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Tommy Redolfi, BD - Cinéma: “Une bonne adaptation, c’est quand on trahit"

17 février 2026
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Auteur de bande dessinée et réalisateur, Tommy Redolfi a un quotidien qui refuse la routine: une journée au calme, seul face à la page, peut être suivie d’un tournage où tout se décide en équipe. Au micro de Manuel Houssais pour La Radio du Cinéma, il déroule sa méthode, ses influences et un point de vue sans fard sur l’adaptation. Avec cette phrase-pivot, qui résume sa boussole: “Une bonne adaptation, c’est quand il y a une réinterprétation de l’œuvre originale.”

Publié le 17 février 2026 • Lecture: 6 à 8 minutes

Avant d’entrer dans le vif, un repère factuel: Tommy Redolfi est “illustrateur, réalisateur et auteur de bande dessinées” et crédité de 12 albums. Ses ouvrages incluent Holy Wood – Portrait fantasmé de Marilyn Monroe et Empire Falls Building, tandis que Les Météores, Histoires de ceux qui ne font que passer figure au palmarès “Prix spécial du jury” du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême 2025.

Deux métiers, deux rythmes: la solitude du dessin, le tumulte du plateau

La première image que Tommy Redolfi propose, c’est celle d’un agenda sans “journée type”. Côté bande dessinée, il insiste sur une pratique en tête-à-tête: “penser des histoires, scénariser, découper, dessiner, coloriser”. Un travail d’atelier, silencieux, parfois traversé par une seule exception: l’arrivée d’un ou d’une scénariste, quand l’échange “introduit une deuxième personne” dans le laboratoire.

À l’opposé, le cinéma impose une organisation collective. Tommy Redolfi évoque la relation constante avec les chefs de poste, cite le chef opérateur et l’assistant réalisateur, et résume son rôle de réalisateur d’un mot simple: coordonner. Le film, à ses yeux, naît de cette circulation d’informations, de ce dialogue permanent qui ajuste la mise en scène au réel du plateau.

Tommy Redolfi: “Moi, ce que j’aime avant tout, c’est raconter des histoires et ensuite découvrir des moyens de les raconter, soit par le biais du crayon, de la tablette numérique ou par le biais du film.”

Le déclic: quand “Pef” rend le métier concret

Les vocations tiennent parfois à un moment précis, presque à une apparition. Tommy Redolfi raconte une rencontre d’enfance: la visite de Pef, auteur jeunesse, dans son école primaire. L’effet n’est pas seulement l’admiration, c’est la matérialité: l’idée qu’il existe “des vraies personnes” qui fabriquent des livres, que la création n’est pas une abstraction réservée à un ailleurs inaccessible.

À partir de là, il place la narration avant le dessin: d’abord le besoin de raconter, puis la recherche du médium. Et la bande dessinée s’impose comme une porte d’entrée évidente: une feuille, un crayon, la possibilité de s’isoler et d’avancer à son rythme, même avec des dessins “pas forcément excellents au début”.

Storyboard, crayonné, encrage: une fabrication qui parle déjà cinéma

Quand Manuel Houssais l’emmène sur le terrain des “étapes” de création d'une BD, Tommy Redolfi décrit une chaîne qui ressemble, par endroits, à une grammaire de plateau. Tout commence par un scénario “relativement proche du scénario filmique”, avec une différence de format: la pensée “par planche” et “par découpage”.

Vient ensuite l’étape qu’il met au sommet: le storyboard. Là, il parle cadrage, plans, mise en scène: plan rapproché, plan d’ensemble, contre-plongée… un vocabulaire qui fait immédiatement écho à la réalisation. Puis le crayonné (précision du brouillon), l’encrage (le trait définitif), et enfin la mise en couleur, parfois confiée à un coloriste, pour poser l’ambiance d’une scène.

Tommy Redolfi: “L’étape que je préfère par-dessus tout, c’est vraiment là, on est sur de la mise en scène.”

“Dompter une caméra”: quand le son et le hors-champ changent la donne

Le passage au cinéma, il ne le raconte pas comme un simple “upgrade”. Il insiste plutôt sur le choc: le comédien dans un cadre, la parole, la musique, le son, et tout ce qui peut exister en dehors de l’image. Il évoque la voix off, les bruits hors champ, la suggestion du hors champ, les mouvements de caméra. Pour lui, ces outils ouvrent une extension émotionnelle: la même histoire, mais traversée par d’autres forces.

Le mot qu’il lâche est parlant: “challenge”. Gérer, puis apprivoiser la caméra, trouver un mouvement “approprié”, faire naître un rythme. Il ne présente pas cela comme une théorie, plutôt comme une pratique du quotidien.

Adapter une BD: fidélité, trahison, et la liberté comme boussole

Sur l’adaptation, Tommy Redolfi pose une idée qui a le mérite d’être claire: il ne croit pas à un consensus sur “la bonne adaptation”. Sa préférence va à la transformation assumée: réinterpréter, “dénaturer”, “en faire autre chose”. Dans sa logique, l’album a déjà “tout mis” — énergie du dessin, dialogues, cadrages — et il faut donc trouver une autre justification au passage à l’écran.

Tommy Redolfi: “Si cette œuvre est adaptée, alors je pense qu’il faut prendre le plus de liberté possible.” , apporter “en plus” quelque chose de différent, même si cela dévie des intentions initiales.

Cas d’école: “Marsupilami” et le MacGuffin, version Palombie

Dans l’entretien, l’exemple du Marsupilami sert de terrain d’entraînement: comment une œuvre très identifiée peut être reprise, déplacée, réécrite. Tommy Redolfi dit avoir apprécié le film parce qu’il y reconnaît “l’esprit” du réalisateur Philippe Lacheau et l’appropriation d’un univers.

Il nuance aussitôt, avec une observation de scénariste: dans cette mécanique, le Marsupilami peut fonctionner comme un objet de quête — ce que Manuel Houssais rapproche de la notion de MacGuffin popularisée par Alfred Hitchcock. En clair: un moteur narratif qui met l’histoire en mouvement, même si l’objet pourrait, en théorie, être remplacé.

Penser “caméra” en BD… puis penser “cases” au cinéma

Le moment le plus savoureux de l’échange arrive quand Tommy Redolfi décrit son aller-retour mental. En bande dessinée, il compose comme un cinéaste: mouvement de caméra, arrêt, rythme, nombre de cases nécessaires pour rendre un déplacement. Il parle de “découpage” comme on parlerait d’un plan de travail.

Et pourtant, une fois sur un tournage, renversement: il se dit “incapable” de penser en “plan cinéma”, impressionné par la grammaire. Pour retrouver de la sérénité, il revient à son autre outil: la bande dessinée. Il se place comme dessinateur et se demande comment il “habillerait ces cases”, puis il transpose ensuite vers la caméra.

Tommy Redolfi: “Quand je suis en film, j’ai besoin de me rassurer avec la bande dessinée.”

Un réel légèrement décalé: Jim Jarmusch, Quentin Dupieux, David Lynch

Pour décrire son univers, Tommy Redolfi convoque trois cinéastes comme des phares: Jim Jarmusch, Quentin Dupieux et David Lynch. Le point commun qu’il souligne n’a rien d’un effet de mode: c’est l’idée d’un quotidien reconnaissable, mais “décalé”, avec “un pas de côté”. Une réalité où un grain de sable enraye la machine, et où l’on observe ensuite comment le récit avance malgré tout.

Si vous cherchez une clé de lecture bienveillante, elle est là: ce décalage n’est pas un mur, c’est une porte. Il autorise l’imaginaire, il déplace l’émotion, il ouvre un “ailleurs” sans renier le concret.

Adapter ses propres œuvres: carte blanche, puis distance

Question classique, réponse moins attendue: si une de ses créations devait passer au cinéma, Tommy Redolfi n’imagine pas forcément être aux commandes. Il évoque l’idée de choisir un réalisateur “raccord” avec l’univers, puis de lui donner “carte blanche”. La création comme relais, pas comme contrôle.

Et s’il devait adapter lui-même, il fixerait une condition: le temps. Laisser passer des années, obtenir une distance, puis revenir à l’album avec un regard neuf, pour créer une “nouvelle œuvre originale” plutôt qu’un simple décalque.

Le conseil aux jeunes auteurs: “Faites, faites, faites”

Pour finir, Tommy Redolfi ne vend pas une recette miracle. Il donne un impératif d’atelier: produire, tester, se tromper, recommencer. Prendre un crayon, saisir une caméra, écrire court, poser un univers, développer. Sortir du fantasme du métier pour rejoindre le concret.

Tommy Redolfi: “N’ayez pas peur de vous tromper, expérimentez des choses, mais surtout réalisez et soyez dans le concret.”

Infos pratiques et repères

Ouvrages et distinctions cités (sources officielles et éditeurs):

Repère cinéma cité dans l’entretien:

  • Marsupilami (IMDb: crédit réalisateur Philippe Lacheau et casting principal)

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