/* GA4 – radioducinema.com – intégration robuste (sans

Cantine de tournage : menus, logistique et secrets de plateau avec "le chat toqué"

10 février 2026
Télécharger le podcast

Par La Radio du Cinéma · · Temps de lecture : six à huit minutes

Sur un plateau, il y a les cadres, les perches, les rails… et ce moment où tout le monde se retrouve enfin au même endroit : la cantine, le catering. Dans notre interview, Corentin Ponthus, cofondateur du Chat Toqué, résume son métier avec une image simple : « On monte un restaurant tous les jours, peu importe le décor, peu importe le lieu. »

Responsable de cantine, chef, logisticien, parfois mécano improvisé… le catering de tournage fait partie de ces métiers invisibles qui tiennent une journée (et une équipe) debout. Avec le chat toqué, basé à Marseille, on passe derrière le rideau : comment on pense un menu pour une centaine de techniciens, comment on gère les imprévus, pourquoi la déco compte, et ce que change la nouvelle donne des tournages plus responsables ?

Un restaurant qui roule : la cantine de tournage au quotidien

« Il faut être cuisinier, cinéphile et un petit peu fou », sourit Corentin Ponthus au micro de Patrice Caillet. L’image n’est pas une coquetterie : le catering, c’est installer une salle, un flux, une cuisine, une cadence, puis tout démonter… et recommencer le lendemain, qu’il pleuve, qu’il vente, que le décor soit une ruelle, un parking, une colline ou un studio.

Sur son site, le Chat Toqué revendique une « vraie pause repas » et une cantine « agréablement décorée », pensée comme un sas où l’équipe peut souffler après des heures intenses, avec une restauration faite sur place (entrées, plat chaud, desserts maison). Le service s’appuie sur une brigade identifiée : Corentin Ponthus (chef pâtissier) et Sébastien (chef cuisinier), avec Baptiste en régie et accueil.

Composer un repas, c’est aussi composer avec une équipe

Sur un plateau, tout le monde n’a pas la même dépense d’énergie ni les mêmes contraintes. « Les électro machino, eux, ont faim », raconte Corentin Ponthus. À l’inverse, la production demande souvent plus léger, plus digeste. Résultat : un seul déjeuner doit proposer plusieurs “scénarios” en parallèle.

La règle d’or selon Corentin Ponthus

Prévoir du copieux, du plus léger, du végétarien, et si possible du végan, pour que « tout le monde mange ». Le but n’est pas de faire “un menu unique”, mais une partition complète, qui laisse chaque poste choisir son rythme.

Le stress, la boue et… le sourire : l’art de l’imprévu

Premier tournage, premières sueurs. Corentin Ponthus se souvient d’une publicité de « trois ou quatre jours de tournage » où il était encore néophyte : stress, pression, détails qui comptent. Puis, tournage après tournage, « ça roule ».

La liste des surprises ressemble à un scénario à rebondissements : accès impossible, camion coincé, météo capricieuse, branchement qui lâche. « Il faut être prêt à faire de la mécanique, de la plomberie, de l’électricité… », explique-t-il, avant de poser l’essentiel : rester calme, garder le sourire, parce que la cantine est un moment de détente collectif.

Pub, série, long-métrage : les ambiances changent, la mission reste

« Une publicité, on sent que c’est pour trois jours », observe Corentin Ponthus : moins de temps pour tisser des liens. Sur les tournages longs, la cantine devient un repère. On prend des habitudes avec les régimes, les petits rituels.

Et puis, il y a la règle non écrite, que Corentin Ponthus formule comme une maxime : la cantine entend tout… et ne répète rien. Une “safe space” : on recharge les batteries, on décompresse, puis on repart au clap suivant.

Le Chat Toqué, un exemple marseillais qui revendique le “fait sur place”

Le Chat Toqué se présente comme une cantine de tournage capable d’accueillir jusqu’à 100 personnes en autonomie (et davantage si l’équipe est prévenue), avec une base logistique à Marseille et une autre à Paris. La promesse : une cuisine préparée devant l’équipe, et un menu qui change pour éviter la lassitude sur les tournages longs.

Dans l’interview, Corentin Ponthus cite notamment des projets diffusés sur France 3, comme Tom et Lola et La Stagiaire, ainsi que le long-métrage Les Condés. Sur son site, le Chat Toqué met aussi en avant des références de diffuseurs (Canal+, Netflix, France TV) et affiche ces titres dans ses “derniers tournages”.

Tournages plus verts : quand l’écologie arrive à table

Dans l’interview, Corentin Ponthus raconte un virage concret : fin des canettes, bascule vers le verre, boissons réalisées via une machine de gazéification, incitation à venir avec sa propre tasse, tri des déchets. Sur son site, le Chat Toqué affirme aller plus loin : cantine autonome en eau et énergie, récupération des eaux usées, tri sélectif, et aucun usage de bouteilles ni de canettes.

Cette évolution n’est pas isolée : depuis le 1er janvier 2024, le CNC impose aux bénéficiaires d’aides à la production la remise d’un bilan carbone provisoire et définitif, via des outils homologués. L’alimentation, la gestion des déchets et les achats responsables font partie des axes explicitement cités dans les ressources de référence sur les tournages éco-responsables.

Avant les food-trucks : quelques histoires cultes de catering et de cantines

Il fut un temps où les acteurs apportaient leur déjeuner dans un sac en papier. Puis, les studios ont développé des solutions plus structurées : à Universal, une tournée matinale de café et donuts aurait même fonctionné “à la pièce”, chacun déposant une petite monnaie.

À l’âge d’or des grands studios, les commissaries jouaient aussi un rôle de “garde-fou” : le producteur Marvin Worth explique que les restaurants de studio servaient notamment à garder les acteurs sur place à l’heure du déjeuner, pour éviter des sorties qui faisaient perdre du temps (et, historiquement, limiter les dérives de la pause).

Côté “catering-star-system”, l’exemple le plus documenté reste la soirée la plus scrutée d’Hollywood : en 1995, le chef Wolfgang Puck est invité à prendre en charge le Governors Ball, l’after officiel des Oscars. La presse anglo-saxonne a raconté des demandes très précises de célébrités au fil des années, et un menu devenu un rituel (dont la fameuse chicken pot pie).

Et en France ?

L’histoire du “traiteur” se raconte aussi sur la longue durée : la maison Potel et Chabot revendique une création en 1820. En 1900, l’un de ses grands faits d’armes fut le Banquet des maires de France, célèbre autant pour l’ampleur de l’événement que pour la qualité des prestations. Pas un catering de plateau au sens moderne, mais une démonstration historique de logistique culinaire à grande échelle, ça vaudrait un film.

Le rêve de fin de journée : nourrir une comédie, rire avec l’équipe

Quand Patrice Caillet lui demande un rêve “un peu fou”, Corentin Ponthus ne cite pas une montagne à gravir ni un gadget de plateau. Il parle d’ambiance : « une bonne comédie française », avec des “légendes”, et il lance un nom : Jean Dujardin (votre table est dressée).

Au fond, c’est peut-être ça, la meilleure définition du métier : nourrir un collectif, soutenir le rythme, et rendre la pause assez chaleureuse pour que l'ambiance du film vienne aussi de l’assiette.

Infos pratiques

Liens utiles cités dans l’article : Les Condés (Unifrance) · Les Condés (Apollo Films) · La Stagiaire saison 10 (France TV & Vous) · Tom et Lola saison 2 (France TV & Vous) · Tournage éco-responsable (Film France / CNC) · Plan Action ! (CNC) · Catering vs craft service (HowStuffWorks) · How Hollywood Gets Fed (NPR / WBUR) · Studio commissaries (Los Angeles Times, 1993) · Governors Ball & Wolfgang Puck (Inc., 2019) · Wolfgang Puck, 1995 (WTOP, 2024) · Potel et Chabot (site officiel) · Potel et Chabot, 1820 et Banquet 1900 (Le Monde, 2003)