Annecy 2026 : la nouvelle génération du stop motion revendique un cinéma plus libre et plus universel


26 juin 2026

Au Festival international du film d'animation d'Annecy, le Mifa ne se contente pas de présenter les projets de demain : il interroge aussi les grandes évolutions de l'industrie. Parmi les conférences les plus inspirantes de cette édition 2026, « La nouvelle vague du stop motion » a réuni quatre personnalités engagées autour d'une même conviction : l'animation image par image est en pleine renaissance.

Pour La Radio du Cinéma, Anakhin Jeudy a assisté à cette rencontre animée par Angelica Lares, en présence de Jean-François Le Corre (Vivement Lundi !), Esther Kemi Gbadamosi et Siwar Peralta, trois artistes venus d'horizons très différents mais réunis par une même envie : transmettre leur savoir-faire et raconter le monde autrement.

Quand le stop motion devient un outil de transmission

Le Péruvien Siwar Peralta a ouvert la discussion en racontant comment sa découverte de l'animation, lors du Moyobamba Festival au cœur de l'Amazonie, a profondément changé son parcours.

Son ambition dépasse aujourd'hui la création de films.

Il souhaite permettre aux communautés autochtones de raconter elles-mêmes leurs histoires grâce à l'animation.

« Beaucoup de ces populations n'ont pas toujours accès aux médias traditionnels. Le stop motion devient alors un moyen de transmettre leur culture et leur parole », résume Anakhin.

Pour accompagner cette démarche, Siwar Peralta développe aujourd'hui un laboratoire de création et travaille à la mise en place d'un véritable centre de formation destiné aux jeunes artistes de sa région.

L'Afrique construit sa propre industrie

Même volonté de transmission chez Esther Kemi Gbadamosi.

L'animatrice nigériane est revenue sur son parcours, marqué par un tournant décisif pendant la pandémie.

« Le Covid lui a fait prendre conscience qu'elle devait consacrer toute son énergie à ce qui la passionnait vraiment : l'animation. »

Après avoir commencé seule, elle dirige aujourd'hui une équipe d'une dizaine de collaborateurs et multiplie les coproductions internationales.

Elle a également expliqué les difficultés rencontrées sur le continent africain, longtemps privé d'accès aux équipements spécialisés utilisés en stop motion.

« Pendant des années, les artistes travaillaient avec des matériaux de récupération, faute de pouvoir se procurer les armatures professionnelles utilisées en Europe ou aux États-Unis. »

Les coproductions lui permettent désormais d'accéder à ces outils, tout en poursuivant un objectif plus vaste : former une nouvelle génération d'animateurs africains.

Ses grandes sources d'inspiration ? Chicken Run et Pinocchio de Guillermo del Toro, deux œuvres qui lui ont montré jusqu'où pouvait aller le cinéma en stop motion.

La France défend un artisanat d'auteur

De son côté, Jean-François Le Corre, producteur au sein du studio Vivement Lundi !, a replacé cette nouvelle dynamique dans une perspective historique.

Il a rappelé que, dans les années 1970, les programmes japonais et américains dominaient largement les écrans français.

« Il a fallu attendre les années 1980 et l'émergence de studios comme Folimage pour que l'animation française retrouve sa place. »

Aujourd'hui encore, le défi reste économique.

Les budgets des productions françaises n'ont rien de comparable avec ceux de grands studios comme LAIKA.

« Un long métrage français en stop motion représente entre six et huit millions d'euros. Ce n'est pas la même échelle de production… mais ce n'est pas non plus le même objectif. »

Pour lui, l'ambition n'est pas de rivaliser avec la perfection technique des grandes productions américaines.

« Même avec huit millions d'euros, on peut réaliser un film qui possède autant d'âme qu'une production LAIKA. »

Une phrase qui a particulièrement marqué Anakhin.

Une discipline qui s'adresse désormais à tous

Autre évolution majeure évoquée lors de la conférence : le changement de regard porté sur le stop motion.

Longtemps associé aux programmes destinés aux plus jeunes, il s'impose désormais comme un véritable cinéma d'auteur.

Jean-François Le Corre cite notamment Ma vie de Courgette ou Interdit aux chiens et aux Italiens, qui ont démontré qu'un film en stop motion pouvait émouvoir un public adulte et traiter de sujets profondément contemporains.

La transmission comme moteur

Au fil des échanges, un mot est revenu sans cesse : transmission.

Transmission des techniques, des cultures, des récits, mais aussi des réseaux de production.

Jean-François Le Corre a insisté sur l'importance des coproductions européennes.

« Il faut construire des partenariats solides et surtout associer ses partenaires dès le début du projet. Sinon, on risque de perdre l'essence même du film. »

Il a également évoqué le rôle de dispositifs comme Génération Stop Motion, développé en Bretagne, qui accompagne les jeunes artistes souhaitant se former à cette discipline encore confidentielle.

L'avis d'Anakhin

« Cette conférence m'a rappelé que le stop motion est bien plus qu'une technique d'animation. C'est un artisanat, un langage artistique et surtout un bel outil de transmission. 

Qu'il s'agisse des communautés amazoniennes, des créateurs africains ou des studios européens, chacun défend une animation ancrée dans son identité culturelle. À Annecy, on comprend que l'avenir du stop motion ne se jouera pas seulement sur les innovations techniques, mais aussi sur la diversité des histoires racontées et sur la capacité à transmettre ce savoir-faire aux générations futures. C'est probablement la plus belle leçon de cette conférence. »

Anakhin Jeudy, correspondant de La Radio du Cinéma au Festival international du film d'animation d'Annecy 2026