11 septembre 2026
Après Voyage en Comédie, Thomas Croisière remet le couvert avec La Comédie Contre-Attaque, Voyage en Comédie 2. Un nouveau spectacle consacré aux suites, aux comédies populaires et, plus largement, à ce drôle de patrimoine commun que constituent les films que nous avons vus, revus et appris par cœur. À quelques jours de son installation au Lucernaire, il s’est confié à Amandine Bacconnier, des Bobines d’Amandine, et Patrice Caillet pour La Radio du Cinéma. Avec, au passage, une petite exclusivité : le troisième volet est déjà dans sa tête !
Il suffit parfois d’une réplique. « Elle va marcher beaucoup moins bien, forcément… » Quelques mots, et voilà Le Corniaud, Bourvil et Louis de Funès qui reviennent immédiatement en mémoire.
C’est précisément ce territoire que Thomas Croisière aime explorer : celui des films qui nous accompagnent, des dialogues que l’on se transmet et des comédies populaires qui finissent par faire partie de nos vies.
Après avoir sillonné la France pendant quatre ans avec Voyage en Comédie, il revient avec une suite. Évidemment, chez lui, cela ne pouvait pas être tout à fait innocent.
Après le voyage, la contre-attaque !
Dans La Comédie Contre-Attaque, Thomas Croisière s’intéresse justement à cette obsession très cinématographique : pourquoi fait-on des suites ?
L'idée du spectacle lui est venue presque par hasard, grâce à son fils cadet, Gaston. En cherchant une photo de lui pour l'anniversaire d'un camarade, Thomas Croisière tombe essentiellement sur des clichés d'adolescent faisant des grimaces. De là naît une plaisanterie de père : après son premier fils Alfred, né en 2010, il avait eu « envie d'en faire une suite », Gaston.
Et soudain, tout le spectacle était là. Car la question du « numéro 2 » dépasse largement le cinéma : faut-il rappeler son ex ? Faire un deuxième enfant ? Reprendre une histoire qui avait si bien commencé ? Et au cinéma, fallait-il faire Les Bronzés 2 ? Les Bronzés 3 ? Pourquoi existe-t-il plusieurs La Vérité si je mens ! mais toujours une seule Cité de la peur ?
Le titre du spectacle est lui-même une déclaration d'amour à une suite que Thomas Croisière place au sommet : L'Empire contre-attaque.
La comédie comme patrimoine commun
Mais derrière la mécanique des suites se cache un sujet qui lui est encore plus cher : le rire ensemble.
Thomas Croisière défend depuis longtemps la comédie populaire comme un véritable patrimoine cinématographique. Il rappelle combien les grands succès français sont liés au genre, de La Grande Vadrouille à Bienvenue chez les Ch'tis, en passant par Intouchables ou Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre. Et pour lui, le succès d'Un p'tit truc en plus prouve que le cinéma peut toujours provoquer ce phénomène collectif : des millions de spectateurs qui partagent les mêmes personnages, les mêmes scènes et, demain peut-être, les mêmes répliques.
C'est tout le projet de La Comédie Contre-Attaque : faire dialoguer les générations.
Sur scène, Thomas Croisière constate d'ailleurs en direct ce qui traverse les âges… et ce qui les sépare. Le Corniaud ou Louis de Funès peuvent encore déclencher un rire collectif immédiat. À l'inverse, un extrait de Fatal de Michaël Youn ou de Babysitting 2 peut provoquer l'hilarité des plus jeunes et laisser une partie des spectateurs plus âgés sur le bord de la route.
Et c'est très bien ainsi.
« Si ça rigole pas, c'est que vraiment j'ai raté mon métier », résume-t-il.
De Louis de Funès à Philippe Lacheau : le cinéma se répond
Thomas Croisière ne cherche pourtant pas à dicter au spectateur ce qu'il faut aimer ou ce qui doit faire rire.
Au contraire : il revendique la liberté de rire comme celle de ne pas rire. Son rôle consiste plutôt à célébrer celles et ceux qui ont construit la comédie française : Gérard Oury, Yves Robert, Francis Veber, Jean-Marie Poiré, Coline Serreau et tant d'autres.
Surtout, La Comédie Contre-Attaque raconte une histoire de transmission.
Les films se parlent d'une génération à l'autre. LOL peut ainsi être regardé comme un lointain descendant de La Boum. Une scène de Coexister renvoie directement aux Aventures de Rabbi Jacob. Thomas Croisière imagine difficilement Les Tuche sans la famille Groseille de La vie est un long fleuve tranquille, et voit des échos entre la célèbre scène de la cuisine des Tontons flingueurs et celle de la gnôle des Bronzés font du ski.
Même Philippe Lacheau raconte avoir eu envie de faire du cinéma en découvrant Pierre Richard à la télévision avec ses parents.
Le cinéma populaire avance ainsi par héritages, citations, souvenirs et filiations.
Même les nanars ont une histoire
Avec Patrice Caillet, la conversation prend ensuite un détour savoureux par un autre pan de la comédie française : celui de Mon curé chez les nudistes, On se calme et on boit frais à Saint-Tropez et de ces productions populaires des années 70 et 80 que l'histoire officielle du cinéma regarde parfois d'un peu haut.
Thomas Croisière, lui, refuse de les balayer d'un revers de main.
Parce qu'elles racontent aussi une époque, une économie du cinéma et une manière de produire aujourd'hui disparue. Il rappelle que certains producteurs engageaient alors directement leur argent dans ces films et que, derrière des titres parfois improbables, certains ont attiré plus d'un million de spectateurs.
Ce qui l'intéresse n'est donc pas seulement de distinguer les « bonnes » comédies des mauvaises, mais de comprendre ce que ces films racontent du public qui allait les voir.
« Le cinéma, c'est la vie »
C'est sans doute là que l'entretien devient le plus personnel. Pourquoi sommes-nous si attachés à certains films ? Parce qu'un film ne reste jamais exactement le même au fil de notre existence.
Thomas Croisière prend l'exemple de La Boum. Lorsqu'il le découvrait plus jeune, il regardait le monde du côté de Vic, le personnage de Sophie Marceau. Des années plus tard, en montrant le film à ses propres enfants, son regard s'est déplacé : il se retrouve désormais davantage du côté du père incarné par Claude Brasseur.
Le film n'a pas changé. Lui, oui.
« Quand on regarde un film, on apporte aussi ce qu'on est », explique-t-il. Avant cette conclusion qui pourrait presque résumer son travail : « Le cinéma, c'est la vie. Et donc quand on parle de cinéma, on parle aussi de notre vie. »
Et maintenant… une trilogie ?
Et puisque cet entretien parle de suites, impossible de ne pas poser la question de celle d'après.
Thomas Croisière a réservé à La Radio du Cinéma une petite avant-première : il pense déjà à un troisième spectacle.
Alors même que La Comédie Contre-Attaque n'a pas encore commencé sa série parisienne, il rêve d'une trilogie, avec quelques références plutôt modestes : celle du Dollar de Sergio Leone, Le Parrain, Le Seigneur des Anneaux ou la trilogie fondatrice de Star Wars.
« Je commence déjà à travailler dans mon troisième spectacle alors que je n'ai pas commencé à jouer le deuxième », confie-t-il en riant.
Finalement, Thomas Croisière apporte lui-même la réponse à la question qui traverse La Comédie Contre-Attaque : faut-il toujours faire une suite ?
Quand on aime vraiment le cinéma, visiblement, il est difficile de s'arrêter au premier épisode.
La Comédie Contre-Attaque, Voyage en Comédie 2 — Informations pratiques
De et avec : Thomas Croisière
Mise en scène : Thibault Ameline
Lieu : Le Lucernaire – Théâtre Noir
53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
À partir du : 21 septembre 2026
Jusqu'au : 12 janvier 2027
Horaires : lundi et mardi à 21 h
