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Romane Bohringer raconte "Dites-lui que je l’aime"

07 mars 2026
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Par la rédaction La Radio du Cinéma · Entretien mené par Patrice Caillet · Publié le

Après la sortie de Dites-lui que je l’aime, Romane Bohringer est venue parler, sans fard, de la fabrique du film au micro de Patrice Caillet. Dès les premières minutes, elle résume le choc de l’après : « Je suis à peine remise. » Derrière cette phrase, une histoire intime assumée, une adaptation délicate, et une question qui dépasse largement l’écran : que fait-on des blessures de l’enfance quand on devient adulte, parent, artiste ?

Dites-lui que je l’aime (sorti en salles en France le 3 décembre 2025) suit Romane, réalisatrice, qui décide d’adapter le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère, l’actrice Dominique Laffin. Ce projet la renvoie à sa propre histoire familiale, marquée par l’absence d’une mère. Le film (durée : 1h32) associe documentaire, fiction et matière autobiographique.

Une histoire intime qui vise l’universel

Dans l’entretien, Romane Bohringer raconte un point de départ presque paradoxal : prendre « une histoire infiniment personnelle », et croire, qu’elle peut toucher « l’enfance de chacun ». Elle ne décrit pas une certitude tranquille, plutôt une conviction travaillée au corps, remise sur l’établi pendant l’écriture et au montage.

« J’ai eu très peur… à m’en faire mal, à se dire : où est-ce que je vais exactement ? » — Romane Bohringer

Le mot qui revient, c’est la transmission. Pas celle qu’on encadre au cordeau, celle qui arrive avec ce qu’on a reçu, ce qui manque, et ce qu’on essaie de réparer. Le film devient alors une manière de regarder en face la filiation, l’héritage, et la façon dont on se construit « avec ce qu’on nous a donné ».

Le livre de Clémentine Autain comme boussole de tournage

Adapter un récit autobiographique suppose une responsabilité particulière, insiste Romane Bohringer. Elle dit avoir été portée par la confiance de Clémentine Autain, tout en se sentant tenue par une exigence de loyauté : ne pas trahir, ne pas enjoliver, ne pas appuyer.

« Je me suis servie du livre de Clémentine… comme un éclaireur dans la nuit. » — Romane Bohringer

La formule raconte une méthode : avancer derrière les questions de l’autrice, s’appuyer sur ses souvenirs pour interroger les siens, bâtir un film en miroir. Le résultat assume une forme hybride, où le processus de création devient une partie de l’histoire.

Repère utile : le livre Dites-lui que je l’aime de Clémentine Autain est paru le 6 mars 2019 (Éditions Grasset). Le récit y évoque sa mère, l’actrice Dominique Laffin (3 juin 1952 – 12 juin 1985).

Un visage pour la mère : Eva Yelmani, la rencontre qui change le film

Un moment de cinéma pur, raconté comme un fait de vie : la rencontre avec Eva Yelmani, qui incarne Dominique Laffin à l’écran. Romane Bohringer explique l’avoir croisée dans la rue, « envoyée comme un miracle ». Et ce hasard vient déplacer la mise en scène : l’actrice ressemble fortement à la mère de la réalisatrice, alors même que celle-ci ne projetait pas de la faire apparaître frontalement.

Beaucoup de spectateurs ont ressenti comme nous un effet de superposition : deux mères qui finissent par n’en former qu’une dans la perception. Ce n’était pas une intention théorique au départ, plutôt une conséquence organique du casting et du tournage. Dans ce genre de film, insiste-t-elle, tout ne se décide pas sur le papier : certaines évidences s’imposent.

La scène du bar : diriger une enfant, protéger un plateau

L’entretien s’arrête longuement sur une séquence que Romane Bohringer qualifie de centrale : « la scène du bar ». Elle y concentre le rapport d’un enfant à l’alcool d’un parent, avec ce que cela implique de honte, d’insécurité, de peur.

La difficulté, raconte-t-elle, tient aussi au fait qu’elle dirige, pour la première fois, une enfant sur une scène chargée. Elle insiste sur la préparation, la concertation, le souci d’une sécurité affective sur le plateau, pour que le cinéma ne devienne jamais un dommage collatéral.

« On était bien préparés… pour avoir ce dont on avait besoin sans que personne ne souffre. » — Romane Bohringer

Être mère, être fille, être réalisatrice : un puzzle qui se referme

Interrogée par Patrice Caillet sur l’idée d’enquête et de puzzle dans le film, Romane Bohringer répond par une nuance importante : le film procure un sentiment d’accomplissement « sur ce sujet-là », sans effacer les fragilités. Elle parle d’un « objet de filiation » laissé à ses enfants, une trace qui raconte d’où ils viennent.

Elle évoque aussi la joie de « l’emmener partout » : faire exister sa mère dans un geste de cinéma, donner une place à un appétit de création repéré dans des cahiers, et rappeler que la littérature et le cinéma possèdent cette puissance rare : rendre visibles des vies que l’histoire a tendance à réduire.

Et maintenant : quitter l’autofiction, oser la fiction

La fin de l’échange ouvre une porte sur la suite. Après L’Amour flou (2018) et Dites-lui que je l’aime, deux films nourris par l’expérience personnelle, Romane Bohringer dit vouloir se confronter à la fiction. Pas par rejet de l’intime, mais par désir d’élargir son terrain de jeu et d’accepter une légitimité : raconter une histoire qu’elle n’a pas vécue.

« Il faut que j’apprenne… que j’ai le droit de raconter l’histoire de quelqu’un d’autre. » — Romane Bohringer

Infos pratiques

  • Titre : Dites-lui que je l’aime
  • Sortie en salles (France) : 3 décembre 2025
  • Durée : 1h32 (92 minutes)
  • Réalisation : Romane Bohringer
  • Distribution France : ARP Sélection
  • Production : Escazal Films
  • Source littéraire : Dites-lui que je l’aime, Clémentine Autain, Éditions Grasset, 6 mars 2019

Pour aller plus loin

Le titre Dites-lui que je l’aime résonne aussi avec un autre film, celui de Claude Miller (1977) avec.. Dominique Laffin , adaptation du roman Ce mal étrange de Patricia Highsmith

Sources

© La Radio du Cinéma — Article basé sur l’entretien diffusé sur notre antenne avec Romane Bohringer, mené par Patrice Caillet.