Rafiki à Cannes : « Congo Boy n’est pas un film misérabiliste, c’est un film d’espoir »

18 mai 2026
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Présenté cette année au Festival de Cannes 2026, Congo Boy marque l’arrivée d’une nouvelle voix du cinéma africain sur la Croisette. Réalisé par Rafiki, le film, distribué en France par Jour2Fête, bouleverse .

Au micro de Patrice Caillet pour La Radio du Cinéma, le cinéaste est revenu sur cette œuvre largement autobiographique, inspirée de son propre parcours de réfugié entre le Congo et la Centrafrique.

Dès les premières minutes de l’entretien, Rafiki tient à préciser l’intention de son film : « Je n’ai pas voulu faire encore un autre film sur un Africain qui ne fait que pleurer. Ce n’est pas un film misérabiliste, c’est un film d’espoir. »

« Je raconte ma vie »

Dans Congo Boy, le personnage principal, Robert, est un jeune réfugié confronté à la violence, à l’exil et à la précarité. Une histoire qui rejoint directement celle du réalisateur.

« Je raconte ma vie parce que je suis réfugié moi-même », confie-t-il.

Rafiki explique avoir grandi en Centrafrique après avoir fui le Congo avec sa famille. Ses parents, accusés de faux papiers à la frontière, ont été emprisonnés. Lui-même a été victime de violences armées : « J’ai réellement reçu une balle. (…) Aujourd’hui encore, quand il y a un bruit qui ressemble à un coup de feu, ça me revient. »

La musique a pourtant été un salut. Grâce à un concours organisé avec le soutien de l’UNICEF, il parvient à réunir l’argent nécessaire pour faire libérer ses parents. Une expérience fondatrice qu’il transpose dans le film.

« Aujourd’hui je vis toujours comme un réfugié, mais j’ai espoir. »

Entre documentaire et fiction

Avant Congo Boy, Rafiki s’était fait remarquer avec le documentaire Nous, étudiants. Une sensibilité documentaire que l’on retrouve dans sa mise en scène.

« La fiction est venue vers moi », explique-t-il.

Pour conserver la vérité de son vécu, le réalisateur a choisi de tourner dans les quartiers où il a grandi, avec des non-professionnels et parfois même les véritables protagonistes de son histoire.

« La tante Zara dans le film, c’est ma vraie tante », raconte-t-il. « Les militaires qu’on voit sont de vrais militaires avec de vraies armes. »

Avec son chef opérateur Adrien Lalo, il a également cherché une caméra proche du documentaire : « Je voulais quelque chose de très proche du réel, caméra à l’épaule, avec la liberté d’improviser. »

« Être à Cannes, c’est parler de notre pays »

Pour Rafiki, la sélection cannoise dépasse largement sa trajectoire personnelle. Elle représente aussi une visibilité inédite pour le cinéma centrafricain.

« On n’est pas un pays de cinéma, on est une nouvelle génération qui fait des films », affirme-t-il.

Le réalisateur espère ouvrir une porte pour les cinéastes qui viendront après lui : « Quand quelqu’un dira qu’il vient de Centrafrique, peut-être qu’on pourra répondre : “Ah oui, on connaît un film de votre pays.” »

Mais Congo Boy porte aussi un message politique fort sur la condition des réfugiés en Afrique. Rafiki rappelle une réalité souvent invisible : tous les réfugiés ne cherchent pas à rejoindre l’Europe.

« Il existe aussi des réfugiés qui quittent un pays africain pour aller dans un autre pays africain. »

Il évoque notamment les milliers de réfugiés vivant depuis plus de vingt-cinq ans en Centrafrique, abandonnés faute de financements internationaux : « Beaucoup perdent espoir et meurent. »

Malgré tout, son discours reste porté par une forme de dignité lumineuse : « Les réfugiés ne sont pas des mendiants. Ce sont des jeunes qui n’ont pas choisi cette vie. »

Et d’ajouter avec émotion : « Je suis fier d’être réfugié parce que je suis un voyageur. Je suis fier d’être Congolais, je suis fier d’avoir grandi en Centrafrique. »

« Aucun enfant ne mérite ça »

En conclusion de l’entretien, Rafiki élargit son propos à tous les enfants victimes des conflits dans le monde.

« Un enfant n’a pas sa place sous les coups de feu », dit-il avec gravité.

Qu’il s’agisse de la Centrafrique, de Gaza, de l’Ukraine ou d’ailleurs, le réalisateur rappelle que les guerres volent l’enfance : « Aucun enfant ne mérite ça. »

Sans prétendre changer le monde à lui seul, il croit profondément au pouvoir du cinéma : « Si ça peut susciter un regard, parler aux gens, aider à prendre conscience… alors ce sera déjà énorme. »

Avec Congo Boy, Rafiki signe un premier grand geste de cinéma : un récit profondément personnel qui transforme la douleur de l’exil en un puissant élan de vie.