Dans la vidéo de l’entretien, Romane Bohringer se confie au micro de Patrice Caillet, quelques mois après la sortie en salles de Dites-lui que je l’aime. Une conversation franche sur l’adaptation du livre de Clémentine Autain, la filiation, et la responsabilité de filmer l’intime.
Dès les premières minutes, une phrase s’accroche comme un leitmotiv de bande originale : « Je suis à peine remise. » Pas une formule de promo, plutôt la trace d’un film qui continue de résonner une fois le générique terminé.
Ce que raconte l’entretien, au-delà du film
Dites-lui que je l’aime suit Romane, réalisatrice, qui décide d’adapter le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère, l’actrice Dominique Laffin. Ce point de départ réveille une histoire personnelle marquée par l’absence maternelle : le film avance avec une forme hybride, combinant documentaire, fiction et fragments autobiographiques.
Dans l’interview, Romane Bohringer ne vend pas un concept, elle décrit un mouvement : comment une œuvre née d’un noyau très personnel peut trouver un écho large, du côté de l’enfance, de la parentalité et de ce qu’on transmet malgré soi.
« Je suis à peine remise. » — Romane Bohringer
La peur comme boussole de création
Un passage frappe quand elle évoque la peur, physique, pendant l’écriture et jusqu’au montage. Pas la peur qui fige, celle qui oblige à vérifier chaque choix, à se demander si l’on va au bon endroit, et pour de bonnes raisons.
« J’ai eu très peur… à m’en faire mal, à se dire : où est-ce que je vais exactement ? » — Romane Bohringer
Cet aveu dessine une méthode : rester proche de la matière, sans la lisser, sans l’illustrer à gros traits. Le film devient alors une manière de regarder la filiation en face, sans faire semblant que les manques disparaissent par miracle.
Le livre de Clémentine Autain, guide de nuit
Adapter un récit autobiographique, explique-t-elle, impose une loyauté particulière. La confiance de Clémentine Autain compte, mais elle vient avec une exigence : ne pas trahir, ne pas enjoliver, ne pas forcer l’émotion.
« Je me suis servie du livre de Clémentine… comme un éclaireur dans la nuit. » — Romane Bohringer
Si vous aimez les récits de fabrication, l’entretien est précieux : on y entend comment un texte peut devenir une boussole, comment une adaptation peut se construire en miroir, et comment le processus créatif devient lui-même une partie du récit.
Eva Yelmani : un casting qui reconfigure la mise en scène
Romane Bohringer raconte aussi une rencontre déterminante : Eva Yelmani, qui incarne Dominique Laffin. La réalisatrice évoque un hasard qui ressemble à un signe, et la conséquence très concrète sur le film : quand le visage trouvé porte une évidence, la mise en scène doit s’ajuster.
Pour le public, cela se traduit par un effet de superposition troublant : des souvenirs, des figures, des absences qui se répondent. Là encore, l’entretien donne des clés sans dicter un mode d’emploi.
Diriger une enfant sur une scène sensible
L’un des moments les plus forts de l’échange concerne « la scène du bar », présentée comme centrale. Il ne s’agit pas seulement de cinéma : il est question de protection, de préparation, de cadre. Elle insiste sur la sécurité affective du plateau, pour que le tournage ne laisse pas de blessure en plus.
« On était bien préparés… pour avoir ce dont on avait besoin sans que personne ne souffre. » — Romane Bohringer
Après l’autofiction : le désir de passer à la fiction
La fin de l’entretien ouvre une perspective : après L’Amour flou (2018) et Dites-lui que je l’aime, deux films nourris par l’expérience personnelle, Romane Bohringer dit vouloir se confronter à la fiction.
Non pas pour effacer l’intime, mais pour s’autoriser une liberté nouvelle : raconter une histoire qui n’est pas la sienne, et revendiquer le droit de l’inventer.
« Il faut que j’apprenne… que j’ai le droit de raconter l’histoire de quelqu’un d’autre. » — Romane Bohringer
Infos pratiques
- Entretien vidéo : publié le sur La Radio du Cinéma
- Film : Dites-lui que je l’aime, réalisé par Romane Bohringer
- Sortie en salles (France) : 3 décembre 2025 (distributeur : ARP Sélection)
- Durée : 1h32 (92 minutes) · Visa CNC n° 161592 (visa daté du 14/05/2025)
- Source littéraire : Dites-lui que je l’aime, Clémentine Autain, Éditions Grasset, paru le 6 mars 2019
- Production : Escazal Films
- VOD / plateformes : aucune date officielle n’est indiquée sur les fiches consultées au moment de la publication
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Pour aller plus loin : un autre “Dites-lui que je l’aime” au cinéma
Le titre fait aussi écho à Dites-lui que je l’aime de Claude Miller (1977), adapté du roman Ce mal étrange de Patricia Highsmith avec Gérard Depardieu, Miou-Miou, Claude Piéplu, et.. Dominique Laffin.
À lire : fiche Cinémathèque française · archive Le Monde (30 septembre 1977) · Dominique Laffin sur Unifrance