitte progressivement la simple chronique burlesque pour glisser vers quelque chose de plus ambigu : une histoire de fantômes, de mémoire et de faux-semblants.

Pierre Salvadori brouille volontairement les frontières entre réel et imaginaire. Flashbacks, visions et dialogues décalés construisent une atmosphère flottante qui pourra séduire… ou désarçonner.

Des acteurs salués, mais des avis divisés

Côté interprétation, plusieurs performances font parler... Gilles Lellouche, dans un registre plus contenu qu’à l’accoutumée, campe un marchand d’art discret mais touchant. Certains y verront une sobriété bienvenue, d’autres un jeu un peu trop neutre. Anaïs Demoustier convainc par son naturel et son énergie fragile. Son personnage navigue entre naïveté et instinct de survie avec une sincérité qui donne au film sa dimension la plus humaine.

Mais c’est surtout Vimala Pons qui semble provoquer le plus fort impact. Dès son apparition, le film change de ton. Mystérieuse, elle devient rapidement le centre émotionnel de l’intrigue. Une présence magnétique qui installe durablement le doute : que voit-on réellement à l’écran ? Pio Marmaï, lui, apporte une touche tragi-comique particulièrement réussie. Entre absurdité, ivresse et mélancolie, il livre probablement la prestation la plus libre du film.

Mention également à Gustave Kervern, en forain bourru, dont la présence rappelle les racines absurdes et populaires d’un cinéma qui aime les marginaux et les personnages bancals.

Une mise en scène qui assume le flou

Là où La Vénus électrique divisera sans doute le plus, c’est dans sa narration. Salvadori choisit délibérément de perdre le spectateur par moments. Les repères temporels se brouillent, les émotions prennent le dessus sur la logique, et certains passages semblent davantage guidés par la sensation que par le récit pur.

Pour certains festivaliers, cette liberté crée une vraie poésie. Pour d’autres, elle nuit à la fluidité du film et rend certaines séquences trop abstraites.

Mais c’est précisément cette prise de risque qui donne au film son identité : une comédie romantique fantomatique, oscillant sans cesse entre tendresse et étrangeté.

Une musique discrète mais essentielle

Impossible enfin de ne pas évoquer la partition du compositeur Camille Bazbaz, omniprésente sans jamais écraser les images. Une bande originale élégante qui accompagne subtilement les bascules émotionnelles du récit et participe largement à l’ambiance flottante du long-métrage.

Un film d’ouverture à l’image du Festival

Ni totalement comédie, ni complètement drame fantastique, La Vénus électrique ouvre ce Festival de Cannes avec une proposition singulière, parfois maladroite mais sincère et habitée.

Un film qui préfère les émotions troubles aux démonstrations spectaculaires, et qui devrait continuer à faire parler sur la Croisette dans les prochains jours.

Propos reccueillis / Patrice Caillet _ Jérémie Deprugney_Amandine Bacconnier pour LA RADIO DU CINEMA - 13.05.26