28 janvier 2026
À l’occasion du festival Viva Cinéma, qui s'est tenu à la Scène nationale Lux de Valence, @Jean-Michel Frodon, critique et historien du cinéma, était l’invité de la radio du cinéma pour évoquer la figure majeure du réalisateur égyptien Youssef Chahine et plus largement la richesse du cinéma mondial.
Pour lui, Chahine occupe une place singulière dans l’histoire du cinéma : « À partir de Gare centrale, à la fin des années 50, il a montré que l’Occident n’avait pas le monopole du cinéma. Avec Kurosawa ou Satyajit Ray, Chahine a fait émerger des cinémas qui étaient ignorés jusqu’alors. » Selon le critique, le cinéma de Chahine est à la fois profondément égyptien et résolument personnel, marqué par une créativité et une vitalité constantes jusqu’au début des années 2000.
Le réalisateur était aussi un découvreur de talents : Omar Sharif n’était pas encore la star que l’on connaît lorsqu’il a été révélé par Chahine. Jean-Michel Frodon souligne la manière dont le réalisateur transformait la présence et la sensualité des acteurs à l’écran en art cinématographique, créant un cinéma à la fois spectaculaire et politique.
L’héritage de Chahine continue de résonner aujourd’hui. « Beaucoup de jeunes spectateurs découvrent ses films grâce aux festivals et aux salles comme le Lux », explique t iil. « Son cinéma, comique, burlesque, musical et coloré, reste profondément engagé et trouve des échos avec le monde actuel, notamment au Moyen-Orient. » Le centenaire de sa naissance est célébré dans plusieurs villes, de Montpellier à Paris, en passant par Valence, Marseille et Bordeaux.
Pour Jean Michel, la France joue un rôle unique dans l’ouverture aux cinémas du monde : « Il n’existe aucun pays où le public ait accès à une telle diversité de films internationaux. Des réalisateurs norvégiens, thaïlandais, philippins ou africains trouvent en France un public qui les découvre avant même qu’ils ne soient connus chez eux. Cette richesse nourrit l’ensemble du cinéma mondial. »
Malgré la mondialisation et la domination des plateformes de streaming, Frodon reste optimiste : « Il faut aller voir partout : à Hollywood comme à Bangkok, où l’on fait des films avec un téléphone. La salle de cinéma n’est pas en perte de vitesse ; il y a plus de salles ouvertes qu’il y a 20 ans et plus de films vus par le public que jamais. »
Quant au rôle de la critique, il demeure essentiel : « La critique propose une alternative au marché et aux algorithmes qui décident à notre place. Elle permet de réfléchir, comprendre et questionner les films, au-delà des simples « j’aime/j’aime pas » du bouche-à-oreille numérique. »
Jean-Michel Frodon célèbre la diversité et l’émotion du cinéma mondial, en rappelant l’importance des festivals et des salles pour permettre au public de découvrir des films qui, parfois, n’auraient jamais franchi les frontières de leur pays d’origine.